mercredi 15 avril 2009

La générosité de la fée

A Montois-la-montagne vivait, autrefois, un noble chevalier au coeur d'or. Malheureusement, il n'était pas fortuné. Sa pauvreté ne l'empêchait pas de soulager, dans la mesure du possible, la misère des malheureux plus pauvres que lui.
Un jour qu'il se promenait, à midi, dans la forêt voisine, il aperçut une vieille femme en haillons, occupée à cueillir des simples et des baies. La vieille voulut s'enfuir, mais le chevalier lui parla avec beaucoup de douceur et de bienveillance, l'encouragea de poursuivre sa cueillette et lui fit don d'une légère aumône. La vieille qui était fée, remercia l'aimable donateur, ajoutant que sa petite pièce de monnaie lui porterait des fruits d'or.
Le lendemain matin, le cuisinier du château présenta à son maître une bourse qu'il avait trouvée dans un coin de l'âtre. Très surpris, le chevalier ouvrit la bourse : elle était pleine d'écus d'or. Pendant huit jours, le cuisinier fit la même découverte. Finalement, le chevalier voulut éclairer ce mystère. Il se cacha, le soir, après le coucher des domestiques, dans la cuisine, et attendit. Bientôt, il vit, à la lueur de la lune, les dalles de l'âtre se soulever ; des lutins sortirent du sol et, remplissant la cuisine, se mirent, les uns à préparer un mets, les autres à le cuire.
Soudain, en entendant le chevalier respirer un peu bruyamment, toute la bande disparut par où les lutins étaient venus. Le maître du château trouva bien une bourse, mais elle était remplie de petits cailloux. Depuis cette nuit, la générosité de la fée ne se renouvela pas.


***
Telle est la mésaventure du chevalier de Montois-la-Montagne (Moselle) qui fut puni pour sa curiosité après avoir été récompensé pour sa bonne action. Mais bien entendu, le mot curiosité ne doit être pris ici que dans son sens négatif. Car il existe uen curiosité légitime, celle qui fait progresser l'homme dans la voie de la Connaissance, celle dont ne manquait pas nos ancêtres les Gaulois qui furent à l'origine de nombreuses inventions, de découvertes et de quêtes aventureuses (ces dernières trouvant au Moyen Âge les prolongements littéraires que nous connaissons).
Remarquons, pour une fois, l'alliance complice qui unit les lutins à une fée et qui rend ainsi aux premiers la qualité de serviabilité qui est la plus souvent la leur.

Un printemps tout neuf


Un arbre sourit de toutes ses fleurs.
Des ramiers s'en vont, à deux, vers le fleuve.
Le coucou vivant au bois donne l'heure :
Voici le printemps dans sa robe neuve !

Quel joli printemps aux yeux de pervenche,
Aux lèvres de rose, aux doigts de lilas !
La vie sur l'hiver a pris sa revanche
Et danse en chantant un alléluia.

Marc Alyn

Coups de soleil

Avant que l'été ne vous offre un joli bronzage, voici quelques conseils pour éviter les coups de soleil ! Surtout, soyez prudentes : si le soleil est bon pour la santé, il est fortement nocif pour votre peau...

Le plus simple : si vous êtes prise de court : coupez une pomme de terre en deux et frottez doucement avec la surface pulpeuse la partie du corps rougie par le soleil.

Le plus efficace : Enduisez les coups de soleil, plusieurs fois par jour, avec un mélange, en parties égales, d'eau de chaux et d'huile d'amande douce.

Si la peau est sérieusement brûlée, et sur une surface importante, il ne faut pas se contenter de soins superficiels, mais prendre un bain de pieds bien chaud, puis se coucher avec une compresse d'eau glacée légèrement vinaigrée sur le front, les pieds enveloppés dans une serviette trempée dans de l'eau vinaigrée très chaude.
Pendant ce temps, une des personnes encore valide dans la maison prépare pour le malade une tisane de sommités fleuries de sureau (Sambucus nigra), ou de feuilles ou/et de sommités fleuries de sauge (Salvia officinalis) : 10 g de plante pour un demi-litre d'eau bouillante.
Laissez infuser 10 minutes et passez.
Buvez une grande tasse, avec un ou deux comprimés d'aspirine.

Pour apaiser la sensation de brûlure d'un coup de soleil, appliquez du jus de concombre frais, ou des compresses d'eau vinaigrée.

Pour réparer les dégâts

*Enduisez la partie brûlée de lait de beurre (lait rihot) frais.
Badigeonnez, avec un pinceau et du jaune d'oeuf la plaie ou la brûlure.
Laissez sécher, lavez à l'eau claire une heure après.

