mardi 16 février 2010

Les fées des houles - légende pour contrebandiers


Une légende servant les intérêts des contrebandiers ?

En général, elles e montraient secourables : les "mauvaises fées" et on les nommait ainsi, étaient une exception ; les autres s'appelaient "les bonnes dames" ou "nos bonnes mères" ; c'était la reconnaissance et non la crainte qui leur faisait donner ces noms affectueux. Les contes relatent longuement leurs bienfaits : des enfants guéris du croup, des blessures cicatrisées, le don d'objets inépuisables, ou inusables, à la condition de n'en point parler, parfois même l'octroi d'une partie de leur puissance à ceux qu'elles avaient pris en affection est surtout aux gens dont elles étaient marraines. Si les hommes qui labouraient dans les champs leur demandaient poliment de la galette ou du pain, elles leur en donnaient ; mais si on leur parlait sans égard, elles mettaient dans les galettes du poil de chat ou de chien. Et si l'on parlait mal d'elles, on était puni. Quelquefois, elles les emmenaient, et ils demeuraient dans les grottes où vingt ans leur paraissaient un jour.
Les fées ne vieillissaient point, et elles n'étaient pas exposées aux maladies ordinaires : toutefois quand elles étaient en mal d'enfant, elles avaient recours aux bons offices des sages-femmes du voisinage. Elles étaient immortelles jusqu'au jour où on leur mettait du sel dans la bouche ; celles qui se faisaient baptiser revenaient sujettes à la maladie et à la mort, parce que dans la cérémonie du baptême, le sel avait touché leurs lèvres. Une plus grande quantité du sel pouvait les faire périr aussitôt ; d'après deux contes, elles meurent toutes à la fois, parce que, quelqu'un, la voyant dormir la bouche ouverte, la lui remplit de gros sel.
L'opinion générale des vieilles gens était qu'elles vivaient encore, mais qu'elles avaient quitté le pays, pour y revenir au "siècle visible" ; le XIXe siècle étant le" siècle invisible", au commencement  duquel elles avaient abandonné leurs demeures. Ces légendes s'attachent à des grottes qui n'existaient pas avant que la mer eût profondément modifié, il y a environ mille ans, toute cette partie du littoral ; elles sont probablement très anciennes et on les racontait peut-être avant cette époque en leur donnant pour théâtre des houles que la mer a emportées, en même temps que les falaises où elles étaient creusées.
Leur conservation sur les divers points de nos côtes où naguère elles étaient bien connues, pourrait bien tenir à une cause fort peu poétique et assez rationnelle : les lieux où sont situées les houles étant des endroits d'un accès assez difficile, où l'on pouvait se cacher ou cacher des marchandises, il est très possible que les fraudeurs aient, par de apparitions, entretenu la croyance aux fées de la mer, pour mettre leur contrebande à l'abri des regards indiscrets et empêcher les gens du pays et surtout les douaniers, de venir visiter leurs dépôts. Jusqu'au XIXe siècle, la côte fut exploitée par les fraudeurs, soit pour la poudre, soit pour le sel : or, un des costumes prêtés le plus souvent aux fées et aux féetauds, est en toile grise, et il était inhabituel aux faux-sauniers.

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D'après "Légendes locales de la Haute-Bretagne (T.1) paru en 1899.
Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (T.1), paru en 1882.

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Image : Christophe Vacher

http://www.vacher.com/galleries/

5 commentaires:

  1. Petit coucou elfique chez les fées du pays de Mélusine ;)

    Jolie illustration :)

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  2. Ainsi, le butin était bien gardé ... mais je crois bien que les contrebandiers ne se méfiaient pas assez des sirènes ...

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  3. L'image est magnifique.
    Vraiment belle et si magique.
    Existe-t-elle en grand?

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  4. Isildinann... OUF ! je croyais que des fées t'avaient enlevé ? ton coucou me rassure !

    Asiemutée... ah ! les sirènes... elles sont assez traitresses quand même mais les hommes semblent l'ignorer !

    Marius... L'image, tu peux cliquer dessus pour l'avoir un peu plus grande... C'est une image de Christophe Vacher : http://www.vacher.com/galleries/

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  5. " Quelquefois, elles les emmenaient, et ils demeuraient dans les grottes où vingt ans leur paraissaient un jour.
    Les fées ne vieillissaient point, et elles n'étaient pas exposées aux maladies ordinaires : toutefois quand elles étaient en mal d'enfant, elles avaient recours aux bons offices des sages-femmes du voisinage. Elles étaient immortelles jusqu'au jour où on leur mettait du sel dans la bouche... "

    Etre emmené par la Fée de son coeur pour vivre "vingt ans comme un jour" auprès d'elle dans une "Houle"... le rêve ! (sourire)

    Paul Sébillot, comme Arnold Van Gennep, Anatole Le Braz, François-Marie Luzel et Emile Souvestre (ou Claude Seignolle au XXème siècle) ont été les VRAIS poètes ethnographes amoureux du Légendaire VIVANT !

    Merci à vous, Amies Aby et Mélusine, de ressusciter ainsi pour nous, jour après jour, leur beau travail, qui a les dimensions de l'infini...

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