mercredi 3 mars 2010

Un serpent donnant du fil à retordre aux historiens


Le nom de Mélusine n'est point formé, comme Du Bouchet l'a affirmé dans les Annales d'Aquitaine, de ceux des terres de Melle et de Lusignan, dont elle fut dame Besly, fort savant dans l'histoire du Poitou, nous assure que ces deux seigneuries n'ont jamais été unies dans une même famille. Il est d'ailleurs sans exemple qu'un seigneur se soit formé un nom propre par le mélange de ceux de ses terres, un gentilhomme ajoutant à son nom de baptême celui de sa terre principale. S'il avait deux fiefs considérables, il prenait indifféremment le titre de l'un ou de l'autre, ou le titre des deux, avec la conjonction.
Comme raison à la représentation mi-femme mi-serpent de la fée, d'Urfé expliquait qu'il y avait du temps du paganisme, dans l'île de Sayn, vis-à-vis de Brest, un collège de vierges que l'on appelait Sènes, qui prédisaient l'avenir. Il représente Mélusine comme une de ces Sènes, mais cherche seulement à amuser son lecteur en commettant un évident anachronisme.
Mascurat avança que Mélusine était bien une comtesse de Lusignan, fort absolue, commandant ses sujets avec une telle autorité que, lorsqu'elle leur envoyait des patentes scellées de son sceau ou cachet, sur lequel était gravée une sirène, on ne songeait qu'à obéir sans délai : de là la coutume de la prétendre magicienne se changeant en sirène. Si l'explication est ingénieuse, elle renferme une erreur historique : on ne faisait point graver de figures symboliques sur les sceaux dans le siècle où Mélusine est supposée avoir vécu, mais uniquement la représentation de celui à qui ils servaient.
Chorier voulut au contraire que la queue de serpent indiquât la prudence. L'Histoire compte nombre de reines s'étant distinguées par leur sagesse : Blanche, mère de Saint-Louis ; Marguerite, épouse de ce prince ; Jeanne, femme de Charles V, que Froissart dit avoir été le conseil de ce sage roi ; marie d'Anjou, épouse de Charles VII, qui par son adresse contribua tant à affermir la couronne de ce monarque ; Anne de Bretagne, princesse d'un mérite si rare. Il n'est cependant jamais venu à l'esprit de nos peintres ou sculpteurs, de figurer ces reines sous la forme que l'on donna à Mélusine. Comment croire que ces dames aient voulu acquérir la réputation de sagesse et de prudence aux dépens de leur taille et de leur beauté ?
Peut-être Mélusine doit-elle sa forme à une équivoque. Certains auteurs ont en effet affirmé que Mélusine dérivait du féminin de milo ou mile, signifiant guerrier combattant. En réalité, Mélusine possède un double sens dans la langue celtique. Si on l'admet formé du mot Melys, il signifie douce, agréable, charmante. Si on le décompose en Me et Lusen, il signifie moitié serpent.
On ne manqua point de choisir celui des deux sens qui tenait du prodige, dans un siècle où le merveilleux plaisait, et l'on se figura que Mélusine était une dame qui, par la moitié du corps, était serpent. Ainsi formée, Mélusine n'était plus une femme ordinaire : on en fit une fée, capable de bâtir le fort et magnifique château de Lusignan.
***
Image 1 : Mélusine s'enfuit, transformée en dragon
( Roman de Mélusine, par Couldrette)

Image 2 : Mélusine sur le fronton du Château de Sassenage

(Envoyé par notre ami Dourvac'h)

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D'après "Dissertation sur la mythologie française" parue en 1771
"Roman de Mélusine" (édition) préfacée de 1854.
Tiré de La France Pittoresque N°11

4 commentaires:

  1. bonjour Mélusine . beaucoup on peur des serpents , moi non . bonne soirée et gros bisous

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  2. Passionnant, merci Fée des contes et des mythes et légendes ... :)

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  3. Le troisième volet de "votre" Mélusine... des articles-merveilles que j'imprime et relirai en m'émerveillant, toujours... Aussi, merci de la citation de mon petit travail photographique d'il y a si longtemps... pur fruit du hasard d'une promenade, j'avoue... mais y a-t-il des hasards aux rencontres, vraiment ??? Amitié aux deux Fées !

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  4. Jean-Pierre, lors de mes promenades, tu pourras alors me servir de guide en effrayant les serpents... parce que moi, comme beaucoup, j'en ai peur ! Grrr
    Bisous

    Servanne...un gros, gros bisou à toi...

    Dourvac'h...imprime ce que tu veux ! Il est parfois rare de trouver certaines adaptations des légendes...
    Normal que j'ai cité ta photo !!
    l'appareil captive des images immortelles que l'œil nu parfois oublie...ou ne relève pas
    Bisous

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