vendredi 22 mai 2009

Le puits enchanté

Une veuve, qui s'était remariée, avait deux filles très belles dont l'une était travailleuse, et l'autre plutôt paresseuse. Elle avait pour préférée cette dernière parce que c'était sa propre fille. Quant à l'autre fillette, elle n'était pas beaucoup appréciée : on la faisait travailler dur toute la journée et on la traitait comme une servante.

La pauvre fillette devait chaque jour se rendre au bord du puits et filer jusqu'à ce qu'elle en ait le bout des doigts en sang. Un jour, alors que la bobine était toute tachée, la fillette se pencha au-dessus du puits pour la nettoyer. Mais la bobine lui glissa des mains et tomba tout au fond. Elle courut en pleurant chez sa belle-mère et lui raconta son malheur, mais la marâtre, impitoyable, la réprimanda violemment et lui dit :

- Tu as laissé tomber la bobine au fond du puits, alors tu devras aller la reprendre !

La fillette, bouleversée, retourna au puits sans savoir comment elle allait s'y prendre. Son coeur en détresse lui commanda de sauter ; ce qu'elle fit. En atteignant le fond du puits, elle perdit connaissance.


Lorsqu'elle reprit ses esprits, un soleil radieux brillait au-dessus d'elle, et un champ merveilleux rempli de millier de fleurs l'entourait. La fillette se mit à marcher et arriva près d'un four dans lequel beaucoup de pains cuisaient. Les pains lui crièrent :

- Hé, sors-nous du four, sors-nous du four, nous allons brûler ! Nous cuisons depuis bien trop longtemps déjà.

La fillette s'approcha du four, et en sortit toutes les miches les unes après les autres. Elle poursuivit sa route et arriva près d'un pommier qui ployait sous le poids de ses fruits. L'arbre lui cria :

- Hé ! Secoue-moi, secoue-moi, mes pommes vont se gâter ! Elles sont mûres depuis bien trop longtemps déjà.

La fillette secoua le pommier et les pommes tombèrent sur le sol comme une pluie. Lorsqu'elle les eut rassemblées en un tas, elle reprit son chemin.

Finalement, elle parvint à une petite maison et y aperçut une vieille femme. Quand elle vit que la vieille avait de très longues dents, elle s'effraya et voulut s'enfuit à toutes jambes, mais la vieille femme lui dit :

- N'aie pas peur chère enfant, reste avec moi. Si tu tiens ma maison en ordre, alors tu ne manqueras de rien. Tu dois seulement t'assurer de bien faire mon lit et de secouer assidûment mon oreiller à la fenêtre, de sorte que les plumes s'en échappent et qu'ainsi il puisse neiger sur la Terre. Car c'est moi qui fais la neige: je suis la Dame Neige.

Elle la persuada si bien que la fillette se calma, consentit et se rendit à son service. Jour après jour, la jeune fille secoua fidèlement l'oreiller pour que des flocons de neige s'en échappent et elle fit tout ce qu'il fallait pour satisfaire la vieille dame. La vie était douce auprès d'elle: jamais de réprimandes et chaque jour de bons repas.


Alors qu'elle servait la Dame Neige depuis un bon moment déjà, la fillette en vint à se sentir triste. Au début, elle ne sut pas exactement ce qui pouvait la rendre ainsi, mais elle finit par comprendre qu'elle avait le mal du pays : bien qu'ici elle fut traitée mille fois mieux qu'à la maison, son chez-soi lui manquait. Un jour, elle alla voir la vieille dame et lui dit :

- J'ai le mal du pays, et même si tout va très bien ici, je ne peux rester plus longtemps. Je dois retourner parmi les miens.

La Dame Neige répondit :

- Je suis heureuse que tu veuilles retourner chez-toi. Et comme tu m'as servie si fidèlement, je vais te raccompagner.

Elle prit la fillette par la main et la conduisit devant un grand portail. Au moment même où la fillette franchissait le seuil, une pluie d'or s'abattit sur elle; tout cet or se fixa sur ses vêtements et il en tomba tant qu'elle en fut complètement recouverte. Puis, le portail se referma, et la fillette se retrouva sur la Terre, non loin de sa demeure.


