lundi 23 septembre 2013

Légendaire code d'amour rapporté par un chevalier breton


C'est au fond de la vieille Armorique, pays des fées et des vierges inspirées, que le code d'amour passe pour avoir été miraculeusement rapporté, André le Chapelain ne nous apprenant ni la date de l’héroïque aventure, ni le nom du chevalier qui accomplit cette entreprise.
Selon la légende, un chevalier breton parcourait les profondeurs de la forêt royale d'Artus, quand lui apparut, montée sur un riche palefroi, une pucelle de merveilleuse beauté, dont la chevelure dénouée flottait au vent.
- Je sais, dit la ravissante apparition, ce que tu viens chercher ici. Or, sans moi, tu ne réussiras à rien.
- Si vous voulez que je vous croie, répondit le chevalier, apprenez-moi ce que je cherche.
- La dame que tu aimes t'a imposé d'aller lui conquérir l'épervier qui se tient sur le perchoir d'or du portique de la cour d'Artus.
- Cela est vrai.
- Eh bien, apprends que tu ne peux obtenir le faucon désiré par ta maitresse, qu'en prouvant, les armes à la main, contre tous les chevaliers de la cour du roi, que la belle dont tu portes les couleurs est supérieure en beauté à toutes les autres. Tu ne saurais, en outre, franchir le seuil du palais, si tu ne montres aux gardes le gant magique, sur lequel doit venir se poster l'épervier enchanté ; ce gant ne s'obtient qu'en triomphant, en champ clos, des deux plus formidables champions de la chrétienté.
le chevalier réclame l'aide de la belle pucelle, dont il avoue ne pouvoir se passer :
- Si vous consentez à m'accorder ma double demande, joute-t-il, je sens que je puis tout braver sans crainte.
Charmée de tant de modestie et d'audace, la fée de la forêt le félicite et lui échange son cheval, familier avec les secrets des grands fourrés de Brocéliande. Bravant tous les périls et s'emparant du gant, notre chevalier trouve, attaché aux gets de l'épervier, un précieux livre dont les feuillets sont d'or, avant qu'une voix invisible lui dise :
- Toi qui as su conquérir le faucon pacifique, emporte avec lui ces pages, où sont gravées les règles d'amour, que le roi d'amour a lui-même tracées, afin de les faire connaître à tous les loyaux amants.
Revenu aux pieds de sa maitresse, le triomphant breton lui fit hommage de ce traité de toute courtoisie, sa dame récompensant sans réserve ses fatigues et sa vaillance. Puis, une cour nombreuse de dames et de barons fut convoquée, sans doute bien des années avant l’avènement de Marie de Champagne, et la maitresse du vainqueur de l'épervier révéla à la gracieuse réunion les règles rédigées par le dieu d'amour, lesquelles furent solennellement promulguées comme lois devant être observées et maintenues à toujours et sans fin, par ceux qui veulent être dignes d'aimer et d 'être aimés.
D'après.... "la vie au temps des cours d'amour" paru en 1876

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Source : la France Pittoresque, N° 43 - 2e semestre 2013
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