mercredi 18 novembre 2009

Les origines du sapin

Si vous ouvrez le dictionnaire et que vous regardez à l'article : sapin, vous trouverez une définition succincte et froide comme celle-ci : "genre de conifères comprenant de grands arbres toujours verts". C'est bien peu, croyez-moi, et, au cœur d'un Comtois, le sapin est tout autre chose. Mais laissez-moi vous raconter, à l'approche de Noël, l'histoire de cet arbre par excellence, habituel et familier. C'est lui qui, dès les premières pentes du Jura, apporte une note grave et profonde, qui s'unit aux notes claires des tendres vallées, des lacs moirés aux eaux secrètes, des hauts pâturages où dorment les gentianes.
Arbre familier, mais aussi étrange, le sapin a quelque chose de mystérieux avec sa longue silhouette sombre, ses branches couvertes de mousse et comme habillées de velours, ses aiguilles effilées, son parfum âcre et tonique. Fantôme immobile et sévère, sentinelle du silence, il est empreint de gravité et de grandeur, comme s'il venait d'un autre monde. Et il en vient, en effet. Ecoutez plutôt cette histoire que murmure le vent dans les grandes forêts vertes.

***

Il y a longtemps, bien longtemps, le diable, de sa main velue, se gratta le front, puis se tortilla la barbiche d'un air pensif ce qui était chez lui la marque d'une intense agitation. (Oupsss, je n'ai pas de barbiche, mais je me gratte soudain le front me demandant si cette histoire a sa place ici parmi les fées, puisqu'elle traite essentiellement du diable ! Quoique... Mais ce serait alors ignorer ces légendes des arbres qui ont commencé à s'inscrire dans ces pages... alors continuons...). Bien sûr, il faisait très chaud en enfer, mais il en avait l'habitude. Certes, le travail était dur avec tous ces damnés, qui arrivaient chaque jour plus nombreux et qu'il fallait rôtir, tous ces hommes au cœur faible qu'il fallait visiter sur terre pour les amollir et les tenter ; mais Satan était solide, il aimait son métier et ne répugnait pas à l'ouvrage.
- Pourquoi donc, me direz-vous, se faisait-il du souci ?
- Eh bien ! C'est qu'il avait une famille vraiment extraordinaire, pensez donc, mille enfants. Pour les nourrir, passe encore, mais pour les faire tenir tranquilles, il devait y renoncer. Il ne pouvait avoir la paix.
- Comment ? Satan, le malin, ne pouvait tenir en respect une bande d'enfants mal élevés ?
- Comprenez-moi bien, ce n'étaient pas des enfants ordinaires. Tel père, tels fils ou, si vous préférez, à malin malins et demi. Avec ce millier de diablotins, dignes fils de leur père, Satan ne pouvait plus travailler.
- Son travail n'est pourtant pas compliqué. La belle affaire que d'entretenir du feu !
- N'en croyez rien ! C'est un métier qui demande à la fois compétence et attention. Le jaloux ne rôtit pas aux mêmes flammes que l'avare. Et le paresseux bout dans une autre marmite que le gourmand. Ce n'est pas un travail en série, mais un artisanat. Et puis, il y a les voyages sur terre - plusieurs par jour - afin d'exciter chez les hommes les vices, les folies, les passions. Satan est un homme très occupé.
- Et en quoi les diablotins gênaient-ils leur père ?
- C'est bien simple. Ils criaient, se chamaillaient dans un vacarme assourdissant et il y en avait toujours un pour venir se plaindre à papa Satan. De plus, ils lui jouaient mille tours, ils le narguaient en courant à travers les flammes, ils lui cachaient son trident, ils lui dérobaient le soufflet, qui lui sert à attiser son feu. Bref, ils lui rendaient la vie impossible.
- Alors, c'est donc cela qui tourmentait Satan ?
- Oui. Cela ne peut plus durer, disait-il, ces enfants ont le diable au corps. je suis las de leurs cris, de leurs espiègleries, de leur malice. Pour avoir un peu de repos, je vais le envoyer sur la terre. Cela ne leur sera pas mauvais, d'ailleurs, car ils verront du pays et chacun sait qu'en tous temps, les voyages forment la jeunesse.
