mardi 31 août 2010

La fosse Arthour

Comme vous le savez, nous étions parties en vacances en Normandie ! Une région que nous n'avions plus vue depuis 26 ans !! Ce dont nous ne me souvenions plus, c'est que l'on y parle aussi du roi Arthur, mais autrement qu'en Bretagne !!
Connaissiez-vous cette légende ?



Non loin de la Chaire de Velléda est un large trou insondable qu'un cours d'eau, un torrent durant l'hiver, a creusé au milieu d'une déchirure des rochers. C'est la Fosse-Arthour, et la montagne semble avoir été coupée là pour livrer passage à ces eaux impétueuses, qui se précipitent dans le ravin entre deux murailles de rochers.
Une grotte de forme triangulaire, dont l'ouverture est ombragée par le feuillage d'un chêne séculaire, se voit au flanc d'un des escarpements. Elle est connue sous le nom de la Chambre-de-la-Reine, et l'on ne peut y arriver qu'après une périlleuse ascension.
En face, sur le versant opposé, existe une autre grotte : la Chambre-du-Roi. Ce nom lui viendrait, si l'on en croit la légende, du héros de la Table ronde. Arthur, roi des deux Bretagnes, qui vivait au VIe siècle et fut la personnification du génie héroïque des Celtes et de la résistance des vieux Bretons contre les envahisseurs saxons. On sait que, après les nombreux combats qui ont rendu son nom si fameux, ce prince mourut des suites de blessures reçues dans une dernière affaire. Cependant, la croyance et les poésies populaires affirment qu'il n'est pas mort : gardé par neuf fées dans l'île d'Avalon, un jour il reparaîtra pour venger les deux Bretagnes.
La tradition normande veut, au contraire, qu'il soit enseveli dans les profondeurs de la Fosse-Arthour. Elle dit que le héros vint après sa disparition se réfugier dans la Chambre-du-Roi, et que sa fidèle compagne, la reine Genièvre, trouva un asile dans la Chambre-de-la-Reine, dont une entrée secrète était connue d'Arthur seul. Mais l'arrêt de la fée puissante qui le protégeait, et avait présidé à sa naissance, avait ordonné qu'il ne pourrait rendre visite à son épouse qu'après la disparition du soleil derrière la montagne voisine.

Arthur obéit d'abord à cet arrêt sévère, mais sa profonde tendresse pour celle qui n'avait pas voulu l'abandonner le lui fit bientôt oublier. Une fois, et sans attendre le coucher du soleil, il descendit de sa retraite inacessible et alla rejoindre Genièvre. Il continua ses visites, mais une punition terrible lui était réservée.
Un jour qu'il venait de quitter sa compagne et traversait le ravin, un bruit inusité vint exciter sa surprise et le fit se retourner. C'était le torrent grossi, fougueux, menaçant, qu'il vit accourir et se précipiter vers lui, grondant et mugissant. En un instant l'onde perfide l'entoure de ses flots tumultueux, et monte, monte toujours. Le prince essaie de lutter contre l'irrésistible courant, se débat avec le courage du désespoir contre les étreintes de la mort. Vains efforts ! Sa dernière heure a sonné ; le torrent entraîne et engloutit pour toujours dans les profondeurs du gouffre l'amant infortuné.
Du seuil de sa grotte, Genièvre a suivi avec une affreuse angoisse les péripéties de la lutte ; elle voit son époux disparaître, mais ne veut pas lui survivre, et, se précipitant du haut de la roche, elle va le rejoindre dans l'abîme.
On affirme qu'autrefois deux corbeaux, aussi blancs que des cygnes, venaient planer lentement et mélancoliquement chaque jour au-dessus du gouffre, tombeau des deux amants. Leur aire était établie dans un creux du rocher, et les laboureurs les respectaient, car ils protégeaient les moissons des champs d'alentour contre les oiseaux du ciel. Un soir, ils prirent leur volée vers l'horizon lointain, disparurent, et, depuis, nul ne les a revus.
On raconte encore que, au bon vieux temps, celui qui ne pouvait suffire à ses labours allait demander aide sur le bord de la Fosse-Arthour, en ayant soin d'y déposer une piécette blanche. Le lendemain matin, il voyait sortir de l'eau deux taureaux noirs qu'il emmenait, et qui se montraient infatigables au travail durant la journée entière. Il fallait les ramener au bord de la fosse à la tombée de la nuit, et ne pas oublier de leur attacher une botte de foin entre les cornes. Arrivés au bord de l'eau, ils prenaient leur élan, et, plongeant, regagnaient leur humide demeure.

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Jules Lecoeur, Contes, récits et légendes des pays de France
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Photos : Aby et son prince
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