mercredi 2 septembre 2009

La rencontre des Aflelu et les Ghipelettres

Comme promis, voici l'histoire du grand peuple de Ghipelettres ou les voleurs de lettres que je vous avais citée dans le billet précédent. Vous apprendrez comment ils sont arrivés de leur pays de rêves jusqu'à nous.

Ce peuple consacrait tout son temps à écrire et à raconter les plus belles histoires ; ce qui était également leur gagne-pain. pourtant un grand malheur leur arriva sous le règne d'un des plus mauvais rois qu'on n'ait jamais connu.

Ce roi malicieux n'accordait la faveur des récits à personne mais voulait les garder tous pour lui. Ainsi les Ghipelettres ne pouvaient plus, comme avant, pourvoir à leurs besoins. Les autres peuples ne voyant plus apparaître de nouvelles histoires commencèrent à se plaindre.

Une fois de plus, on fit appel à Aflelu pour venir au secours des Ghipelettres désespérés. Avec l'aide de Aflelu, ils tendirent un piège au roi en écrivant une histoire tellement sotte que même le plus grand sage ne s'y retrouverait pas.

Pendant que le souverain stupide se cassait la tête pour essayer de comprendre les balivernes de l'histoire, nos amis s'enfuirent au plus vite. Mais juste au moment où ils semblaient être libres, le malin les maudit.

Par cette malédiction, qui leur resterait toute leur vie, les Ghipelettres ne pourraient plus écrire leurs nouvelles histoires, ils étaient obligés d'aller chercher des lettres dans d'autres écrits.

Donc, si vous remarquez que quelques lettres ont disparu sur votre feuille, dans les blogs ou dans vos livres, ne vous en faites pas : les Ghipelettres sont venus les emprunter.

***
Avec l'autorisation de Martine Vanden Broeck et Richard Slock
Qui ont eu la gentillesse
de me prêter leur histoire pour mon magazine Nafida.

Un conte de Sassafras.

Le manoir de Sassafras (Belgique)


Sassafras était une maison enchantée,
truffée de poupées et de scènes
qui semblaient sortir tout droit d"Elfteling.


Contrairement à l'habitude de remâcher
les contes de fées et les histoires de nains,
le Vertelselkasteel Sassafras présentait aux visiteurs
des histoires nouvelles et donc tout à fait originales.
Ces histoires s'adressaient,
grâce à leur humour et leur attendrissement,
tant aux petits qu'aux grands.
On y découvrait, par exemple, la raison pour laquelle
le peuple des Létifs persistait à voler des lettres,
comment les carottes et les choux fleurs bavardaient,
sans oublier la poule Cotcodaaa qui règnait en maître sur Sassafras.

Suivez bien le pays des Fées, car dans le prochain billet,
je vous raconterai en privé celle des voleurs de lettres...


Pour les décors également, on avait opté pour l'authenticité,
la qualité et l'originalité
plutôt que de puiser dans la décoration classique.

Les figurines autour desquelles se construisaient les décors
n'étaient pas d'habituelles poupées en plastique.
Il s'agissait au contraire d'œuvres d'art uniques,
toutes tant qu'elles étaient, modelées en céramique.
Rien que cette approche liait déjà une histoire particulière
à chacune des figurines.
Il était évident qu'on avait abandonné
les traditionnels mouvements névrotiques et hypernerveux
au profit de la nostalgie apaisante,
afin de ne pas interrompre le rêve du spectateur.



Après une promenade dans les couloirs du manoir
et le récit des contes des Chiplettres, des fantômes gardiens,
Thoffees, Tarrara's et d 'autres figurines amusantes,
le visiteur découvrait un jardin urbain
parmi les plus originaux et féeriques.
Ce jardin se voulait une oasis créant
une symphonie de calme et d'enchantement
pendant les mois d'été traditionnellement agités à la côte.
Le jardin offrait une composition merveilleuse de figurines et de végétation
autour d'une pièce d'eau féerique.




Les responsables marketing du secteur des parcs d'attractions
n'accordaient aucune chance de survie
à cette anomalie de petite dimension.
Mais les visiteurs avaient prouvé le contraire ...
et ce, jusque il y a peu de temps encore !!
Alors que même ces derniers ont surtout apprécié
le cadre nostalgique et romantique,
tendre et humoristique inspiré par les figurines
ainsi que la modestie et la simplicité du projet
avaient également plu au public
Sassafras a fermé définitivement ses portes...
Les fées, là aussi ont été chassées de leur pays !!

