vendredi 30 septembre 2011

La légende du chariot d'or

Les roches du Chariot
 
Il existait autrefois dans l’Ormont un chariot rempli d’or et de pierres précieuses, une véritable fortune. Nul ne savait comment il était arrivé là, il y était depuis 1800 ans. Nul ne savait à qui il appartenait, mais il serait à celui qui irait le chercher. Pourtant l’entreprise n’était pas sans danger, car de tous ceux qui avaient tenté leur chance, nul n’en était jamais revenu. Les gnomes du lac et les lutins de la forêt, gardiens du trésor, usaient de leurs maléfices pour faire échouer toutes les tentatives. Et les malheureux qui succombaient étaient engloutis pour toujours.
Il fallait, pour réussir, trouver le timon qui seul émergeait d’un petit lac au sommet du massif, disaient les uns, à même la terre parmi les bruyères et les fougères, disaient les autres. Avant le départ, il fallait faire pénitence puis partir à la tombée du jour avec une paire de bœufs blancs immaculés. Il fallait chercher le timon au clair de lune et une fois trouvé, y attacher son attelage et là l’affaire devenait difficile. Il ne fallait ni se laisser griser par la fortune qui arrivait, ni par l’impatience qui gagnait, car un seul juron et tout était perdu, la fortune bien sûr, mais la vie aussi. Et c’est là que les gnomes méchants et les lutins à l’esprit retors intervenaient. Ils usaient de tous leurs maléfices à faire prononcer le juron fatidique. Jusqu’à la lisière de la forêt, même en vue des premières maisons, rien n’était gagné.
Margot, un charretier de Senones, s’y était risqué. Il avait pris la précaution de faire bénir ses bœufs par le moine de l’abbaye. Hélas, rien n’y fit, lui aussi par les lutins envoûté laissa échapper le juron fatal.
Le dernier à avoir tenté sa chance est un paysan de Robache, un esprit fort disait-on. Il faillit réussir, il avait attelé deux magnifiques bœufs blancs au timon et encourageait paisiblement ses bêtes à l’effort. Le chariot avait atteint la rive lorsque ses bêtes faiblirent. Au lieu de se reposer, l’appât de l’or étant le plus fort, il les flagella cruellement. Comme les bêtes piétinaient, un juron sortit de sa bouche. Alors, irrémédiablement, le chariot recula et le tout fut englouti en quelques instants.
Depuis que le féerique a quitté nos esprits pragmatiques, le lac s’est asséché et le chariot s’est pétrifié. Ce sont les roches du chariot que le promeneur peut encore voir aujourd’hui.

***
« Or » est un ancien mot celtique qui signifie montagne.
« Mont » signifie aussi montagne, ce qui pourrait désigner la montagne des montagnes, c’est à dire la montagne la plus importante des environs, ce qui est bien le cas (altitude : 899 m).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...