mardi 4 septembre 2012

Déplacement des elfes



Les elfes savent se déplacer sans bruit dans la forêt, ni se faire voir. Mais avec la brume qui avait envahi les bois et la couche de neige qui en tapissait le sol, la progression des clans de guerre était à ce point silencieuse qu'on eût dit une armée de fantômes. Recouvertes de leurs longs manteaux de moire, leurs ombres glissaient comme le vent, grises entre les troncs lisses des hêtres, vertes parmi les chênes, trop indistinctes et rapides pour que l’œil s'en souvienne. Les archers [... ] fendaient les buissons sans même en secouer le givre, plongeaient dans des cavées connues d'eux seuls, se fondaient dans le brouillard et disparaissaient sans laisser de traces, comme si leur passage n'avait été qu'un songe. Ils ne marchaient pas en rangs, comme des hommes, ni en blocs compacts comme des nains, ils couraient comme une harde de cerfs, d'une allure régulière, souple, sans jamais s'arrêter. On disait qu'un clan de guerre pouvait courir jusqu'à vingt lieues (80 km) par jour, autant qu'un cheval, qu'ils allaient aussi vite par nuit noire qu'en pleine lumière, que même les roches les plus escarpées ne pouvaient les ralentir et même qu'ils pouvaient traverser des rivières en courant dessus tant leur pas était léger.... Les elfes aimaient ces histoires et en contaient eux-mêmes d'invraisemblables durant les veillées, mais leur vitesse, ainsi que leur résistance, n'étaient dues en réalité qu'au fait qu'ils couraient l'esprit parfaitement vides. Dès qu'ils s’élançaient en groupe, les elfes se comportaient comme un essaim ou un vol d’étourneaux. Chacun suivait les autres sans penser à son but ni à la direction empruntée, encore moins à ce qui l'attendait une fois arrivé, ou à ce qu'ils avaient laissé en partant. Pareils à des animaux, ils en étaient réduits à leurs muscles, à leur coeur, à leur sens, tout entiers concentrés sur les embûches du chemin, l'esprit libre de toute préoccupation. Seuls deux ou trois d'entre eux, galopant en tête, menaient les autres puis se laissaient mener lorsque la fatigue les empêchait de courir et de réfléchir en même temps.

***
Extrait de "Les Chroniques des Elfes" - Llane
Jean-Louis Fetjaine
Éditions Fleuve Noir

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...