Quand elle entra dans la court, le coq, qui se tenait sur le rebord du puits, se mit à crier :

- Cocorico ! Notre précieuse jeune fille est de retour !

La fillette entra dans la maison et, parce qu'elle était toute recouverte d'or, fut bien accueillie par sa mère et sa soeur. Elle leur raconta alors tout ce qu'elle avait vécu. Lorsque la mère entendit comment elle avait reçu tant de richesse, elle voulut que sa première fille, celle qui était paresseuse, aille se procurer le même bonheur. Celle-ci dut s'asseoir auprès du puits et se mettre à filer. Trop paresseuse, elle ne fila pas: pour qu'il y ait du sang sur la bobine, elle se mit plutôt les mains dans les églantiers et se piqua les doigts. Elle lança ensuite la bobine au fond du puits et s'y jeta elle-même.


Elle se réveilla elle aussi au milieu du magnifique champ fleuri. Elle emprunta le même chemin que sa soeur, et lorsqu'elle arriva près du four, les pains lui crièrent :

- Hé, sors-nous du four, sors-nous du four, nous allons brûler ! Nous cuisons depuis bien trop longtemps déjà.

Mais la paresseuse leur répondit :

- Je n'ai pas envie de me salir !

Et elle passa son chemin. Elle arriva bientôt près du pommier qui lui cria :

- Hé ! Secoue-moi, secoue-moi, mes pommes vont se gâter ! Elles sont mûres depuis bien trop longtemps déjà.

Mais elle lui répondit :

- Pas question ! Je pourrais en recevoir une sur la tête.

Et elle passa son chemin.

Lorsqu'elle parvint à la maison de Dame Neige, elle ne s'effraya pas, sachant déjà que la vieille dame avait de très longues dents, et elle se fit aussitôt engager. Le premier jour, elle accomplit toutes les taches qui lui étaient assignées, car elle pensait à sa récompense. Mais le deuxième jour, elle recommença à être un peu paresseuse, et un peu plus le troisième. Finalement, elle ne voulut même plus se lever le matin et ne secoua plus l'oreiller comme elle avait convenu de le faire.


Dame Neige en eut bientôt assez et décida de la congédier. La paresseuse s'en réjouit, songeant à la pluie d'or qui l'attendait. Mais lorsqu'elle traversa le seuil du grand portail, ce ne fut point de l'or qu'elle reçut, mais plutôt un plein chaudron de poix gluante et collante.

- Voilà ta récompense pour ta paresse et tes mauvais services , lui dit la vieille dame en claquant la porte.

La paresseuse se retrouva chez-elle, toute couverte de cette poix, et quand le coq l'aperçut, il se mit à crier :

- Cocorico ! Notre poisseuse jeune fille est de retour !


La fillette eut beau se laver et se laver encore, la poix resta coller sur elle jusqu'à la fin de ses jours.