Le couple Martine Vanden Broeck et Richard Slock
(que je remercie ici
pour avoir bien voulu m'ouvrir les portes de leur domaine,
alors qu'il était encore en vie)

avaient signé à la fois l'exécution créative et exécution technique.
Après trois ans d'obstination,
ils avaient concrétisé leur projet, sans sponsoring ni subventions.
D'où la nécessité d'introduire beaucoup de créativité
quant aux matériaux utilisés.
Voilà pourquoi 80% était des matériaux de récupération.


Le verselkasteel Sassafras se trouvait à Duinenstraat 318
à Bredene-sur-mer, en Belgique.

Une adresse réservée aux esprits bourrés d'imagination.
L'étape dont rêvaient les plus jeunes.
Une belle initiative qui confèrait à cette station balnéaire
une touche colorée.
Hélas ! Encore un pays qui n'existe plus
et où les fées rôdent à nouveau
à la recherche d'un lieu à elles....


***

Photos de mon ami Bernardfrog - Ninove, Belgique

Au temps des fées


Aux temps jadis, aux temps rêveurs, aux temps des Fées,
Il aurait fallu vivre aux bois, chez les muguets,
Sous des branches, parmi les rumeurs étouffées,

Sans rien savoir, sans croire à rien, libres et gais,

Nourris de clair de lune et buvant la rosée,
Il aurait fallu vivre aux bois, chez les muguets,

Aux temps des Fées.


Nous aurions su dormir sous deux feuilles croisées

Chanter avec la source et rire avec le vent,
Nourris de clair de lune et buvant la rosée...
Suivre la libellule et la brise en maraude,
Chanter avec la source et rire avec le vent...

Peut-être Mab, un jour, nous eût changés en fleurs
Aux temps jadis, aux temps rêveurs, aux temps des Fées,

Il aurait fallu vivre aux bois, chez les muguets,
Aux temps jadis, aux temps rêveurs, aux temps de
s Fées.

***

Edmond Haraucourt
, 1856 - 1941


Les fées

Ici, dans ce très beau conte de Bigorre, les fées sont presque humaines. mais l'alliance avec les hommes demeure inaccessible. Il n'est donc pas sans danger de franchir les frontières du merveilleux.
Les belles et mélodieuses jeunes filles du Lavedan croient encore que, si elles aperçoivent auprès de la fontaine un fil gisant à terre, elles doivent le ramasser, l'enrouler vite : le fil s'allonge et forme sous leurs doigts un peloton merveilleux, d'où sort une fée qui, ravie qu'on l'ait soustraite à son incommode prison, fait à sa libératrice quelque riant présent, ou lui prête sa baguette magique.


Il y avait une fois deux bergers, lesquels firent la rencontre de deux belles vierges qui étaient fées ou enchantées, ce qui revient au même. Et les fées dirent aux jeunes hommes qui leur étaient peu inférieurs en beauté, car ils étaient aussi beaux qu'on peut l'être quand on n'a point subi d'enchantement :
- Voulez-vous bien nous épouser ? Nous sommes des fées, et nous vous donnerons des trésors qui vous rendront riches à jamais...

Puis elles ajoutèrent en rougissant, quoique fées,

- Nous vous donnerons aussi de beaux enfants qui feront votre joie et l'admiration de vos voisins.

Puis elles attendirent modestement que les deux jeunes pasteurs, tout surpris de la rencontre et d'une proposition si séduisante, prissent la parole pour leur répondre.

On juge qu'ils ne se firent pas prier pour accepter, et les fées, qui les virent si bien disposés à faire ce qu'elles souhaitaient poursuivirent :
- Revenez demain, au bord de ce champ mais revenez à jeun, afin qu'en nous épousant, vous puissiez rompre le charme qui nous retient captives. Alors nous ne serons plus fées, mais nous serons vos femmes... Prenez garde, pour notre bonheur et pour le vôtre, de n'avoir point mangé avant que nous soyons unis.

