jeudi 25 mars 2010

Les oeufs durs préconisés en repas ou au jeu de la roulée

Liées aux fêtes du soleil et du printemps, la coutume de manger des œufs durs pendant les Pâques était générale, et en usage dans presque toutes les religions et tous les pays.
A Tulle, on allait autrefois, le lundi de Pâques, manger des œufs durs à l'hôpital, dans la chapelle des malades.
Dans tout le Berry, dis Laisnel de la Salle, on faisait, le lundi et le mardi de Pâques, sous le nom de manches ou de berlués, des repas d'œufs durs qui étaient suivis de danses et de réjouissances auxquelles prenaient surtout part les bergers et les bergères du pays.
Ceux-ci faisaient préalablement quêtes d'œufs, et ces quêteurs étaient désignés sous le nom de cocateux, coquetiers d'où nous avons fait coquatiers ou rocattiers, mots appliqués aux marchands ambulants parcourant les campagnes pour y acheter des œufs et des volailles qu'ils allaient revendre sur le marché de la ville.
En Normandie, les petits paysans s'assemblaient après le repas du soir pendant la semaine sainte et allaient chanter, de porte en porte, une sorte de complainte de la Passion. Au lieu de la bûche traditionnelle, on avait coutume de donner à ces pauvres chanteurs un ou plusieurs œufs ou quelque monnaie. Une partie de ces œufs était mise de côté pour en confectionner une gigantesque omelette, mangée le dimanche de Quasimodo, dit pasquette en patois normand. Le surplus était mis en vente et le produit affecté à agrémenter le menu du repas symbolique. Remarquons qu'omelette est traduit en patois par pascade, mot présentant une évidente parenté avec Pâques.
La défense de manger des œufs pendant le Carême paraît n'avoir rien de religieux, ni même rien qui touche à l'hygiène : la fête de Pâques, la fête du printemps devant nécessiter une grande consommation de ce mets symbolique et rare encore à cette époque, il est plus que probable qu'il fut défendu d'en consommer un certain temps avant la fête, pour en avoir quantité suffisante quand viendrait l'époque de s'en servir. On fit de cette défense une prescription religieuse pour en assurer l'exécution.
Durant les fêtes de Pâques, on avait hâte d'aller jouer les œufs teintés et mirolés (sur lesquels ont été pratiquées des enjolivures avec la pointe d'un canif) à la roulée, distraction consistant à faire rouler un œuf sur un plan incliné ou sur un terrain en pente, tout œuf touché par celui du joueur devenant sa propriété.
Cette coutume en rappelle une autre : celle de former de grosses pelotes avec des primevères jaunes, pour les jeter vers le ciel. Dans la Sarthe, on faisait ainsi sauter aux jeunes mariés un ruisseau dans lequel avait été jetée une profusion de bouquets de ce type en gage de fécondité et de prospérité du nouveau ménage. Le rituel de la roulée des oeufs semble procéder de la même croyance

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D'après... Mémoires de la Société académique du Nivernais,
Paru en 1894
Tiré de la France Pittoresque N° 22
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