jeudi 21 février 2013

Les vouivres et les basilics

Les puits servent souvent de repaire à des serpents fantastiques ; celui qui est bien connu dans l'Est sous le nom de vouivre, se tient parfois dans ceux de Franche-Comté.
L'un de ces dragons ailés habitait au milieu des ruines du château de Vernon, dans la Côte-d'Or, un puits aujourd'hui rempli par les décombres. Une femme du pays, venue pour cueillir de l'herbe dans la cour de ce château, le jour de la Fête-Dieu, avait apporté son enfant et l'avait déposé sur la terre. Mais elle avait à peine commencé son ouvrage qu’elle vit briller sur la pelouse une grande quantité de pièces d'argent ; elle s'empressa de les ramasser et d'en remplir son tablier. De retour à la maison, elle se débarrassa de son argent et s'aperçut qu’elle avait oublié son enfant ; elle retourna le chercher, mais il avait disparu. Elle alla lors consulter le curé de Laroche-en-Breil, qui sut que c'était la vouivre qui avait enlevé l'enfant ; il dit alors à la mère de conserver exactement l'argent et surtout de ne pas y toucher pour le rapporter l'année suivante, le même jour et à la même heure, et qu'alors la vouivre lui rendrait son nourrisson. Elle fit exactement ce que lui avait conseillé le curé, et elle retrouva son enfant bien portant et grandi, assis à la même place où elle l'avait déposé l’année précédente.

Pendant longtemps on a attribué les exhalaisons méphitiques qui s'échappent de puits, ou celles qui asphyxient ceux qui y descendent, à la puissance fascinatrice d'un serpent que l'on appelait basilic. Les histoires locales nous ont conservé le récit de plusieurs de ses méfaits. A Marseille trois puisatiers étant descendus pour curer le grand puits situé près de la Major, tombèrent comme foudroyés ; on suspendit les travaux et les Marseillais ayant voulu connaitre la cause de ces accidents, on leur apprit qu'ils étaient dus à un serpent redoutable et monstrueux, qui vivait au fond, et dont le regard seul était mortel pour les hommes.

Ordinairement, ce reptile, ainsi que ses congénères surnaturels, cause la mort de ceux qu'il voit le premier ; mais il crève s'il est tout d'abord aperçu par un homme. Plusieurs légendes racontent comment des gens avisés firent périr par ruse quelques-uns de ces serpents.
En Gascogne, l'eau d'un puits, jusque là claire et limpide, étant devenue toute trouble, le propriétaire était sur le point de faire venir des ouvriers pour le curer, lorsque sa servante lui dit d’attendre quelques instants ; elle alla chercher un petit miroir et cria : "Maitre, venez au puits !" Elle tourna son miroir vers le soleil, dnt la lumière rayonna jusqu'au fond ; le basilic leva la tête, le miroir lui montra son image et aussitôt il creva.
C'est par le même moyen qu'on se débarrassa en Franche-Comté et en Auvergne, de basilics qui faisaient mourir tous ceux qui allaient puiser de l'eau dans certains puits. Dans ce dernier pays, on craint encore un diminutif du serpent si redouté au Moyen Age ; c'est un petit reptile appelé le souffle, qui vit dans le puits et tue par son haleine l'homme qui s'en approche, s'il est le premier à le voir.



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