mercredi 24 février 2010

Tout, tout, tout sur Mélusine


Qui ne connait pas Mélusine, mais savez-vous vraiment tout sur elle ?
Nous vous avions déjà parler de cette fée, par bribes, dans les articles suivants :

Les fées blanquettes, Mélusine

Les sites liés à Mélusine

Une malédiction de Mélusine

Châteaux construits par Mélusine


Aussi laissons-nous vous conter cette légende : quand un homme aimait une serpente…

La fée Mélusine ou la déesse faite femme

Déjà très populaire, Mélusine glisse vers la légende au XIVe siècle, sous la plume de Jean d'Arras, lorsqu'il en fait la souche originelle de la puissante famille poitevine des Lusignan. Condamnée à se muer en serpente chaque samedi, elle aurait épousé un prince contre une promesse qu'il n'aurait pas su tenir, scellant ainsi le funeste destin de sa bien aimée…

En 1387, Jean d'Arras, alors secrétaire du duc de Berry, frère de Charles V, composa pour la duchesse de Bar, sœur du roi, le Roman de Mélusine, après avoir travaillé sur les archives du château de Lusignan, mais en ajoutant beaucoup de choses de son invention.

La naissance de Mélusine est pour sa mère une tragédie

Mélusine fut l'aînée de trois filles que sa mère, Pressine, femme d'élinas, roi d'Albanie, eut d'une seule couche. Pressine avait exigé d'Élinas qu'il n'entrerait point dans sa chambre jusqu'à ce qu'elle fût relevée, mais le désir de voir ses enfants le fit manquer à sa promesse : Pressine le quitta et se réfugia dans l'Île perdue (Avalon) avec ses trois filles Mélusine, Mélior et Palestine auxquelles, d'une haute montagne, elle montra le pays d'Albanie où elles eussent régné sans la fatale curiosité de leur père.

Devenues grandes, les trois sœurs se vengèrent de leur père en usant de leurs pouvoirs de fées pour l'enfermer dans la montagne de Brundelois. Les accusant d'être de mauvaises filles, Pressine les punit par différents châtiments : Mélusine fut condamnée à être moitié serpent tous les samedis et à être fée jusqu'au jour du jugement, à moins qu'elle ne trouvât un chevalier qui voulût être son mari, et qui ne vît jamais sa forme de serpent.

Un jour, revenant d'une chasse au sanglier dans la forêt de Coulombiers, Raimondin, fis du comte de Forest, vint se désaltérer à la Font de la Soif et aperçut trois jeunes filles dansant au clair de lune. Parmi elles était Mélusine dont il tomba immédiatement amoureux et qu'il voulut épouser.

Celle-ci accepta à la seule condition, qu'une fois par semaine, il la laissât seule dans sa chambre sans chercher à la voir. Sitôt achevées les fêtes de leur mariage, la princesse fit surgir le château de Lusignan, véritable forteresse juchée sur la colline.

Une nouvelle vie s'annonçant sous les meilleurs auspices

Ils eurent dix enfants, les huit premiers étant en tout bien formés mais présentant chacun une surprenante particularité : Urian n'avait pas les yeux de la même couleur, l'un étant rouge et l'autre bleu ; Odon, beau et bien formé, avait une oreille plus grande que l'autre ; Guion, bel enfant, avait un œil plus haut que l'autre ; Antoine, le plus bel enfant jamais vu, portait une griffe de lion sur la joue ; Regnault n'eut certes qu'un œil, mais lui permettant de voir de vingt-et-une lieues ; Geoffroy naquit avec une grande dent lui sortant de la bouche, de sorte qu'on le nomma Geoffroy à la grand'dent ; Froimont, assez beau, eut sur le nez une petite tache velue comme la peau d'une taupe ; Horrible, grand à merveille, avait trois yeux, dont un au milieu du front.

Durant la première année de leur mariage, Mélusine entreprit la construction de Vouvant, de Mervent et de la tour de Saint-Maixent, places fortes qui contribuèrent à l'immense puissance de la famille Lusignan. "Quelques dornées de pierre et une goulée d'Ève" lui suffisaient pour édifier en une nuit les plus imposantes forteresses, des églises comme Saint-Paum-en6Gâtine, les tours de la Grade à La Rochelle et celles de Niort.

