lundi 8 février 2010

La fée des houles - Pommade magique


Seule une pommade magique permet de les voir en journée

Les fées se mariaient soit avec des féetauds, qui jouent en général un rôle assez effacé, soit avec des hommes ; mais il semble qu'en s'unissant à ces derniers, elles cessaient d'être immortelles, soit par suite de leur baptême, soit simplement parce qu'elles vivaient avec des hommes. Elle avaient des enfants, mais prenaient quelquefois ceux des hommes et mettaient à leur place des petites créatures à l'air vieux qui ne grandissaient point.
À part leur pouvoir surnaturel, les fées et les féetauds vivaient à peu près comme des seigneurs, ou tout au moins comme des propriétaires aisés : on les entendaient bercer leurs enfants, elles boulangeaient pour mettre du pain au four, filaient, faisaient leur lessive à la mare de Gaulehen, dans la lande du cap, étendant leur linge sur les rochers du rivage ou sur les gazons qui l'entourent ; du linge si bien blanchi que l'on disait en proverbe : "Blanc comme le linge des fées". Leur linge était en effet le plus blanc qu'on pût voir, et l'on disait que celui qui aurait pu aller jusque-là sans remuer les paupières des yeux aurait pu prendre le linge, dont les fées auraient en ce cas fait présent.
Dans les houles, elles prenaient leurs repas, où elles invitaient parfois ceux qui étaient assez hardis pour y pénétrer ; ainsi, dans la houle de la Teignouse en Plévenon était une pierre taillée en  forme de table. Elles allaient également à la pêche, celles de la Petite-Houle allant aux Bourdineaux manger l'affare que les pêcheurs jetaient aux poissons. Ils juraient après elles et disaient : "Elles sont pires que les chiens bros (petits chiens de mer)". Les bonnes dames possédaient aussi de animaux domestiques, des vaches quelquefois invisibles – excepté pour la pâtoure qui les gardait – qui allaient pâturer dans les champs des hommes.
La nuit, tout le monde pouvait voir les fées, et les Roches étaient couvertes de féetauds à la pêche. Mais en jour, ce privilège n'était donné qu'à un petit nombre de personnes : celles qui avaient eu les yeux frottés avec des pommades magiques, les reconnaissaient sous tous leurs déguisements et, grâce à ce mystérieux onguent, les fées pouvaient se rendre invisibles ou se transformer, quelques-unes en profitant pour voler. Elles semblaient d'ailleurs considérer que certains larcins leur étaient permis : si elles prenaient des huîtres dans les parcs, si elles enlevaient du poisson au du bétail, elles indemnisaient largement, par des dons variés, ceux qui se plaignaient, ou elles favorisaient ceux qui les laissaient faire sans rien dire.
Les fées de Chêlin avaient un bœuf qui passa dans l'avoine des fermiers de la Roulette ; ils ne furent pas contents et vinrent se plaindre : "Ne dites rien ; voici un chanteau de pain, et il en diminuera pas si vous n'en parlez à personne", répondirent les fées. Pendant un mois, tous les gens de la métairie coupèrent des morceaux dans le chanteau, qui en diminuait point ni ne durcissait. Mais sitôt que le fermier eut l'imprudence de révéler qu'il s'agissait d'un don des fées, le chanteau devint comme un morceau ordinaire et ne tarda pas à être mangé.

 à suivre...

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