A ces mots, le diable rassembla ses enfants, leur fit part de son dessein et sans se soucier des cris de joie des uns, ni des protestations des autres, les fit monter sur la terre.
Les diablotins arrivèrent à la lumière, après une longue marche souterraine et un bon groupe s'installa sur les montagnes du Jura. Ils s'amusèrent à gravir les rochers et à se jeter des pierres. mais leurs jeux cessèrent bientôt.
C'était l'été, il faisait une chaleur accablante et, bien qu'ils fussent habitués aux flammes de l'enfer, ils étaient en train de rôtir sur les grands rochers, alors complétement nus. En outre, la lumière leur brûlait les paupières et ils auraient bien voulu un peu d'ombre pour s'abriter du soleil, cette grosses boule de feu suspendue en plein ciel.
Ils résolurent donc de confier leur douleur à leur père. Ils se mirent à pleurer, à gémir et à crier si fort que Satan les entendit. Il n'y fit d'abord pas attention, puis, comme les plaintes redoublaient, il arriva, persuadé qu'une fois de plus on le dérangeait pour rien.
- Père, crièrent les diablotins dès qu'ils l'aperçurent, nous avons bien mal, nos poils sont roussis et nos yeux tout gonflés. Faites quelque chose pour nous ou reprenez-nous en enfer.
Cette dernière solution ne plaisait guère au diable.
- Voyons, se dit-il, il est bien évident que les fils du prince des ténèbres n'aiment pas beaucoup le soleil. Je vais les en abriter.
Et, d'un geste de la main, il fit pousser des buissons de viornes, de pruneliers, d'églantiers, d'aubépines. Un peu de verdure égaya la campagne et les diablotins reprirent leurs jeux.
Mais leur bonheur fut de courte durée. Il y avait déjà sur la terre des chevreuils, des moutons, des chèvres qui accoururent vers ces nouveaux buissons. Les diablotins furent tout joyeux de voir arriver ces compagnons inattendus. Mais les animaux, avec une inlassable obstination, eurent tôt fait de dévorer les bourgeons, les feuilles et les branches. Il ne resta des buissons touffus d'autrefois que de minces rameaux dénudés. Les diablotins crièrent de nouveau et le diable revint.
- Voyons, se dit-il, avec mon pied fourchu, j'aurais dû penser aux chèvres. Cette fois-ci, je vais faire mieux.
En un instant, il fit pousser des noisetiers et des alisiers, dont la taille est plus haute que celle des arbrisseaux précédents. puis il retourna, tranquille, à ses fourneaux.
Les chevreuils, les moutons, les chèvres revinrent et avec eux, quelques vaches : tous broutèrent les feuilles, qui étaient à leur portée. Les noisetiers et les alisiers ne furent pas tondus complétement, mais il ne resta qu'une maigre touffe de rameaux feuillus à la cime, comme un chapeau de verdure.
La pluie survint, drue et tenace. Les diablotins, surpris, mais d'abord joyeux, coururent sous les gouttes ; ils s'en lassèrent vite car ils étaient trempés et transis. Ils se réfugièrent en claquant des dents sous les noisetiers et les alisiers, mais ils n'y trouvèrent pas l'abri souhaité. Ils pleurèrent, gémirent, crièrent et Satan vint à eux pour la troisième fois.
- Père, dirent-ils d'une voix lamentable, nos poils sont tout collés et nous avons la chair de poule. Aidez-nous.
- Voyons, se dit le diable, je voudrais bien ne pas être dérangé une quatrième fois... ça y est, j'ai trouvé !
Et tout heureux de son idée, il fit jaillir de terre des arbres au tronc puissant, aux branches épaisses, aux feuilles nombreuses, les hêtres ou foyards. Les chèvres pourraient toujours venir, même en se dressant sur leurs pattes de derrière, elles n'atteindraient pas ce feuillage. Les diablotins furent ravis.