Le lendemain, les jeunes bergers revinrent, pleins d'espérance, au lieu même que les fées leur avaient désigné, et ils les aperçurent. C'était le temps où les seigles se forment. L'un des deux, cueillant un épi par inadvertance, en détacha un grain qu'il rompit entre ses dents, pour savoir s'il mûrissait. Aussitôt la fée qui lui était promise, s'écria en tressaillant :
- Tu m'as replongée dans le charme dont j'allais être tirée ; tu m'as rendue fée à jamais, hélas !

Et elle disparut dans le même instant.

Mais l'autre fée, s'adressant à son fiancé qui avait été plus attentif à suivre ses avis, lui dit :

- Songe à présent, ô berger que je vais être ta femme, car tu as détruit l'enchantement qui me tenait éloignée des hommes. Mais si tu veux me conserver près de toi, souviens-toi de ne m'appeler jamais fée ni folle... Au surplus, sois confiant et ne crains rien de ce qui va arriver.

Tandis que la belle fée lui donnait ces doux encouragements, un serpent s'éleva de terre, et s'enroulant à l'entour du bâton du pasteur, approcha sa bouche de la sienne : baiser mystique, consécration surhumaine de l'alliance de l'homme avec la fée... Le berger le reçut en silence et fixa tendrement ses yeux sur la vierge enchantée, pour laquelle il souffrait cette caresse. Alors elle le prit par la main et le conduisit dans une caverne où il y avait beaucoup d'or et d'argent. Ils chargèrent ces richesses sur deux mulets, et s'en furent les convertir aussitôt en une maison rustique, accompagnée des plus belles terres de la contrée. Puis ils eurent de beaux enfants... Puis les années s'écoulaient.
Or, il arriva un jour que l'épouse, jeune encore, qui avait retenu de son enchantement certaine faculté divinatoire, ayant regardé le ciel, là où des yeux vulgaires ne voyaient que la sérénité présente, y lut les signes d'un ouragan terrible, qui devait fondre sur le pays, dans la soirée. Aussitôt, ménagère prudente et pour prévenir de plus grands malheurs, elle ordonna à ses domestiques de couper les moissons, bien qu'elles n'eussent pas atteint leur entière maturité, et elle les fit rentrer sous l'abri de ses granges. Son époux qui était absent, revint pour lors, et voyant les valets de la ferme occupés à enlever les blés avant qu'ils ne fussent mûrs, il leur demanda avec colère qui leur avait commandé un pareil travail. Et comme les serviteurs tremblants lui répondirent qu'ils ne faisaient qu'exécuter les ordres de sa femme, il l'aperçut elle-même qui venait au-devant de lui :
- Oh ! La folle, est-il possible qu'un acte aussi extravagant ait pu entrer dans ta pensée ! s'écria-t-il.
A ce mot fatal, et poussant un profond soupir, l'épouse disparut aux yeux de son mari consterné, et rentra brusquement sous le charme qui reprit sur elle son pouvoir.

Dans la soirée de ce jour, une effroyable bourrasque descendit dans la vallée : les eaux rompirent leurs digues, inondant les champs et ruinant les moissons. Alors le triste pasteur, qui vit son grain sauvé par la prévoyance de sa femme, lui rendit, en gémissant, une tardive justice. Il la rappela, mais en vain.
Cependant elle revenait, chaque aurore, dans une chambre isolée de la maison. Là, se rendaient près d'elle ses enfants, beaux comme le jour, et elle aimait à peigner leurs blonds cheveux avec un soin infini. Elle les avait conjurés de ne dire à personne son retour secret. Le père qui ne pouvait s'expliquer l'ordre splendide qui régnait sans cesse dans l'arrangement de ces merveilleuses chevelures, interrogea les enfants, leur demandant quelle était la main habile qui leur rendait ce service journalier. Mais, dociles à la prière d'une mère, ils ne voulurent point le dire. A la fin, il les suivit doucement vers la chambre où ils montaient à la dérobée, et il vit... ce fut pour jamais... sa jeune épouse, plus belle qu'au jour où il l'avait fiancée. Elle tenait à la main un peigne précieux, qu'elle promenait, heureuse, sur la blonde tête de ses fils. A peine entrevit-elle son indiscret époux, qu'elle s'évanouit comme un songe : et les enfants, ainsi que leur père, l'eurent vue pour la dernière fois.


***

Image : Jim Colorex





Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...