lundi 8 mars 2010

L'enfant et le papillon

- Petit Papillon bleu,
Qui voles en tout lieu,
Je voudrais être toi, disait le petit George,
À travers les épis courant dans un champ d'orge.
Le joli petit Papillon
Dit au joli petit garçon :
— D'où vient que mon destin te paraît préférable?
Le tien pourtant me semble, à moi, fort agréable.
— Oh ! dit l'enfant, j'aurais de bien plus beaux habits !
Les miens sont toujours noirs ou gris :
Le plus souvent d'étoffes tout unies ;
Je n'aime point du tout ces couleurs rembrunies;
Les tiens, beau Papillon, sont de celles des cieux,
Et d'argent tout brodés; cela me plaît bien mieux.
— Oui, dit le Papillon, mais ces couleurs si belles
Font qu'un vaurien d'enfant (pardonne-moi ce mot),
S'il peut nous attraper nous arrache les ailes,
Ou bien d'un fer aigu nous transperce aussitôt.
— N'importe, dit l'enfant, au péril de ma vie,
Je voudrais être toi, ton sort me fait envie.
Tout pour toi n'est-il pas agrément et plaisir ?
Moi, dans un lit de fer tandis que je repose,
Toi, tu t'endors dans une rose,
Petit lit parfumé que berce le zéphyr.
— Oui, dit le Papillon, mais lorsque j'y sommeille,
Souvent un traître insecte y pénètre sans bruit.
Et d'un coup de poignard en sursaut m'y réveille ;
Toi, dans le tien, en paix tu dors toute la nuit. »
—  N'importe, dit l'enfant, au péril de ma vie,
Je voudrais être toi, ton sort me fait envie.
Que peut-on comparer au bonheur sans pareil
De voguer dans les airs au gré de ses caprices ?
Est-il rien de semblable à de telles délices ?
Oh ! que vite j'irais dans son palais vermeil
Visiter monsieur le soleil.
— Oui, dit le Papillon, mais gare à la Mésange,
Dont le bec en passant pourrait bien le happer,
Et de toi, mon bel ange,
Faire un fort bon souper.
—  N'importe, dit l'enfant, au péril de ma vie,
Je voudrais être toi, ton sort me fait envie.
Puis, contre tout danger,
Maman, prudente et bonne,
Qui serait Papillonne,
Saurait me protéger.
—  Ta mère! y songes-tu ? dit, le lépidoptère;
Notre espèce est toujours orpheline ici-bus :
Le pauvre Papillon, lui seul n'a point de mère,
Ou du moins, sur la terre,
Il ne la connaît pas.
—  Quoi ! dit soudain l'enfant, tout saisi de tristesse
Tu n'as point de maman qui t'aime et te caresse ?
S'il est ainsi, beau Papillon,
Nul péril ne dût-il environner ma vie,
Ton sort brillant ne me fait plus d'envie,
Et j'aime mieux cent fois rester petit garçon.

***
 Mme Adèle Caldelar

2 commentaires:

  1. L'illustration colle magnifiquement avec le poème !
    Bien la bise !

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  2. Une bise papillonnante à vous trois qui m'enchantez...

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