lundi 8 février 2010

Une fée exorcisée par le curé de Saint-Suliac


À l'extrémité de la commune de Saint-Suliac est une grotte appelée l'antre de la Fée du Bec du Puy. A sa voix jadis, les vents soufflaient moins fort, les flots se calmaient, et la mer devenait tranquille et transparente comme un lac de cristal. Aussi voyait-on chaque marin, en partant pour la pêche, venir sur la grève sacrée, offrir ses hommages à la belle déesse, qui lui rendait le vent favorable et la pêche abondante. Les femmes, les  sœurs, les filles, les amantes des absents, venaient déposer de nombreuses guirlandes de fleurs sauvages, à l'entrée de son impénétrable grotte, gardée par une meute de chiens invisibles, toujours aboyants et prêts à dévorer l'imprudent qui se hasardait à en forcer l'entrée.
On dit qu'un jour des bergers revenant des pâturages trouvèrent à la tombée du jour, à l'entrée de la grotte, une jeune fille expirante : son fiancé n'avait encore jamais manqué au rendez-vous, quand, trois jours auparavant, elle avait vu la Fée. " Depuis, confia-t-elle, je l'attends vainement : le vent et la mer ont été contre nous, et cependant, je conserverais de l'espoir, si la Fée ne m'était de nouveau apparue".
La veille  au soir, elle se trouva face à la Dame du Puy ; voulant fuir, les forces lui manquèrent, et elle tomba anéantie à la place où l'on venait de la trouver. " Mes jours sont comptés, dit-elle ; allez me chercher un prêtre : la fée m'a dit des choses qui ne me laissent aucun doute sur ma fin prochaine. Mon fiancé n'est plus ! Que ferai-je ici-bas ? Allez, mes amis, hâtez-vous, le temps presse, et mes forces m'abandonnent".
Les bergers, ne doutant plus de la fatale rencontre, la portèrent sur leurs épaules jusqu'au bourg, où elle expira. Le curé de Saint-Suliac, suivi d'un nombreux cortège, croix et bannière en tête, se rendit à la grotte, où il somma la fée de comparaître, répétant trois fois sa sommation, sans résultat. Alors, il l'exorcisa et lui ordonna de la part de Dieu de ne plus apparaître en ces lieux. On ne vit rien, mais on entendit un cri de douleur sortir de la montagne, et des imprécations qui glacèrent tous les cœurs furent répétées par les échos des vallons de la Rance.
Depuis ce jour, on la voit bien quelquefois se promener au clair de lune, amis elle s'enfuit, dès que l'homme approche l'endroit où elle se trouve.
En revenant sur les galets des grèves, le cortège trouva un corps inanimé que les flots y avaient déposé depuis son passage. C'était le jeune marin disparu, le fiancé de la jeune fille qui, faisant chaque jour la traversée de la rance à la nage, avait péri dans le trajet, et que la Fée en fuyant, avait jeté comme une dernière vengeance sur les pas du clergé qui le fit enlever et transporter en terre bénite.

***
D'après "Légendes locales de la Haute-Bretagne (T.1)", paru en 1899
La France Pittoresque, N° 24

2 commentaires:

  1. Et pour quelle raison cela s'est produit, peut-être la fiancée ou le jeune fiancé avaient blessé la fée.

    On reconnait bien la les religions dominantes qui diabolise et montre du doigt quand elles ne punissent pas, ce qu'elle ne comprennent pas.

    C'est une bien triste histoire.

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  2. Non, en général, les fées aiment les humains mais si ceux-ci restent fidèles à leur fiancée, les fées alors les rejettent, tout simplement, vexées de ne pouvoir se faire aimer ! il faut dire aussi que certaines "jouent" en quelque sorte avec les humains... du genre, je t'aime, je t'aime plus !
    Quant aux religions, toutes sont ainsi ! ce sont bien elles qui ont détourné les fêtes païennes pour les remplacer par les leurs

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