La princesse des eaux

Il y avait un garçon qui n'avait pas de chance. A chaque fois que sa mère allait demander pour lui la main d'une jeune fille, on la lui refusait, les parents se moquaient d'elle:
- Notre fille est trop bien pour votre fils !
A la longue, le garçon désespère, il ne rit plus, ne dort plus, ne mange plus. Il devient maigre comme un clou. Sa mère le regarde, son coeur se serre: que faire ? On ne peut pas prendre une fille de force... Elle se met à pleurer. Elle maudit le sort.
Un jour, son fils lui dit :
- Mère, je m'en vais voir ailleurs si j'ai plus de chance ".
Il met un morceau de pain dans sa besace et se met en route. Il marche longtemps. Il s'arrête enfin près d'une source pour boire. En se penchant sur l'eau, il pousse un grand soupir… Ah !
- Mon ami, dit une voix
- Qui m'appelle son ami ? dit le jeune homme.
- C'est moi qui t'ai appelé mon ami
- Mais où es-tu ? J'entends ta voix mais je ne te vois pas.
- N'as-tu jamais entendu parler de moi ? Je suis Lucérène, la fille du roi des eaux. J'habite chez mon père et ma mère, tout au fond de l'eau. Dès que je t'ai vu, j'ai été attirée par toi. Va dire à ta mère qu'elle vienne voir le roi mon père et lui demander de t'accorder ma main.
- Mais apparais, au moins, que je te voie !
- Je ne peux pas, je t'assure que je ne peux pas.
Le garçon s'étonne, il tourne la tête à droite, à gauche, il n'y a absolument personne alentour.
- Oh ! Mauvais sort ", dit-il, tu m'as trompé, je vais continuer mon chemin.
- Mais non, je ne t'ai pas trompé, dit la voix de Lucérène, retourne chez toi, tu verras tes murs et ton toit couverts d'or et d'argent, sur ta table du pain et de bons plats. Si tu ne vois rien, je t'aurai trompé, mais si tu vois tout cela, dis à ta mère de venir voir mon père le roi. Va, tu verras et tu me croiras !
Le garçon retourne à la maison. Il voit les murs et le toit couverts d'or et d'argent, la table servie royalement. Il ne reconnaît plus son logis. Il demande à sa mère :
- Mère, qui a transformé notre maison et garni la table ?
- Je ne sais pas. J'ai entendu une voix qui disait : Murs et toit, couvrez-vous d'or et d'argent ! Table, sois garnie ! Aussitôt j'ai vu ces ordres exécutés. J'ai pensé : Est-ce là notre maison ? Est-ce là notre table ? C'est un miracle !
- Oui, maman, c'est un miracle, et je sais qui l'a accompli. C'est Lucérène, la fille du roi des eaux. Elle vit tout au fond de l'eau, je ne l'ai pas vue mais je l'ai entendue. Elle m'a dit :
- Retourne chez toi dire à ta mère qu'elle vienne demander au roi ma main pour toi.
- Ah ! Bénie soit cette jeune fille ! Je vais vite me préparer.
- Oui, mère, va, la chance me sourit enfin !
Le garçon explique à sa mère où se trouve la source. Elle y court. Elle appelle :
- Lucérène, je donnerais ma vie pour toi ! Je suis la mère du jeune homme qui t'a plu, dis à ton père que je suis venue te chercher et t'emmener chez moi.
A ces mots, le roi des eaux sort de la source. La mère voit un beau vieillard, une couronne d'or sur la tête, un habit de pourpre, des yeux verts, une barbe verte, un sceptre à la main.
- Salut, compère le roi !
Le roi la reprend aimablement :
- Tu n'as pas encore emmené ma fille et tu m'appelle déjà compère ?
- Eh bien ! Dépêchons-nous ! Dis-moi, tu me donnes ta fille, que je l'emmène ?
- Non, dit le roi des eaux, je ne donnerai ma fille qu'à une condition.
- Quelle condition, cher roi ?
