samedi 1 septembre 2012

Le fils du roi et la fille muette


Il y avait une fois un Roi qui avait sept fils. Avant de mourir, il leur distribua ses richesses, puis il leur dit :
- Je laisse, en outre, un pavillon dans tel jardin, mais je vous défends d'ouvrir ce pavillon.
Dès qu'il fut mort, l'aîné pensa :
- Que peut bien rnfermer de pavillon ? Je suis l'aîné et je me l'attribue !
Et il l'ouvrit.
Il n'y trouva qu'une gazelle d'or. Il voulut la prendre, mais la gazelle se mit à courir, courir, rapide comme le vent, et l'aîné des fils la suivit, lui aussi, en courant de toutes ses forces. Enfin, elle entra dans une ville et disparut.
Mais, au moment où le fils aîné du Roi entrait à son tour dans la ville, les gardes de la porte se saisirent de lui et l'amenèrent devant leur Roi, lui disant :
- Voici, ô Roi, un jeune homme étranger à la ville.
Alors le Roi lui dit :
- Ma fille est devenue muette et je la donnerai en mariage à un jeune homme étranger à la ville qui réussira à la faire parler. Essaye donc ; mais si tu ne réussis pas, je te ferai couper la tête et je la ferai pendre à la porte de mon palais.
On introduisit le jeune homme auprès de la fille muette, mais il ne réussit pas à la faire parler.
Et le Roi donna l'ordre au bourreau de lui couper la tête.
Ne le voyant pas revenir à son palais, le deuxième frère prit ses richesses, ouvrit à son tour le pavillon et voulut se saisir de la gazelle d'or qui s'enfuit, disparut dans une ville et il lui advint la même chose qu'à son frère aîné. Et il en fut de même des six frères.
Quand le sixième frère eut disparu, le septième hérita de leurs richesses, et, comme eux, ouvrit le pavillon, suivit la gazelle d'or, fut appréhendé par les gardes et amené devant le Roi.
Mais le Roi fut ému de pitié en le voyant si beau et il lui dit :
- Ô mon fils, pourquoi ajouter ta tête aux six têtes de tes frères qui sont suspendues à la porte de mon palais ? Je ne veux pas te tuer, retourne dans ton pays.
Mais le jeune homme lui dit :
- Je ferai parler ta fille et je serai son époux.
Alors le Roi lui répondit :
- Tu vas réfléchir pendant quinze jours dans un de mes jardins, et si, au bout de ce temps, tu persistes dans ton dessein, il arrivera ce qui arrivera, c'est toi qui l'auras voulu.
Le quinzième jour, le fils du Roi se promenait dans le jardin, bien résolu à faire parler la fille muette, et, dans les arbres, les oiseaux causaient entre eux et disaient :
- Quel dommage ! Ce beau jeune homme va être tué demain, car il veut faire causer la fille muette et il n'y arrivera pas....
Alors un des oiseaux dit aux autres :
- Il faut que nous l'aidions ; moi, je vais me loger dans le coussin.
Les autres dirent :
- Moi, dans le chandelier
- Moi, dans la chaise de la fille muette
Ces oiseaux étaient des génies....
Le lendemain, en effet, ils étaient à leurs postes quand le fils du Roi arriva et tous lui dirent à la fois :
- Que Dieu bénisse notre Seigneur et allonge ses jours....
Alors la fille muette se tourna sur sa chaise et s'écria :
- Tiens, les matelas, les coussins, les lits, les chaises causent maintenant !!
Mais le fils du Roi, la bousculant, lui dit :
- Maudite, est-ce à toi qu'on parle, pour que tu répondes ?
Alors la chaise dit :
- je vais vous raconter un conte : il y avait un jour une grande caravane qui voyageait. Parmi les gens de la caravane, il y avait un menuisier, un fâsi et un tâleb (lettré et maître d'école).
" Comme il y avait beaucoup de coupeurs de routes, les gens qui voyageaient décidèrent de monter la garde, chacun à tour de rôle, pendant la nuit.
" La première nuit veilla le menuisier. Pour ne pas s'endormir, il prit du bois et fabriqua une poupée, grande comme une femme ; la deuxième nuit, ce fut le fâsi qui monta la garde. Pour ne pas s'endormir, il habilla la poupéee. La troisième nuit, ce fut au tour du tâleb. En voyant la poupée si belle, il s'écria :
- O mon Dieu, je te supplie de lui donner une âme !
Et dieu anima la poupée.
 " Ensuite, tous se disputèrent pour l'avoir pour femme.
" Je te demande, ô fils du Roi, à ton avis, à qui revient-elle ?
Le fils du Roi répondit :
- Au menuisier
Mais alors la muette s'écria :
- Mais pas du tout ; elle revient au tâleb qui l'aime et la fit parler.
Alors les adouls écrivirent que la fille muette avait parlé, grâce à l'habileté du fils du Roi, et on la lui donna en mariage.

***
Conté par la Chérifa lalla Rqiya
D'après les Contes et Légendes Populaires du Maroc
Recueillis à Marrakech et traduits par la Docteresse Légey


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