jeudi 11 février 2010

Les fées des houles - leurs grottes


Dotées d'un pouvoir surnaturel et d'une immortalité compromise par le sel, les fées des houles, qui élisaient domicile dans des grottes peu accessibles d'où elles ne sortaient plus volontiers la nuit que le jour, vivaient comme les hommes, se mariant, pêchant, faisant leur pain…

Sur le littoral de la Manche, depuis cancale jusqu'à Tréveneuc, on racontait encore, à la fin du XIXe siècle, nombre de légendes qui se rattachaient aux cavernes des falaises, auxquelles on donne le nom de "houles" ou, plus rarement, de "goules". Les femmes les plus âgées du pays pensaient réelle l'existence des fées des houles : ces cavernes qui n'avaient cessé qu'à une époque toute récente, étaient habitées par une race de personnages surnaturels qui jadis se montraient assez souvent aux habitants du rivage, et avaient même parfois une réelle influence sur leur vie.

La marée basse ne découvre que l'entrée de l'habitation des fées.

Sur toute cette côté, les cavernes à peine ébauchées de la baie de la Fresnaye et de l'embouchure de l'Arguenon étaient la demeure des fées aussi bien que les grottes incomparables qui s'ouvrent, parfois grandioses comme des cathédrales, dans les hautes falaises de grès rouge du cap Fréhel ; si on s'étonnait de la petitesse de certaines, les vieilles gens disaient qu'elles n'avaient pas toujours été ainsi ; quelque cataclysme les avait ruinées, ou elles  s'étaient effondrées quand elles avaient cessé d'être habitées ; ainsi l'entrée de la houle de la Teignouse fut presque bouchée par un écroulement qui survint la nuit où les fées et les féetauds (ou faitauds) – les maris des fées -  la quittèrent pour s'en aller en Angleterre.
Quand on pénétrait dans ces houles, on y voyait des bancs, des tables, des berceaux, tout un ménage de pierre qui avait servi ou qui servait encore à leurs mystérieux habitants. Les plus considérables ne se composaient pas seulement de la partie que l'on peut visiter à mer basse ; ce n'était pour ainsi dire que l'antichambre : elles se propageaient bien avant dans les terres, jusque sous les bourgs d'où l'on entendait chanter les coqs des fées. La grotte du Chat, à Piriac, conduit, si l'on en croit la tradition populaire, à plus d'une demi-lieue dans les terres ; elle doit son nom à un chat qui, jeté dans cette grotte, et forcé d'en sortir par la mer qui en fermait l'entrée, repassa près du village de Camsilion. L'une d'elles aboutissait à Notre-Dame de Lamballe, a quarante kilomètres de son entrée. Suivant quelques récits, quand on avait franchi une sorte de tunnel, on se trouvait dans un monde pareil au nôtre, qui avait son ciel, son soleil, sa terre et ses arbres, et où l'on voyait de beaux châteaux au bout de longues avenues.
Mais le plus habituellement ces demeures ne comprenaient que la caverne elle-même. Quand on en avait passé l'entrée, que fermait parfois une porte de pierre gardée par une vieille portière couverte de varechs, et fort laide, on se trouvait en présence des fées : c'étaient de belles personnes, vêtues comme des dames ou des Bonnes Vierges. Leurs frères ou leurs maris vivaient à côté d'elles, moins nombreux, semble-t-il, et inférieurs en puissance. Quelquefois, on voyait encore d'autres personnages, les Fions, qui étaient de si petite taille que leurs épées n'étaient guère plus longues que des épingles à piécettes ; ils remplissaient les fonctions de page sou même de domestiques ; il n'y avait pas de Fions femelles, du moins dans les houles.


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Image : Le cap Fréhel

... à suivre...

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