- A condition que ton fils se rende chez mon ennemi, le roi des forêts, et s'empare du coffre de vêtements de ma fille. S'il me l'apporte, je la lui donne, s'il ne l'apporte pas, je ne la donne pas. Va maintenant, dans ton cellier, chercher le cheval de ton fils: sa selle est de nacre, ses fers sont d'argent, ses sabots sont d'or, et une épée d'acier est accrochée à la selle.
La femme revient, elle voit dans le cellier le cheval destiné à son fils: la selle de nacre, les fers d'argent, les sabots d'or et l'épée d'acier. Elle se réjouit et va dire à son fils :
- Fils, ton roi pose une condition : que tu rapportes de chez son ennemi, le roi des forêts, le coffre de vêtements de sa fille. Tu le rapportes, il te la donne, sinon il ne la donne pas. Qu'est-ce que tu dis de ça ?
- Que veux-tu que je dise, mère ? Je ne suis jamais monté à cheval, je n'ai jamais tiré l'épée.
Sur ordre de Dieu, le cheval prit la parole :
- N'aie pas peur, dit-il, tiens-toi seulement bien sur la selle. Le roi des forêts est un monstre et ceux qui le voient sont terrifiés. S'il te crie : Mortel, retourne-toi, je te donnerai tout ce que tu désires, surtout ne te retourne pas, car tu serais transformé en arbre.
- Bon, dit le garçon, partons !
Il monte à cheval, se saisit de l'épée et galope jusqu'à la forêt. Là, il frissonne. Les arbres semblent être des hommes monstrueux aux têtes échevelées et aux pieds tordus. A la vue du jeune homme, ils se mettent à crier et à s'entrechoquer. On croirait un tremblement de terre. Leur roi a mille pieds et mille mains. Il se précipite vers les arbres en criant :
- Attrapez-le ! Attrapez-le ! Ça fait longtemps que je n'ai pas mangé de chair humaine ! Arbres, attrapez-le ! Attrapez-le !
Le garçon est effrayé par les arbres et tous ces cris. Il a envie de rentrer. Le cheval dit :
- N'aie pas peur, ce ne sont que des cris. Avance !
Le garçon le fait avancer ; il lève son épée, il frappe le roi des forêts et le tue. Les arbres, voyant leur roi mort, deviennent furieux. Le garçon descend de cheval. Il trouve le coffre caché dans les broussailles, il s'en saisit et remonte en selle. Les arbres, derrière lui, gémissent et le supplient :
- Retourne-toi, si tu ne te retournes pas, tu seras transformé en arbre !
Le garçon a tellement peur qu'il manque de faire tomber le coffre. Il est sur le point de se retourner, mais le cheval l'encourage, il galope, il arrive à la montagne, près de la source.
Aussitôt, le jeune homme appelle :
- Lucérène fille du roi des eaux, je t'apporte ton coffre de vêtements, monte t'habiller et partons !
Entendant sa voix, le roi des eaux sort de la source, il s'approche du jeune homme, le serre dans ses bras, l'embrasse sur le front et appelle sa fille :
- Ma fille, tu peux sortir, ton fiancé a apporté ton coffre, monte t'habiller !
Lucérène sort sa tête de l'eau et dit :
- Détournez-vous que je mette mes vêtements.
Le père et le jeune homme se détournent, Lucérène s'habille, elle resplendit comme un soleil ! Elle serre son bien-aimé dans ses bras, elle l'embrasse, elle demande à son père de la bénir, puis les jeunes gens montent à cheval et arrivent à la maison.
Quand la mère voit l'éblouissante jeune fille, elle devient folle de joie. Elle monte sur le toit et crie de tous côtés :
- Grands et petits, hommes, femmes et enfants, venez tous ! Venez assister au plus fastueux des mariages !
Les jeunes filles qui n'avaient pas voulu de ce garçon eurent honte et restèrent chez elles. Les autres vinrent et firent la noce pendant sept jours et sept nuits.
Nos héros virent leurs voeux se réaliser, que les nôtres aussi se réalisent !

