jeudi 8 octobre 2009

L'origine du papillon

Dans un village reculé de la province de Bukalan vivaient deux orphelines : la plus jeune, Ester et l'aînée, Amparo. Elles cultivaient des légumes et les vendaient au marché.
Amparo était paresseuse ; elle passait son temps auprès d'une claire fontaine à regarder les oiseaux voler. Arrivée l'heure du repas, elle grondait Ester si la pitance lui déplaisait :
- Pourquoi n'as-tu rien acheté d'autre ? Rien que ce fretin ? Qui peut supporter d'ingérer ces aliments dérisoires ?
- Patience. Paro, je m'en charge ! Demain, je vendrai beaucoup de légumes et de fleurs ; nous pourrons acheter un cochon.
- Heu ! Quelle réponse ! C'est pareil tous les jours !
Ester ne put encaisser cette répartie, piqua une rage :
- Tu ne veux pas m'aider ! Nos légumes manquent d'eau, mes fleurs sont fanées !
- Eh ! cria Amparo furieuse jusqu'aux oreilles, veux-tu que je sois ton esclave ?
- Non pas ! mais à qui demander de l'aide ? Nous n'avons que ce petit héritage laissé par nos parents.
- A qui donnes-tu des conseils ? Et bien ! mange ton fretin !
Ayant dit, elle descendit les escaliers en tapant du pied, alla cueillir une rose au jardin, et joua près de la fontaine. A la maison, Ester pleurait et implorait la pitié divine. Là-bas, Amparo, insouciante, se mirait, s'admirait dans le miroir de la fontaine, qui reflétait sa belle frimousse avec une fleur piquée dans les cheveux. Elle perdit l'équilibre et tomba à l'eau.
Ester survint, vit sa sœur se noyer. Elle cria :
- Paro ! Paro !
Elle appela les voisins. Trop tard. Tandis qu'ils examinaient les bulles, ils virent soudain une fleur apparaître à la surface (celle qu'Amparo avait piquée dans sa chevelure) puis voltiger doucement, acquérir des ailes et de gracieuses couleurs, puis voleter de fleur en fleur.
C'est l'origine du papillon.

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Contes et nouvelles des Philippines

Maurice Coyaud, Jean-Paul Potet

PAF


Comment fut trouvé le peigne

Autrefois, les femmes ne se peignaient pas. Les premières à se peigner furent les sirènes. Pour tenter les jeunes pêcheurs et les jeunes marins, elles étendaient sur l'eau leur longue chevelure, épaisse comme une forêt et blonde comme une touffe d'or, et ne cessaient de se peigner avec un sparaillon : c'est un petit poisson avec tout plein de pointes et d'épines sur le dos qui font comme un peigne.
Quand les pêcheurs virent comment les sirènes assouplissaient et gonflaient leur chevelure, ils le racontèrent à leurs femmes et à leurs filles qui voulurent en faire autant. Les pêcheurs déployèrent alors tout leur art pour pêcher beaucoup de sparaillons afin de permettre à leurs femmes de se peigner comme les sirènes et d'avoir des cheveux aussi souples et aussi beaux qu'elles.
Quand les sirènes le surent, la colère les prit, et pour que personne ne puisse plus jamais voir comment elles se coiffaient, elles ne le firent plus à la surface de l'eau mais bien cachées au fond des abîmes, déchaînant les vagues et les courants pour que personne ne puisse, à cause de l'agitation de la mer, s'approcher d'elles. C'est pourquoi le fait qu'une femme se peigne en mer déchaîne la tempête.

Note : La croyance selon laquelle la mer devient mauvaise quand une femme s'y peigne était autrefois très répandue. De là, la répugnance à embarquer des femmes. Quand on le faisait, on leur défendait rigoureusement sous peine de les châtier durement, d'emporter un peigne et on vérifiait soigneusement leurs bagages pour être sûr qu'elles n'en portaient pas.
Quand un navire avec une femme à son bord trouvait de la mauvaise mer, on accusait aussitôt la femme de s'être peignée et souvent, cela entraînait des conséquences désagréables pour elle.

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Croyance retrouvée en Espagne (Catalogne)
"Des étoiles aux plantes" - Joan Amades
Édition Garaé /Hésiode

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