jeudi 11 avril 2013

Les "hucheurs"

L'Hutzeran dont le nom patois vient de hutsi, appeler à grands cris, est un grand gaillard tout habillé de vert qui se cache dans les bois. D'une voix tantôt sonore, tantôt voilée, il ébranle les échos, il éveille les fées endormies dans les profondeurs du couvert. Il couche sur la mousse ou vit perché sur les plus hauts sapins. Lorsqu'une branche sèche tombe, c'est lui qui l'a touchée ; lorsque les feuilles brunes tourbillonnent en rondes fantastiques, c'est lui. Lorsque la neige s'écoule de branche en branche et tombe en farine, c'est encore lui. Si vous passez dans les grands bois silencieux, soyez prudents ; chantez, huchez, mais ne le faites pas plus de deux fois, sinon à votre troisième cri d'appel, il accourrait sur vous et vous ferait un mauvais parti.

Les montagnes d'Aigle et d'Oron ont très bien gardé sa mémoire ; à Panex, on raconte encore que ce génie susceptible et rageur allait parfois jusqu'à vous appréhender au corps, vous arracher sans façon une jambe ou un bras, qu'on avait cependant la consolation de retrouver le lendemain à la porte de sa demeure. Dans la colline boisée de Beauregard, on n'osait prendre la nuit, un ancien chemin appelé la Comme-du-Vau, à cause des apparitions qu'on y voyait ; on entendait sous les taillis des voix terribles crier aux passants : "Comme-du-Vau, y seu ! " D'autres répétaient : "Si tu n'avais ni pain, ni sau, dans lai Comme-du-Vau tu resteraus". Le pain et le sel étaient regardés comme des préservatifs contre les mauvais esprits.
Une sorte de farfadet tout habillé de rouge, dansait la nuit dans les bois de Warnecourt en criant : "Ah ! Oh !" et en modulant ces cris sur les notes de la fa ré ; on l'avait surnommé le bauieux du bois de Prix
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...