***

Tout alla bien pendant la bonne saison et Satan put tranquillement s'occuper de ses affaires. Jamais on n'avait vu de damnés si bien grillés ; jamais les visites du diable n'avaient été sur la terre si fréquentes et si fructueuses.
L'automne arriva avec ses froids précoces, son ciel gris et triste. Les feuilles des hêtres prirent des tons nouveaux, jaunes, puis roux. Elles commencèrent à tomber en tourbillonnant au souffle du vent. Les diablotins, insensibles à la mélancolie de la nature qui s'endort, se battirent avec des poignées de feuilles sèches, se culbutant sur le tapis de pourpre et d 'or, heureux de jouer et de vivre.
Un jour, de gros flocons blancs tombèrent d'un ciel si bas qu'il semblait vouloir écraser la terre. Les diablotins regardaient, intrigués, cette pluie d'un genre nouveau. Bien vite, ils comprirent, comme tous les enfants du monde, le parti qu'on pouvait tirer de la neige : ils glissèrent, se lancèrent des boules, dressèrent des bonshommes à l'air hilare. Mais bien vite aussi, ils eurent froid.
- Père, disaient-ils, revenez vers nous et voyez notre malheur. Nous sommes gelés, nos doigts crochus sont tout raides, nos oreilles velues sans connaissance et nos pieds se glacent en foulant ce tapis blanc et froid. Les arbres, que vous aviez plantés pour nous, ont perdu leurs feuilles et les flocons tombent sans arrêt sur nos épaules et sur nos têtes, qui portent un chapeau de glaçons. Nous sommes vraiment de pauvres diables !
Les gémissements étaient si désespérés que le diable accourut au plus vite. Il eut de la peine à retrouver ces enfants, car ils s'étaient roulés en boule et, après avoir beaucoup pleuré, s'étaient endormis, en tas, sous un linceul de neige. Il les réveilla, leur donna du courage et leur promit cette fois un abri sans défaillance. Puis, il se mit à réfléchir.
- Voyons, se dit-il assez perplexe, je ne peux tout de même pas ramener ce monde-là en enfer. Je ne serai jamais plus tranquille et ma maison sera une vraie pétaudière. Il faut absolument que je trouve un arbre, qui ne soit pas tondu par les bêtes des bois ou des champs, qui abrite du soleil ou de la pluie, qui retienne également la neige. Examinons tous les arbres de la création !
Et le diable, consciencieusement, passa en revue les chênes, les peupliers, les bouleaux, les platanes, les ormes, les trembles, les charmes et bien d 'autres encore : aucun ne lui donnait satisfaction. Il commençait à devenir inquiet.
- La chose se complique, pensa-t-il. Pas moyen d'utiliser un des arbres existants ; il faut que j'en crée un et ce n'est pas facile. Réfléchissons bien. ce sera un arbre de haute taille avec des branches denses et larges pour donner un grand cercle d'ombre, des branches planant vers le sol, arrêtant la neige comme un toit, laissant glisser la pluie au long de leur courbe verte. Pour que ses feuilles ne tombent pas à l'automne, il faut les remplacer par des aiguilles minces, effilées et solides. Ajoutons, pour éloigner les ruminants, une odeur forte, une saveur âcre et rude. Et complétons le tout par un tapis de mousse sec et doux. Voilà ! ce n'est pas mal.
Satan, fier de lui, donna à son arbre le nom de sapin et fit pousser celui-ci sur les montagnes du Jura. Dès lors, il fut tranquille et ses enfants ne se plaignirent plus de leur sort. Ils ne demandèrent plus à revenir en enfer.
Que deviennent-ils ?
C'est là une autre histoire. Tout porte à croire qu'ils furent ces lutins et des follets que l'on appelait en patois "ioutons" et "fouletots". beaucoup restèrent de vrais fils de Satan, cruels, perfides, jetant de mauvais sorts, aidant le voyageur à s'égarer et le bétail à périr. D'autres s'amendèrent ; ils se montrèrent bons et serviables pour les hommes, dont ils avançaient le travail durant la nuit, faisant cuire les fromages et favorisant les desseins. ( Ça vous rappelle quelqu'un ?). A date fixe, ils se rassemblaient tous en lisière de la forêt, près de leurs sapins familiers et ils dansaient sous la lune.
Les lutins ont disparu, mais le sapins nous restent. Ne vous étonnez pas de leur teinte d'un vert mat, qui ne fond jamais avec les tons légers et brillants des arbres d'alentour. Ne soyez point surpris par ces branches, qui semblent prêtes à vous saisir, par ces aiguilles qui voudraient vous piquer, par cette odeur, qui vous prend à la gorge et par cet air sombre et sévère. Ne soyez point surpris, car le sapin est l'arbre du diable....

***
Source : Contes et légendes de Franche-Comté
Éditions Fernand Nathan

Bains de plantes


Quelles plantes utiliser ?
En hiver, si l'on est perpétuellement angineux, tousseteux ou grippeux (ce qui est d'actualité !) : eucalyptus, bourgeons de pin, thym.

Pour se remettre en pleine forme quand on est fatigué : des bains dopants avec lavande, menthe, romarin, thé (à propose de ce dernier, ne jetez pas les fonds de thé des théières, mais mettez-les dans une bouteille au réfrigérateur. Au bout de quelques jours, réchauffez dans une casserole, et versez dans le bain).

Pour, au contraire, se calmer quand on est survolté, ou à bout de nerfs : aubépine, mélisse, camomille, tilleul (attention de ne pas vous endormir dans le bain !).

Les gens qui ont un quart d'heure avant de prendre un bain peuvent préparer ces plantes en infusion ou en décoction (250 g de plantes par bain).

Mais les ultra-pressés, achèteront chez le pharmacien, ou le parfumeur, de l'essence (huile essentielle) de ces plantes : c'est plus cher, mais quelques gouttes suffisent pour un bain.
Attention, n'achetez que des huiles essentielles absolument naturelles.

Autre possibilité :
Réduisez les plantes séchées en poudre, et enfermez-les dans un gant de toilette suspendu sous le robinet d'eau chaude.

Bain pour peaux boutonneuses :
300 g de poudre de sauge par bain.

Bain de vase et de sable
Bon, d'accord, l'été est passé et le soleil aussi... mais au bord de la mer, pour les prochaines vacances, songez à faire un grand trou, couchez-vous dedans... et recouvrez-vous de sable ou de vase, jusqu'au cou. cela peut vous sembler une image d'Épinal, bien classique, mais c'est bon pour votre peau ! Restez-y un quart d'heure. Et ensuite, à l'eau !

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Image : Soline - Bulles de bain
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