* Ou encore posez un cataplasme de feuilles fraîches de chou ou de salade (Ecrasez les feuilles en roulant dessus une bouteille, pour aider le jus à sortir).

* Faites un cataplasme d'argile (de l'argile achetée chez le pharmacien ou dans un magasin diététique).
Diluez-la en pâte épaisse, avec un peu d'eau claire froide, et posez-la en cataplasme de 1 cm d'épaisseur sur la blessure, même cloquée. Inutile de nettoyer celle-ci avant le cataplasme : l'argile a des propriétés désinfectantes et cicatrisantes.
Au bout de deux heures, remplacez le cataplasme, en jetant le premier (l'argile ne doit jamais servir deux fois).

* Frictions d'essence de lavande ou d'essence de fleur de carotte : quelques gouttes d'huile essentielle mélangée à une huile (olive, amande douce, etc.) empêchent la peau de craqueler et de peler.


***
Image : Brucero

Les fées de France

- Accusée, levez-vous ! dit le président.
Un mouvement se fit au banc hideux des pétroleuses, et quelque chose d'informe et de grelottant vint s'appuyer contre la barre. C'était un paquet de haillons, de trous, de pièces, de ficelles, de vieilles fleurs, de vieux panaches, et là-dessous une pauvre figure fanée, tannée, ridée, crevassée, où la malice de deux petits yeux noirs frétillait au milieu des rides comme un lézard à la fente d'un vieux mur.
- Comment vous appelez-vous ? lui demanda-t-on.
- Mélusine.
- Vous dites ?...
Elle répéta très gravement :
- Mélusine.
Sous sa forte moustache de colonel de dragons, le président eut un sourire, mais il continua sans sourciller :
- Votre âge ?
- Je ne sais plus.
- Votre profession ?
- Je suis fée !...
Pour le coup l'auditoire, le conseil, le commissaire du gouvernement lui-même, tout le monde partit d'un grand éclat de rire ; mais cela ne la troubla point, et de sa petite voix claire et chevrotante, qui montait haut dans la salle et planait comme une voix de rêves, la vieille reprit :
- Ah ! les fées de France, où sont-elles ! Toutes mortes, mes bons messieurs. Je suis la dernière ; il ne reste plus que moi... En vérité, c'est grand dommage, car la France était bien plus belle quand elle avait encore des fées.
Nous étions la poésie du pays, sa foi, sa candeur, sa jeunesse. Tous les endroits que nous hantions, les fonds de parcs embroussaillés, les pierres des fontaines, les tourelles des vieux châteaux, les brumes d'étangs, les grandes landes marécageuses recevaient de notre présence je ne sais quoi de magique et d'agrandi. A la clarté fantastique des légendes, on nous voyait passer un peu partout traînant nos jupes dans un rayon de lune, ou courant sur les prés à la pointe des herbes. Les paysans nous aimaient, nous vénéraient.Dans les imaginations naïves, nos fronts couronnés de perles, nos baguettes, nos quenouilles enchantées mêlaient un peu de crainte à l'adoration. Aussi nos sources restaient toujours claires.
Les charrues s'arrêtaient aux chemins que nous gardions ; et comme nous donnions le respect de ce qui est vieux, nous, les plus vieilles du monde, d'un bout de la France à l'autre on laissait les forêts grandir, les pierres crouler d'elles-mêmes.
Mais le siècle a marché. Les chemins de fer sont venus. On a creusé des tunnels, comblé les étangs, et fait tant de coupes d'arbres, que bientôt nous n'avons plus su où nous mettre. Peu à peu les paysans n'ont plus cru à nous. Le soir, quand nous frappions à ses volets, Robin disait : "C'est le vent", et se rendormait. Les femmes venaient faire leurs lessives dans nos étangs. Dès lors ç'a été fini pour nous. Comme nous ne vivions que de la croyance populaire, en la perdant, nous avons tout perdu. La vertu de nos baguettes s'est évanouie, et de puissantes reines que nous étions, nous nous sommes trouvées de vieilles femmes, ridées, méchantes comme des fées qu'on oublie ; avec cela notre pain à gagner et des mains qui ne savaient rien faire.

