mardi 2 février 2010

La Chandeleur

Évoquant aujourd'hui la coutume des crêpes, la Chandeleur est d'origine religieuse et aurait été instituée par le futur pape Gélase en 472. Tandis que le paysan y voyait jadis une sorte d'hommage à la déesse des Moissons, on pouvait assister à d'étranges rituels en ce jour de la Purification propice aux idylles champêtres, le cierge de la Chandeleur constituant un précieux talisman contre les mauvais coups du sort et les caprices du ciel.

La Chandeleur, dont la célébration tombe le deuxième jour de février, fut jadis une des fêtes les plus chômées du beau pays de France. Comme la Saint-Jean d'Été, qui indiquait aux yeux des laboureurs la fin des journées torrides et l'achèvement des récoltes, la Chandeleur était dans l'esprit de nos pères une date respectable.
Pourquoi les fées vous parlent-elles aujourd'hui de la Chandeleur , Et bien, figurez-vous que l’enchanteur Merlin fut, d’après la mythologie celte, le premier à déguster une crêpe lorsque la fée Viviane renversa sur la pierre chaude du foyer la bouillie qui mijotait dans son chaudron. La première crêpe était née !

Des chandelles de cire que les assistants portent en procession
Nombreux étaient ceux qui, par ignorance ou par routine, préféraient régler leurs devoirs ou leurs intérêts sur les fêtes des saints et prenaient comme base de leur calendrier populaire soit l'Épiphanie, soit encore, et de prédilection, la Chandeleur. Cette tradition médiévale subsistait encore dans nos campagnes à la fin du XIXe siècle. Si la Chandeleur n'est plus jour férié en France, elle donne parfois lieu à ces coutumes où survivent quelques souvenirs de la vieille France.
Le mot chandeleur est d'origine religieuse. On disait au Moyen Age la "feste chandeleur" ou "festum candelorum", du nom des cierges ou chandelles de cire que les assistants portent en procession et font bénir à l'Église, afin de commémorer le souvenir de la présentation de l'Enfant Jésus au temple et de la purification de la Sainte Vierge. Selon Bède le Vénérable, moine et historien anglais du VIIe siècle, la fête des cierges aurait été créée par le futur pape Gélase en 472, se substituant aux antiques Lupercales ou, selon d'autres, aux fêtes de Proserpine et de Cérès, qui se célébraient à la même époque et où l'on portait aussi des torches allumées. Mais certains auteurs attribuent à la "Chandeleur" un caractère expiatoire : Justinien l'aurait-il instituée en l'an 552 à l'occasion d'un mal étrange qui décimait presque toute la ville de Constantinople ?

Des crêpes à ne rater sous aucun prétexte
À la Chandeleur se rattache la coutume des crêpes. Il n'est si pauvre maisonnette où l'on ne fasse des crêpes dans l'âtre du laboureur, et chacun, suivant la tradition, doit retourner la sienne. Malheur à celui qui ignore la joyeuse chanson de la pâte qui se lève dans la poêle !
Son blé de l'année sera carié. Et quant à celui qui retourne sa crêpe avec adresse, qui ne la laisse pas tomber dans les cendres, ou qui ne la rattrape point dans la poêle sous la forme navrante de quelque linge fripé, celui-là aura du bonheur. Devons-nous voir dans cette coutume du paysan de France, si attentif à retourner soigneusement de légères pâtes dorées, afin que son blé de la moisson prochaine soit de qualité excellente, une sorte d'hommage à Cérès la Blonde, déesse des moissons ?...
La coutume des crêpes évoque une légende singulière selon laquelle Napoléon, sur le point d'entreprendre la désastreuse campagne de Russie, faisait, un jour de Chandeleur, une partie de crêpes aux Tuileries, avec ses familiers. Arriva à son tour de "tenir la queue de la poêle". "Si je retourne celle-ci, dit-il, je gagnerai la première bataille !". Et la crêpe se retourna, ronde comme une lune. "Si je retourne cette autre, je gagnerai al seconde !". Et encore la crêpe tournoya comme un louis d'or. La troisième fit de même. Quant à la quatrième, comme un torchon boueux, elle roula dans la cendre. Celle-là, c'était la bérézina…

Des croyances et des rituels pour une année heureuse.
En maint hameau, on fait encore bénir, le jour de la Purification, un cierge neuf. On l'allume et on essaie de la rapporter "tout clairant" chez soi. Une croyance fort répandue veut que celui qui tient le cierge allumé jusqu'au seuil de sa demeure soit assuré de ne pas mourir dans l'année. Dans nos campagnes, le cierge de la Chandeleur passe pour le plus précieux des talismans contre les sortilèges et les maléfices. Quand un animal domestique était malade, on faisait jadis couler trois ou quatre gouttes de ce cierge dans sa boisson ; on l'allumait également pour conjurer la foudre, ou encore pour bénir les premiers communiants et les fiancés avant leur départ pour l'église ; on faisait de même quand le prêtre venait administrer les derniers sacrements à un mourant.
Une tradition veut que les jeunes gens désireux de connaître leur avenir fassent une neuvaine à la chapelle de la vierge lors de la Chandeleur. Le dernier jour écoulé, le jeune homme, une fois endormi verra en songe celle qui sera sa fiancée, et inversement. Dans le département de la Haute-Saône, les "promis" avaient coutume de se rendre, le 2 février, à la fontaine la plus voisine du hameau pour y échanger des gâteaux. Enfin, la Chandeleur inspira maints dictons populaires : l'un d'eux nous apprend qu'en cas de belle journée à la Chandeleur, l'hiver se passe pou prend de la vigueur, vigueur devant se maintenir pendant quarante jours…
 
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"La France Pittoresque" N°9
D'après un texte paru en 1906

3 commentaires:

  1. Le bonheur de manger des crêpes et cette fois ci tout en se cultivant une fois ce bel article digéré ... Comme les crêpes d'ailleurs !
    Bien la bise !

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  2. merci Mélusine pour ces précisions "historiques" fort intéressantes. Le païen, le biblique et l'historique tout en même temps dans une seule crêpe ... entre nourritures terrestres, célestes, spirituelles ... ouf! bon appétit ! ;)

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  3. Ah, l'enchanteur Merlin et la Fée Viviane... toujours au centre des plus belles mythologies...

    Une Amie, Yabyum hina, vient de laisser un très bel article complet sur la fête d'Imbolc et sur Brigid (la future "Ste-Brigitte" des Chrétiens, ainsi que sur les coutumes (la crêpe "solaire") de la Chandeleur... je t'indique le lien à son site passionnant : http://www.yabyum.canalblog.com/

    Dis-moi si ça ne marchait pas, surtout !!!

    Et Sarah t'attend impatiemment chez nous...

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