jeudi 17 septembre 2009

Les djinns de Victor Hugo


Murs, ville
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit.

La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.

La rumeur approche,
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit,
Comme un bruit de foule
Qui tonne et qui roule
Et tantôt s'écroule
Et tantôt grandit.

Dieu! La voix sépulcrale
Des Djinns!... - Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond !
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe...
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant.
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près! - Tenons fermée
Cette salle ou nous les narguons
Quel bruit dehors! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée,
Tremble, à déraciner ses gonds.

Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L'horrible essaim, poussé par l'aquillon,
Sans doute, o ciel! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète! Si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés! - Leur cohorte
S'envole et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît.
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes
Nous viennent encor.
Ainsi, des Arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leur pas ;
Leur essaim gronde ;
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord;
C'est la plainte
Presque éteinte
D'une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit...
J'écoute : -
Tout fuit,
Tout passe;
L'espace
Efface
Le bruit.

***
Victor Hugo "Les orientales"

***

Image : Djinn de Greg Staples


La Dame du Haut-du-Mont (conte lorrain)


Rosine habitait une ferme au pied du Haut-du-Mont, vers la route de Brantigny. Elle se trouvait être la cadette d'une nombreuse famille.

Obéissante et attentive à l'école, elle faisait la joie et la fierté de ses parents.

Ses pas la conduisaient souvent dans les prés avoisinants et aussi jusqu'en Haut-du-Mont, cette colline de Moselle d'où l'on jouit d'une si belle vue sur la vallée, à l'est, et sur l'autre versant, sur les villages de Florémont et de Rugney, à l'ouest.

C'était un jour de printemps aux approches de la Fête-Dieu.

La fillette se promenait parmi les chemins de vignes qui montent à l'assaut du sommet de la colline. Ramassant des marguerites et des bleuets, elle en formait peu à peu un gros bouquet qu'elle comptait ramener à sa maman.

Bientôt, elle arriva près de la pierre dressée, monument qui constitue le signal de Charmes.

Imperceptiblement, il lui sembla ouïr quelque bruissement dans les noisetiers banjoindant le chemin de faîte.

C'était étrange, pas de vent dans cet air calme de mai...

Voilà qu'une silhouette sombre se dégage des frondaisons et apparaît nettement devant les yeux de Rosine. Médusée, elle en laisse choir son bouquet à terre...

Une vieille femme, courbée, tout en pauvre habits, de noir vêtue, jusqu'au fichu noir de dentelle de laine crochetée... Cette aïeule portait un lourd fagot de bois sec sur les épaules. A chaque pas, elle trébuchait.

- Mon enfant, implora-t-elle, s'adressant à la fillette, voulez-vous bien m'aider à porter ce faix, je n'en puis plus !

- Si fait, bonne grand-mère, dit la généreuse enfant, tandis qu'elle était sur le point de prendre le lourd fardeau, que celui-ci s'évanouit, et à la place de la vieille dame pliant sous les ans, apparut une jeune femme radieuse de vénusté et de vivacité.

- Mon enfant, dit la fée - c'en est une - j'ai voulu éprouver votre coeur ; je sais maintenant que vous êtes une âme généreuse et droite. Je tiens à vous faire un présent.

Elle tira de dessous sa crinoline damassée une petite boîte, toute brillante de tons grenat et rose.

- Vous serez heureuse avec elle, mais à une condition cependant : que vous la mainteniez fermée sans jamais l'ouvrir. Votre bonheur est à ce prix !

Remettant le précieux coffret à Rosine, elle disparut de sa vue.

N'en croyant pas ses yeux, la chère enfant se pinça ; heureusement la boîte précieuse matérialisa la preuve de ce qu'elle venait de vivre en quelques instants fugaces...

Serrant le cadeau inouï sur son coeur, elle se mit à courir, à dégringoler le sentier abrupt le long des plants d'Oberlin, à longer la sapinière en haletant, pour arriver hors d'haleine et épuisée à la maison paternelle...

A ce moment de la journée, le logis était momentanément vide de ses habitants. Les fenêtres ouvertes donnant sur le Haut-du-Mont laissaient entrer le soleil généreux et chaud. Les fauvettes et les mésanges pépiaient tout autour.

L'heureux récipiendaire déposa délicatement son présent sur la table de la salle à manger. Les baies ouvertes à l'air du dehors, parfumées des exhalaisons printanières, elle se mit à contempler la cassette.

De la longueur d'une main, cet appareil rectangulaire garni d'émail grenat et d'entrelacs de nacre aux irisations de roses, selon qu'on la regardât de telle ou telle façon, laissait deviner des silhouettes de flamants en vol, ou bien de roses trémières en épanouissement...

De cette boîte au toucher de velours, émanaient des parfums d'une exquise délicatesse, évanescente ou persistante, selon. Une fente très discrète, courant sur le pourtour supérieur, se confondant avec le profil d'un dessin, laissait deviner la présence d'un couvercle...

Suivant du doigt ce tracé, Rosine sentit une légère protubérance. Il s'agissait d'un bouton secret. Pour que la boîte enchantée s'ouvrît, il eût fallu tout simplement exercer une pression à l'endroit de la tentation !

Ses douze ans et sa candeur aidant, la fillette ne tint plus devant la sollicitation de la Connaissance...

Après avoir tourné moult fois autour de la table, réceptacle du secret, oubliant la promesse faite, et se détournant de la Sagesse, elle pressa l'endroit fatal... un couvercle joua alors sur un ressort invisible, émettant une musique légère et indicible par sa finesse...

Lorsqu'il se trouva à la perpendiculaire de la boîte, un papillon bleu, couleur du Temps, s'échappa, et monta, monta dans l'azur de ce printemps radieux, pour bientôt se fondre dans la nue...

***

Ce conte a été raconté de nombreuses fois dans les années 40,
par Madame Eugénie Gasse, née Lendormy (1907-1985)
aux enfants qui l'écoutaient émerveillés !


Efteling au Pays-bas



Je vous emmène vers un autre pays
Comment ?
Vous ne connaissez pas Efteling ?
Et bien... C'est un parc très singulier ou plutôt... une forêt.
Oui, Efteling est une forêt enchantée
peuplée de lutins et d'elfes.
Et celle-ci existe encore...
ça se trouve à Kaatsheuvel, aux Pays-Bas.
C'est simplement magique !

Prenez ma main et entrons dans ce monde...



Approchons d'un peu plus près les châteaux...


La grotte...


... et ses gnomes


Chez le boulanger

Le moulin

et nous voici parmi les fées...

***
Photos : Bernardfrog - Ninove, Belgique


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