Pendant quelque temps, on nous a rencontrées dans les forêts traînant des charges de bois mort ou ramassant des glanes au bord des routes. Mais les forestiers étaient durs pour nous, les paysans nous jetaient des pierres. Alors, comme les pauvres qui ne trouvent plus à gagner leur vie au pays, nous sommes allées la demander au travail des grandes villes.
Il y en a qui sont entrées dans des filatures. D'autres ont vendu des pommes l'hiver, au coin des ponts ou des chapelets à la porte des églises. Nous poussions devant nous des charrettes d'oranges, nous tendions aux passants des bouquets d'un sou dont personne ne voulait, et les petits se moquaient de nos mentons branlants, et les sergents de ville nous faisaient courir, et les omnibus nous renversaient. Puis la maladie, les privations, un drap d'hospice sur la tête... Et voilà comme la France a laissé toutes ses fées mourir. Elle en a été bien punie !
Oui, oui, riez, mes braves gens. En attendant, nous venons de voir ce que c'est qu'un pays qui n'a plus de fées. Nous avons vu tous ces paysans repus et ricaneurs ouvrir leurs huches aux Prussiens et leur indiquer les routes. Voilà ! Robin ne croyait plus aux sortilèges ; mais il ne croyait pas davantage à la patrie... Ah ! si nous avions été là, nous autres, de tous ces Allemands qui sont entrés en France pas un ne serait sorti vivant. Nos draks, nos feux follets les auraient conduits dans des fondrières. A toutes ces sources pures qui portaient nos noms, nous aurions mêlé des breuvages enchantés qui les auraient rendus fous ; et dans nos assemblées, au
clair de lune, d'un mot magique, nous aurions si bien confondu les routes, les rivières, si bien enchevêtré de ronces, de broussailles, ces dessous de bois où ils allaient toujours se blottir, que les petits yeux de chat de M. de Moltkei n'auraient jamais pu s'y reconnaître. Avec nous, les paysans auraient marché. Des grandes fleurs de nos étangs nous aurions fait des baumes pour les blessures, les fils de la vierge nous auraient servi de charpie ; et sur les champs de bataille, le soldat mourant aurait vu la fée de son canton se pencher sur ses yeux à demi fermés pour lui montrer un coin de bois, un détour de route, quelque chose qui lui rappelle le pays. C'est comme cela qu'on fait la guerre nationale, la guerre sainte. Mais, hélas ! dans les pays qui ne croient plus, dans les pays qui n'ont plus de fées, cette guerre-là n'est pas possible.
Ici la petite voix grêle s'interrompit un moment, et le président prit la parole :
- Tout ceci ne nous dit pas ce que vous faisiez du pétrole qu'on a trouvé sur vous quand les soldats vous ont arrêtée.
- Je brûlais Paris, mon bon monsieur, répondit la vieille très tranquillement. Je brûlais Paris parce que je le hais, parce qu'il rit de tout, parce que c'est lui qui nous a tuées. C'est Paris qui a envoyé des savants pour analyser nos belles sources miraculeuses et dire au juste ce qu'il entrait de fer et de soufre dedans. Paris s'est moqué de nous sur ses théâtres. Nos enchantements sont devenus des trucs, nos miracles des gaudrioles, et l'on a vu tant de vilains visages passer dans nos robes roses, nos chars ailés, au milieu de clairs de lune en feu de Bengale, qu'on ne peut plus penser à nous sans rire...
Il y avait des petits enfants qui nous connaissaient par nos noms, nous aimaient, nous craignaient un peu ; mais au lieu des beaux livres tout en or et en images, où ils apprenaient notre histoire, Paris maintenant leur a mis dans les mains la science à la portée des enfants, de gros bouquins d'où l'ennui monte comme une poussière grise et efface dans les petits yeux nos palais enchantés et nos miroirs magiques... Oh ! oui, j'ai été contente de le voir flamber, votre Paris... C'est moi qui remplissais les boîte des pétroleuses, et je les conduisais moi-même aux bons endroits : "Allez, mes filles, brûlez tout, brûlez, brûlez !... "
- Décidément, cette vieille est folle, dit le président. Emmenez-la.


