vendredi 29 juin 2012

Métamorphoses volontaires


D'après une légende du Moyen Age, six frères et leur sœur pouvaient successivement prendre la forme humaine ou celle de cygnes ; mais cette faculté était subordonnée à la possession de chaînes d'or. Lorsqu'elles leur ont été enlevées, ils sont forcés de rester oiseaux, mais :

En cigne fut lor suerz muée ;
Cigne et famme estre pooit
Por ce ke la chaaigne avoit

Voici comment on racontait à la fin du XVIIe siècle une légende de métamorphose volontaire de fées en oies sauvages, qui était localisée à l'ancien château de Pirou sur la côte de Basse-Normandie, que les bonnes gens du pays croyaient avoir été bâti par les fées : Ils disent qui étoient filles d'un grand Seigneur du Païs, célèbre magicien, se métamorphosant en Oyes sauvages quand les Normands descendirent à Pirou, et que de sont ces Oyes-là mêmes qui reviennent tous les ans faire leurs nids dans cet admirable château. Au pied des murailles, on compte dix-huit ou vingt niches de pierre où l'on a soin tous les ans de mettre des nids faits de paille ou de foin pour les oyes sauvages qui ne manquent pas, le premier jour de Mars, de venir la nuit faire plusieurs rondes autour du château pour voir si leurs nids sont prêts... Les spéculatifs du pays prétendent que c'est bon signe quand il vient à Pirou un grand nombre d'oyes sauvages. Le seigneur de ce château qui a grand soin que leurs nids soient bien molets et que la nourriture ne leur manque point, nous a mandé qu'il en paru cette année une infinité, et qu'il en est sorti plus de cent petits de dessous les ailes des mères, d'où l'on conjecture que l'année sera bonne ou que nous aurons la paix.
Ces oiseaux présageaient la destinée de ceux de la famille qui naissaient dans ce château : J'ai connu, dit Marville, un vieux gentilhomme Bas-Normand qui disoit qu'estant enfant, il avoit apris à lire dans une très ancienne chronique qui raportoit que quand il naissoit un enfant dans l'illustre maison de Pirou, les mâles de ces oyes paraissoient revêtus de plumes grises, et prenoient le dessus du pavé dans les cours du Château ; mais que quand ç'étoit une fille, les femelles en plumes plus blanches que neige, prenoient la droite sur les mâles. Et que si cette fille devoit être Religieuse, on remarquoit une de ces oyes entre les autres, qui n'aïant point de mêle en nichoit point, mais demeuroit solitaire dans un coin, mangeant peu, et soupirant dans son cœur je ne sai pourquoi.

En haute-Bretagne une autre métamorphose volontaire était assez célèbre pour devenir le surnom d'une ville : une jeune fille, pour échapper au déshonneur avait supplié saint Nicolas de la changer en cane ; dans une autre légende du littoral, c'était sainte Brigitte qu'avait invoquée une jeune fille poursuivie par un seigneur ; toutes les deux revenaient à jour fixe à l'église ou à la chapelle de leur patron.

Une légende poitevine de ville engloutie présente un épisode unique en France ; trois femmes qui malgré la défense qui leur a été faite, se sont retournées au moment de la catastrophe et sont transformées en grues.
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