vendredi 21 mai 2010

Morgans et Morganes : leurs présents

Avant d'avoir éprouvé la malice des hommes, les Morganed de l'ile d'Ouessant et les Morganezed leurs femmes, qui avaient, ainsi qu'on l'a déjà vu dans d'autres messages, leur résidence sous les eaux, venaient, beaucoup plus fréquemment qu'aujourd'hui jouer et folâtrer sur le sable fin et les goémons du rivage ; on les voyait surtout au clair de lune, et ils démêlaient leurs cheveux blonds avec des peignes d'or et d'ivoire. Le jour, ils faisaient sécher au soleil, sur de beaux linceuls blancs, des trésors de toutes sortes. On jouissait de leur vue tout le temps qu'on restait sans remuer les paupières, mais, comme le linge des fées marines de la Haute-Bretagne, ces richesses disparaissaient au premier battement. Cependant, ils les laissaient voir quelquefois aux hommes.

Un jour, deux jeunes filles de l'île, occupées à chercher des coquillages, virent une Morgane qui étalait ses trésors sur deux belles nappes blanches. Elles arrivèrent, en se glissant derrière les rochers, jusqu'auprès de la Morgane, sans être aperçues d'elle. Au lieu de se jeter à l'eau et d 'emporter ses trésors, celle-ci, voyant que les jeunes filles étaient gentilles et paraissaient douces, replia ses deux nappes sur toutes les belles choses qui étaient dessus, et leur en donna à chacune une, en leur recommandant de ne regarder ce qu'il y avait dedans que lorsqu'elles seraient arrivées à la maison, devant leurs parents. L'une d'elles ne put résister à la tentation, et ayant déplié le linceul, elle n'y trouva que du crottin de cheval. L'autre alla jusqu'au logis, tout d'une traite, et elle n'ouvrit sa nappe que sous les yeux de ses parents : elle contenait des pierres précieuses,des perles fines, de l'or et de beaux tissus. La famille devint riche, et l'on prétend qu'il existe encore, bien qu'il y ait longtemps de cela, chez ses descendants, des restes du trésor de la Morgane.
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