***
Alphonse Daudet
1840 - 1897

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Image : Josephine Walls

Histoire du roi Alfaroute et de Clariphile

Il y avait un roi nommé Alfaroute, qui était craint de tous ses voisins et aimé de tous ses sujets. Il était sage, bon, juste , vaillant, habile ; rien ne lui manquait. Une fée vint le trouver, et lui dire qu'il lui arriverait bientôt de grands malheurs, s'il ne se servait pas de la bague qu'elle lui mit au doigt.
Quand il tournait le diamant de la bague en dedans de sa main, il devenait d'abord invisible ; et dès qu'il le retournait en dehors, il était visible comme auparavant. Cette bague lui fut très commode, et lui fit grand plaisir. Quand il se défiait de quelqu'un de ses sujets, il allait dans le cabinet de cet homme, avec son diamant tourné en dedans ; il entendait et il voyait tous les secrets domestiques sans être aperçu. S'il craignait les desseins de quelque roi voisin de son royaume, il s'en allait jusque dans ses conseils les plus secrets, où il apprenait tout sans être jamais découvert. Ainsi il prévenait sans peine tout ce qu'on voulait faire contre lui ; il détourna plusieurs conjurations formées contre sa personne, et déconcerta ses ennemis qui voulaient l'accabler.
Il ne fut pourtant pas content de sa bague, et il demanda à la fée un moyen de se transporter en un moment d'un pays dans un autre, pour pouvoir faire un usage plus prompt et plus commode de l'anneau qui le rendait invisible. La fée lui répondit en soupirant :
- Vous en demandez trop ! Craignez que ce dernier don ne vous soit nuisible.
Il n'écouta rien, et la pressa toujours de le lui accorder.
- Eh bien, dit-elle, il faut donc, malgré moi, vous donner ce que vous vous repentirez d'avoir.
Alors elle lui frotta les épaules d'une liqueur odoriférante. Aussitôt il sentit de petites ailes qui naissaient sur son dos. Ces petites ailes ne paraissaient point sous ses habits : mais quand il avait résolu de voler, il n'avait qu'à les toucher avec la main ; aussitôt elles devenaient si longues, qu'il était en état de surpasser infiniment le vol rapide d'un aigle. Dès qu'il ne voulait plus voler, il n'avait qu'à retoucher ses ailes : d'abord elles se rapetissaient, en sorte qu'on ne pouvait les apercevoir sous ses habits.
Par ce moyen, le roi allait partout en peu de moments : il savait tout, et on ne pouvait concevoir par où il devinait tant de choses, car il se renfermait, et paraissait demeurer presque toute la journée dans son cabinet, sans que personne osât y entrer. Dès qu'il y était, il se rendait invisible par sa bague, étendait ses ailes en les touchant, et parcourait des pays immenses. Par là, il s'engagea dans de grandes guerres où il remporta toutes les victoires qu'il voulut : mais comme il voyait sans cesse les secrets des hommes, il les connut si méchants et si dissimulés, qu'il n'osait plus se fier à personne. Plus il devenait puissant et redoutable, moins il était aimé, et il voyait qu'il n'était aimé d'aucun de ceux mêmes à qui il avait fait les plus grands biens.
Pour se consoler, il résolut d'aller dans tous les pays du monde chercher une femme parfaite qu'il pût épouser, et par laquelle il pût se rendre heureux. Il la chercha longtemps ; et comme il voyait tout sans être vu, il connaissait les secrets les plus impénétrables. Il alla dans toutes les cours : il trouva partout des femmes dissimulées, qui voulaient être aimées, et qui s'aimaient trop elles-mêmes pour aimer de bonne foi un mari. Il passa dans toutes les maisons particulières : l'une avait l'esprit léger et inconstant ; l'autre était artificieuse, l'autre hautaine, l'autre bizarre ; presque toutes fausses, vaines, et idolâtres de leur personne.
Il descendit jusqu'aux plus basses conditons, et il trouva enfin la fille d'un pauvre laboureur, belle comme le jour, mais simple et ingénue dans sa beauté, qu'elle comptait pour rien et qui était en effet sa moindre qualité ; car elle avait un esprit et une vertu qui surpassaient toutes les grâces de sa personne. Toute la jeunesse de son voisinage s'empressait pour la voir ; et chaque jeune homme eût cru assurer le bonheur de sa vie en l'épousant. Le roi Alfaroute ne put la voir sans en être passionné. Il la demanda à son père, qui fut transporté de joie de voir que sa fille serait une grande reine.
Clariphile (c'était son nom) passa de la cabane de son père dans un riche palais, où une cour nombreuse, la reçut. Elle n'en fut point éblouie ; elle conserva sa simplicité, sa modestie, sa vertu, et elle n'oublia point d'où elle était venue, lorsqu'elle fut au comble des honneurs. Le roi redoubla sa tendresse pour elle, et crut enfin qu'il parviendrait à être heureux. Peu s'en fallait qu'il ne le fût déjà, tant il commençait à se fier au bon cœur de la reine. Il se rendait à toute heure invisible pour l'observer et pour la surprendre ; mais il ne découvrait rien en elle qu'il ne trouvât digne d'être admiré. Il n'y avait plus qu'un reste de jalousie et de défiance qui le troublait encore un peu dans son amitié. La fée, qui lui avait prédit les suites funestes de son dernier don, l'avertissait souvent, et il en fut importuné. Il donna ordre qu'on ne la laissât plus entrer dans le palais, et dit à la reine qu'il lui défendait de la recevoir. La reine promit, avec beaucoup de peine d'obéir, parce qu'elle aimait fort cette bonne fée.
Un jour la fée, voulant instruire la reine sur l'avenir, entra chez elle sous la figure d'un officier, et déclara à la reine qui elle était. Aussitôt la reine l'embrassa tendrement. Le roi, qui était alors invisible, l'aperçut, et fut transporté de jalousie jusqu'à la fureur. Il tira son épée, et en perça la reine, qui tomba mourante entre ses bras. Dans ce moment, la fée reprit sa véritable figure. Le roi la reconnut, et comprit l'innocence de la reine. Alors il voulut se tuer. La fée arrêta le coup, et tâcha de le consoler. La reine, en expirant, lui dit :
- Quoique je meure de votre main, je meurs toute à vous.
Alfaroute déplora son malheur d'avoir voulu, malgré la fée, un don qui lui était si funeste. Il lui rendit la bague, et la pria de lui ôter ses ailes. Le reste de ses jours se passa dans l'amertume et dans la douleur. Il n'avait point d'autre consolation que d'aller pleurer sur le tombeau de Clariphile.