***
Ce conte arménien a été écrit en septembre 1908,
d’après le récit du célèbre conteur Hagop Hatloyan, originaire de Gop.
Agriculteur illettré, âgé d’environ 40 ans, "Hatlo" émaillait ses récits de chants et de dictons.
Il racontait aussi en turc et en kurde.

L'arbre tordu


Un oiseau survolait une forêt de conifères quand il laissa tomber une petite graine que le vent avait déposée furtivement sous son aile. A peine la semence eut-elle touché le sol qu'elle prit racine. Très rapidement une petite pousse vit le jour et se fraya courageusement un chemin à travers les géants tout verts qui l'entouraient.
La richesse du terreau qui l'avait accueillie permit à la tige de devenir en très peu de temps un arbrisseau rempli de vigueur. Mais en même temps qu'il croissait, il empruntait une forme des plus étranges. C'est à ce moment qu'il prit conscience qu'il n'allait pas être un arbre comme les autres. Les sapins verdoyants qui l'entouraient et dont il admirait la frondaison aux teintes d'émeraude, l'avaient cependant accepté dans sa différence. A son grand désarroi, le jeune arbre voyait son tronc et ses branches pousser dans le désordre le plus total. En prenant des allures d'adulte, l'arbrisseau se retrouva affublé d'énormes branches racornies qui se frayaient maladroitement un chemin à travers les aiguilles de ses frères conifères.
Il aurait tellement voulu leur ressembler ! Il avait sûrement fait quelque chose de mal pour que Dieu l'afflige de ces formes repoussantes.
- Mais pourquoi suis-je si différent ? se demandait-il sans cesse.
Cette question le hantait depuis qu'il avait constaté sa terrible dissemblance. C'est également à ce moment qu'il commença à se haïr. Sa haine prit une telle ampleur que son écorce en devint toute terne et que sa cime courba l'échine, comme si elle n'avait pas voulu qu'on la reconnaisse.
Plus les jours passaient, plus l'arbre tordu se détestait. Tant et si bien que les oiseaux ne daignaient même plus s'y poser, repoussés par la négativité qui s'en dégageait.
- Aussi bien mourir, se disait l'arbrisseau, que de sentir un parfait étranger dans la forêt qui vous a vu naître.
Le pauvre diable cultiva donc ses pensées défaitistes et s'enlisa profondément dans son rôle de victime. Jusqu'au jour où une mère et son fils le découvrirent par hasard...
- Et ! Maman ! cria l'enfant en sautillant de joie. Tu as vu le joli pommier en plein milieu de cette forêt de sapins ? Comme il est beau, n'est-ce pas ?
- Oui ! Oui ! répondit distraitement la mère, apparemment absorbée dans ses pensées. Mais nous ne pouvons pas nous attarder. Continuons notre route.
En dépit de sa lassitude et de son impérieux désir de mourir, l'arbre tordu avait entendu le commentaire du bambin. Il était complètement abasourdi d'apprendre qu'il n'était pas un sapin déformé, mais plutôt un... pommier ! Il sortit alors de la léthargie morbide dans laquelle il s'était laissé sombrer depuis quelques temps. A la grande surprise de ses frères, qui ne l'avaient pas vu manifester un quelconque sentiment de joie depuis très longtemps, il s'exclama :
- Est-ce possible que je sois un magnifique pommier ? Si cela est vrai - il en doutait de moins en moins, car il savait d'instinct que les enfants enjoués ne mentent pas - cela expliquerait mes disparités !
Ragaillardi par cette heureuse découverte, l'arbre se mit à apprécier de plus en plus la forme insolite de ses branches et à admirer son tronc légèrement arqué. Il releva lentement la tête, et son écorce assombrie par la peine reçut alors un grand coup de sève qui la fit resplendir de mille feux. Attirés par ces élans d'amour de soi, les oiseaux recommencèrent à fréquenter l'arbre. De curieuses petites fleurs se mirent bientôt à émerger sur ses branches. Plus l'arbre s'aimait, plus les bourgeons qu'on avait cru asséchés prenaient vie, et plus ils s'ouvraient en grand nombre. Tant et si bien que le pommier fut rapidement enveloppé d'un nuage féerique de fleurs blanches. Celles-ci exhalaient un parfum frais qui faisait le bonheur de leur entourage. Cette particularité avait pour conséquence que l'arbre tordu se distinguait encore davantage de ses congénères, les sapins.
Au bout de quelques lunes, chaque fleur avait donné naissance à un fruit magnifique, symbole de l'amour que l'arbre s'était donné à la suite de sa prise de conscience de son unicité.
Un matin d'automne, le garçon qui lui avait révélé sa vraie nature revint le voir. Le pommier le reconnut et lui offrit le premier des fruits en guise de remerciement pour lui avoir redonné la vie. L'enfant sourit et, avec ses petits yeux en amande bien fermés pour tirer toute la saveur du fruit, il croqua dans la pomme à belles dents.
Comme le Créateur n'oublie jamais Ses bienfaiteurs, il transmit à l'enfant, à travers l'énergie de ce fruit, le même présent qu'il avait jadis offert à l'arbre : l'amour de soi et le respect des différences. Le garçon bénéficia de ce don toute sa vie et même après avoir atteint l'âge adulte, il continuait à en parler...

***
André Harvey : Contes d'éveil, Éditions de Mortagne

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