mercredi 21 juillet 2010

Le lapin blanc et les trèfles à quatre feuilles

Il était une fois un jeune paysan qui alla dans la forêt pour y ramasser du bois mort. Il aimait beaucoup les fleurs, les arbres et les bêtes. En suivant le sentier, il prenait garde à ne pas marcher sur les insectes et les limaçons.
Il donna aux oiseaux plus de la moitié du morceau de pain qu'il avait emporté pour son goûter.
Passant devant une fontaine qui coulait dans une petite rigole, il vit qu'elle était toute encombrée de feuilles mortes et de morceaux de bois pourris, et il la nettoya avec soin, parce qu'il savait que l'eau aime beaucoup à être propre.
Il vit, au pied d'un arbre, un nid tombé de sa branche. Plusieurs des petits œufs gris tachetés de bleu s'étaient cassés en tombant. Il remit dans le nid ceux qui n'étaient pas cassés et il remit le nid dans l'arbre.
A ce moment, il entendit des gémissements derrière un buisson. C'était un chevreuil blessé à la jambe et qui ne pouvait plus se relever. Le jeune garçon s'approcha de lui et le caressa. Puis il lava la plaie et la banda avec un morceau de sa chemise. Après cela, il fit son fagot et sortit de la forêt.
Mais la fée de la forêt l'avait vu. Elle conçut une vive amitié pour ce jeune garçon et résolut de faire sa fortune...
Et voici comment elle s'y prit.

Un jour que la petite princesse de ce pays-là se promenait dans la forêt en cherchant des champignons, un lapin blanc d'une surprenante beauté vint se jeter contre sa robe. Elle se baissa, le prit dans ses bras et le serra contre son cœur.
Au même instant, la fée lui apparut et lui dit :
- Princesse, ce lapin blanc te portera bonheur si tu le veux. Mais il faut pour cela que tu le gardes avec toi, que tu aies grand soin de lui et que tu le nourrisses uniquement de trèfles à quatre feuilles. S'il mangeait autre chose, il mourrait, et toi aussi : car ton sort est lié au sien, du moins jusqu'à ce que tu sois mariée.
La fée ayant ainsi parlé, disparut dans le tronc fendu d'un vieux saule.
La princesse emmena le lapin dans son palais et le logea dans sa propre chambre. Le lendemain, elle fit un édit pour inviter ses sujets à lui apporter chaque soir tous les trèfles à quatre feuilles qu'ils auraient pu trouver, et elle en promit un bon prix.
Dès le jour suivant, on eût pu voir tous les enfants du royaume répandus dans les champs et occupés à chercher des trèfles à quatre feuilles. Le soir, ils se rendaient au palais et défilaient avec leur cueillette devant un ministre qui avait été nommé exprès pour veiller à la nourriture du lapin blanc.
Les premiers jours, la provision fut assez abondante, et le lapin blanc put manger à sa faim. Comme il était vaniteux, il était content d'être nourri d'aliments aussi distingués. mais ensuite, la récolte devint plus mince de jour en jour ; le lapin commença de maigrir, et la princesse pareillement.
Elle fit un second édit où elle offrait pour les trèfles à quatre feuilles, un prix encore plus élevé. Presque aussitôt, on en apporta en si grande quantité que le lapin blanc ne put même les manger tous. Mais cela ne lui profita point ; il devint malade, et la princesse eut de grands maux d'estomac.
Là-dessus, le ministre examina les trèfles que le lapin blanc avait laissés et il vit que c'étaient des trèfles à trois feuilles, auxquels on en avait collé une quatrième. La princesse irritée fit un nouvel édit par où elle condamnait les contrefacteurs à être pendus ; et elle établit un bureau pour le contrôle des trèfles.

Dès lors, on n'apporta plus que des trèfles qui avaient  réellement quatre feuilles : mais on en apporta de moins en moins. Le lapin blanc dépérissait ; ses côtes semblaient se toucher et il n'avait même plus la force de remuer son nez. La princesses était si faible qu'elle gardait le lit. Elle tenait le lapin blanc dans ses pauvres petits bras, et tous deux n'attendaient plus que la mort.
Dans cette extrémité, elle fit savoir à son peuple qu'elle donnerait sa main et sa couronne à celui qui, par miracle ou autrement, saurait lui fournir assez de trèfles à quatre feuilles pour la sauver en sauvant son lapin.

Alors, la fée alla trouver le petit paysan dont elle était l'amie. Elle le conduisit à travers la forêt, jusqu'à un endroit caché, défendu par des broussailles impénétrables, et où il y avait, sans que personne le sût, un champ de trèfles qui étaient tous des trèfles à quatre feuilles. La fée entrouvrit le sbrouissailels avec s abaguette et le jeuen garçon n'eut plus qu'à couper le strèfles à la faucille.
Pendant plusieurs jours, il en apporta au palais de pleines brouettes. En moins d'une semaine, le lapin blanc reprit son embonpoint et la princesse ses belles couleurs.
Et, parce que le jeune garçon était de bonne mine et que la fée l'avait elle-même peigné et habillé, la princesse l'épousa, non seulement avec reconnaissance, mais avec plaisir.

Comme il n'y avait plus de danger pour elle, elle laissa la lapin manger ce qu'il voulait. mais le lapin, dégoûté des trèfles à quatre feuilles, mangea tant de salade, de choux et de carottes, qu'il mourut d'indigestion.

***
Jules Lemaître
1853-1914
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