lundi 8 mars 2010

Mélusine, fille d'Hercule ?

 
En se prétendant descendants de Mélusine, les anciens seigneurs de Sassenage auraient-ils prétendu prouver ainsi qu'ils étaient du sang d'Hercule ? Peut-être à en juger par cette anecdote, rapportée en 1557 par Enguilbert de Marnef dans ses Discours.
Hercule allant de Grèce en Espagne pour piller Gerion, passa par la Gaule et vint loger chez un seigneur du pays nommé Bebrix, homme puissant, demeurant au cœur des montagnes séparant la gaule de l'Espagne, et ayant une belle fille nommée Pyrène. Hercule ne l'eût pas sitôt vue, qu'il en fut amoureux, "et la vous mena si beau avecque belle promesse de mariage, qu'il l'engrossa, puis reprint son chemin : son entreprise exécutée, s'en retourna la revoir, laquelle avoit, pendant son volage, enfanté un… devinés quoy ? Un beau petit joli serpenteau ; Et de ceste race serpentine, est descendue Mélusine".
Après la naissance, Pyrène, honteuse, horrifiée, craignant le roi son père, se réfugia dans les bois, buissons et rochers de la montagne. Apprenant cette nouvelle, Hercule partit à sa recherche, en vain. Les ours ayant dévoré sa bien aimée, il n'en put jamais trouver que les vêtements, quelques os et ses blonds cheveux, qu'il brûla avant d'enterrer les cendres et d'ordonner, pour l'immortalité, que le nom de la belle aux yeux verts, demeurât à cette effroyable montagne à tout jamais, "au moien de quoy les Gregeois et Latins l'ont depuis appellee Pyrene ou mons Pyrenees"
Le fief des Sassenage abrite des grottes où Mélusine, au lendemain de sa mésaventure poitevine, se serait réfugiée. L'une est d'une grandeur saisissant d'effroi les âmes les plus fermes. Une autre abrite une table de pierre, que l'on appelle communément la table de Mélusine. On voit dans une caverne deux creux ronds et médiocrement profonds que la nature a faits dans un rocher solide. Ils sont vides toute l'anéne, et il n'y paraît de l'eau que le jour des Rois. L'eau surmonte alors l'empêchement qu'elles emble avoir combattu durant si longtemps pour y pénétrer et, ce qui est le plus surprenant, disparaît le jour suivant. On en tire un présage de la fertilité de la terre et de l'abondance des blés et du vin : plus ils sont remplis, plus ils promettent de bonheur. L'une des cavités annonce ce que l'on doit attendre des terres, et l'autre ce que l'on a à se promettre des vignes.

***
Image 1 ancienne : Entrée des cuves de Sassenage
Image 2 plus récente des cuves de Sassenage

***
D'après… "Discours non plus mélancoliques que divers de choses mesmement qui appartiennent à la France", paru en 1557.
"Histoire générale du Dauphiné", paru en 1878
Tiré de La France Pittoresque N°11

L'enfant et le papillon

- Petit Papillon bleu,
Qui voles en tout lieu,
Je voudrais être toi, disait le petit George,
À travers les épis courant dans un champ d'orge.
Le joli petit Papillon
Dit au joli petit garçon :
— D'où vient que mon destin te paraît préférable?
Le tien pourtant me semble, à moi, fort agréable.
— Oh ! dit l'enfant, j'aurais de bien plus beaux habits !
Les miens sont toujours noirs ou gris :
Le plus souvent d'étoffes tout unies ;
Je n'aime point du tout ces couleurs rembrunies;
Les tiens, beau Papillon, sont de celles des cieux,
Et d'argent tout brodés; cela me plaît bien mieux.
— Oui, dit le Papillon, mais ces couleurs si belles
Font qu'un vaurien d'enfant (pardonne-moi ce mot),
S'il peut nous attraper nous arrache les ailes,
Ou bien d'un fer aigu nous transperce aussitôt.
— N'importe, dit l'enfant, au péril de ma vie,
Je voudrais être toi, ton sort me fait envie.
Tout pour toi n'est-il pas agrément et plaisir ?
Moi, dans un lit de fer tandis que je repose,
Toi, tu t'endors dans une rose,
Petit lit parfumé que berce le zéphyr.
— Oui, dit le Papillon, mais lorsque j'y sommeille,
Souvent un traître insecte y pénètre sans bruit.
Et d'un coup de poignard en sursaut m'y réveille ;
Toi, dans le tien, en paix tu dors toute la nuit. »
—  N'importe, dit l'enfant, au péril de ma vie,
Je voudrais être toi, ton sort me fait envie.
Que peut-on comparer au bonheur sans pareil
De voguer dans les airs au gré de ses caprices ?
Est-il rien de semblable à de telles délices ?
Oh ! que vite j'irais dans son palais vermeil
Visiter monsieur le soleil.
— Oui, dit le Papillon, mais gare à la Mésange,
Dont le bec en passant pourrait bien le happer,
Et de toi, mon bel ange,
Faire un fort bon souper.
—  N'importe, dit l'enfant, au péril de ma vie,
Je voudrais être toi, ton sort me fait envie.
Puis, contre tout danger,
Maman, prudente et bonne,
Qui serait Papillonne,
Saurait me protéger.
—  Ta mère! y songes-tu ? dit, le lépidoptère;
Notre espèce est toujours orpheline ici-bus :
Le pauvre Papillon, lui seul n'a point de mère,
Ou du moins, sur la terre,
Il ne la connaît pas.
—  Quoi ! dit soudain l'enfant, tout saisi de tristesse
Tu n'as point de maman qui t'aime et te caresse ?
S'il est ainsi, beau Papillon,
Nul péril ne dût-il environner ma vie,
Ton sort brillant ne me fait plus d'envie,
Et j'aime mieux cent fois rester petit garçon.

***
 Mme Adèle Caldelar
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...