mardi 1 mai 2012

Le 1er mai et ses mystères



Le terme même de "mai" provient du superlatif de magnus (maïus, plus grand que). Il annonce la croissance et l'épanouissement végétal.
Dans la nuit qui précède le 1er mai, dédié aux apôtres Philippe et jacques, les jeunes gens se rendent en forêt et vont couper des arbres verts, des mais, maie, essentiellement des jeunes sapins et des bouleaux. Cette coutume connue dans toute l'Europe, est attestée depuis le XIIIe siècle en Alsace. C'était une manière d'exprimer leur tendresse à l'élue de leur cœur. Mais si une jeune fille avait déplu, s'était révélée de mœurs légères ou avait trahi l'amour du jeune homme, celui-ci plantait un Schandmaie - le mai de la honte -  devant la maison. Celui-ci était constitué d'un arbuste desséché, garni de paille et décoré d'objets peu reluisants tels que des chiffons, des pantoufles déchirées ou du bois puant.
La sagesse populaire le dit bien : "Quand quelqu'un n'est pas bien vu, on ne lui dresse pas de mai".
La même chose était appliquée aux vieilles femmes du village, surtout celles que leur caractère acariâtre rendait antipathiques.
En revanche, la personne appréciée et reconnue, sera distinguée par le Maie, d'où l'expression : "se faire honorer par l'érection d'un mai".

Les autorités du village ; le maire, les adjoints, le curé ou le pasteur, certains présidents d'association ont eux aussi droit au Maie, comme expression de l'estime des habitants. En plus de la fonction de reconnaissance de l'amour ou de l'autorité qu'il représente, l'arbre vert apporte bonheur, santé et fécondité, donc plénitude de vie à ceux ou celles à qui il est dédié.

Les jeunes gens vont frapper avec des rameaux  verts de noisetier les jeunes filles rencontrées, les remplissant ainsi de vitalité et les rendant par ce geste magique aptes à donner la vie. Cet acte porte le nom de fitze, dont dérive Fitzer, quelqu'un qui réussit dans la vie, ou gfitzt, bien intéressant, réussi, "chouette"
Guenièvre, reine de mai, de John Collier

Le 1er mai, pour marquer rituellement le début du mois de la joie, des cortèges de fillettes et de jeunes filles passent de maison en maison. Ambassadrices du printemps, elles s'arrêtent devant chaque maison pour réciter ou chanter une petite formule et réclamer des dons. Elles portent le nom de Reines de Mai, de Petites roses de Mai ou encore de Petites femmes de Mai selon les régions. Ainsi à Thann, une jeune fille tout habillée de blanc, portait un arbuste verte décoré de rubans multicolores et s'arrêtait devant chaque maison pour chanter le couplet suivant : "Petite rose du mois de mai, tourne trois fois sur toi, laisse-toi admirer de tous les côtés"

A Wittenheim, une jeune fille était décorée avec des feuilles et des fleurs et passait dans les rues de la commune

A Steinsoultz, arrondissement d'Altkirch, les jeunes gens et jeunes filles allaient couper en forêt un arbuste et le décoraient de rubans multicolores puis, une jeune fille était élue pour porter cet arbre de maison en maison. Elle-même était décorée avec des fleurs et portait une couronne. Quand le cortège s'arrêtait devant une maison, la jeune fille se mettait au cntre d'une ronde, les autres jeunes filles dansnaient en cercle autour d'elle et chantaient :

Le Mai entre dans la forêt verte
Ainsi nous entrons avec les mais décorés de roses
Si vous ne voulez pas nous donner des oeufs
Le putois vous prendra toute les poules
Si vous en voulez pas nous donner du beurre
La vache ne vous donnera plus de lait
Si vous ne voulez pas nous donner de farine
Le meunier en prendra la moitié
Le Mai, le Mai tourne trois fois
Ainsi nous entrons avec le Mai décoré de roses

Messagère du renouveau de la nature et de la vitalité du monde végétal, les petites reines de mai expriment très clairement ce qui risque d’arriver si les personnes visitées, après avoir reçu les bienfaits de l'arbre vert, ne répondent pas à leur tour par un don en nature, qui sera ensuite partagé entre les membres du cortège. Don et contre-don sont un des systèmes d'échange de base, fondant la vie sociale et les relations codifiées par les rituels entre les mondes naturels et surnaturels. Les exemples pourraient être multipliées avec de nombreuses variantes locales, mais ces quelques échantillons témoignent bien de l'importance de ces coutumes qui accompagnent l'éclosion végétale.

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