Mais un samedi le frère de Raimondin, venu lui rendre visite, s'étonna de l'absence de Mélusine et suggéra l'idée qu'elle puisse déshonorer son mari en recevant son amant ou être "un esprit faée". Aveuglé par la colère et la jalousie, Raimondin enfreignit l'interdiction, brisant la promesse faite à Mélusine de ne la jamais voir le samedi, et fit avec son épée une ouverture dans la chambre où elle s'enfermait : "Mélusine qui se baignait dans une moult grande cuve de marbre, estoit jusques au nombril en figure de femme et peignait ses cheveux, et du nombril en aval estoit en forme de la queue d'une serpente, grosse comme une quaque à hareng, et moult longuement débattait sa queue en l'eu tellement qu'elle en faisait jaillir jusqu'à la voûte de sa chambre". Quand peu de temps après l'un de ses fils, Geoffroy à la grande dent, brûla l'abbaye de Maillières et tua l'un de ses frères, Raimondin en incrimina Mélusine, lui reprochant d'être "une très fausse serpente" responsable des tares et des exactions de ses enfants.

Dévoilée et ne pouvant dès lors rester à ses côtés, Mélusine s'envola par une fenêtre sous la figure d'un serpent, revenant la nuit nourrir se deux plus jeunes enfants et demeurant fée jusqu'au jour du jugement, Raimondin se faisant quant à lui ermite. Depuis, lorsque Lusignan change de seigneur ou qu'il doit mourir quelqu'un dans sa lignée, elle parait trois jours plus tôt sur les tours du château, et y pousse de grands cris.

Etienne, de l'illustre maison de Lusignan, religieux dominicain, adopta au XVIe siècle l'histoire que Jean d'Arras avait écrite de Mélusine, donnant un tel éclat à tous les contes circulant à son propos et relevant si fort la gloire qu'il y avait d'en descendre, que plusieurs grandes maisons ambitionnèrent la splendeur de cette origine. Ainsi de la maison de Sassenage, dont les seigneurs préférèrent Mélusine à leur illustre souverain du IXe siècle : on ajouta alors au roman de la princesse, qu'ayant quitté Lusignan, elle s'était retirée dans la province du Dauphiné. La grotte de Sassenage, avec sa nappe d'eau, lui offrit une habitation de son goût, et elle épousa le seigneur du lieu, dont elle eut un fils qui perpétua cette maison. Aussi sensible à sa postérité du Dauphiné qu'à celle du Poitou, elle ne manquait point de pousser de grands cris dans le château de sassenage lorsqu'il devait mourir un membre de cette illustre famille.

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Image : sur la même représentation : la rencontre de Raimondin et des trois dames à la Fontaine de Soif - séparation de Mélusine et Raimondin à la fin de la rencontre

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D'après "Dissertation sur la mythologie française" parue en 1771

"Roman de Mélusine" (édition) préfacée de 1854.

Tiré de La France Pittoresque N°11


2 commentaires:

  1. Merveilleuse, étrange et fascinante histoire que celle de Mélusine... je possède un cliché du fronton du château de Sassenage (faite en 1981, je crois) et vais me faire un plaisir de t'expédier cette photographie ce soir... "Mélusine au bain" avec un regard "blanc", incroyable... Votre site est passionnant, Amies Aby et Mélusine ! Merci bcp à vous d'être passées au moment où je doutais tellement de l'intérêt du mien... c'est r'parti !!!

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  2. Merci Dourvac'h pour ton image ! je l'ai bien reçu et mise déjà dans le message suivant...
    pas d'inquiétudes... il y a comme ça des passages à vide où l'on n'a pas envie d'écrire dans les blogs ! Et encore, tu as beaucoup plus de visiteurs que moi !! Il faut dire que j'ai délaissé les commentaires, prise par pas mal d'occupations... mais tu vois ? je reviens !
    Ne baisse pas les bras ! On t'attend avec impatience !
    Bisous à toi

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