***
Fénélon,
célèbre prélat français, archevêque duc de Cambray,
né au château de Fénelon, en Périgord, le 6 août 1651
et mort à Cambray, le 7 janvier 1714

La fée marraine

Si vos pas vous conduisent vers le moulin de Saint-Marmé, à Torxé, vous pourrez admirer la restauration de ce monument qui a retrouvé son toit, ses ailes et ses meules.
Pour plus de détails, rendez-vous
ICI

A la fin du XVIIIe siècle, au temps où les fées habitaient encore la contrée, il appartenait à un certain Gauthier, surnommé Tête-de-Roc, tant il était têtu. Sa fille, Jhane, était l'une des plus jolies bergères du coin et ne manquait pas de prétendants.
Un jour, un jeune batelier, très épris de la belle, vint demander sa main à son père. Ce dernier refusa tout net. Quelques mois plus tard, un seigneur des environs tomba, lui aussi, sous le charme de la bergère et fit connaitre à Gauthier sa volonté de l'épouser. Ne voulant pas marier sa fille, Tête-de-Roc répondit qu'il la donnerait à celui qui parviendrait à faire passer la Boutonne à son moulin, laquelle rivière se trouvait au moins à cinq cents mètres.
Il ajouta que le canal devrait être terminé le lendemain matin. Voilà qui était impossible. Mais le seigneur avait pour marraine une fée qui vint à son secours. Grandes bâtisseuses, les fées sont capables d'effectuer en une nuit le plus considérable des ouvrages, et l'affaire était perdue d'avance pour le batelier. Dès la tombée du jour, la fée se mit à l'oeuvre. Son travail progressait à une allure vertigineuse. Comprenant qu'on se jouait de lui, le batelier décida d'employer la ruse à son tour.
Il se dissimula derrière un buisson, et avant que la fée ait fini sa besogne, il imita le chant du coq. Croyant le jour arrivé, la fée s'enfuit, laissant le canal inachevé. Ayant compris toute l'histoire, le père, pris de remords, serra le batelier dans ses bras et lui accorda, sur-le-champ, la main de l'élue de son coeur.


La foire des Fées

On disait que les fées avaient coutume de tenir une foire dans la cité de Limes (Seine-Maritime) ; là, elles excitaient la convoitise des assistants par l'offre des marchandises merveilleuses que recèlent leurs trésors magiques : c'étaient des plantes surnaturelles, guérissant les maladies de l'âme aussi bien que les blessures du corps ; des parfums qui rendent la jeunesse immortelle ; des fleurs qui chantent pour charmer les ennuis du coeur ; des pierres précieuses, dont chacune est douée d'une vertu particulière : le grenat, qui fait braver tous les dangers et préserve de tous les malheurs ; le saphir, qui rend chaste et pur ; l'onyx, qui donne santé et beauté et fait revoir, en songe, l'ami absent ; puis des pierres antiques qu'une main inconnue a gravées, et dont chaque image est un talisman de bonheur et de gloire ; des armes invincibles ; des miroirs magiques où se lit l'avenir, où se dévoilent les plus intimes secrets de l'âme ; des oiseaux devins, comme dans le Caladrius qui s'empare de la maladie avec un regard ; de beaux oiseaux parleurs, de la même famille que le perroquet de la reine de Saba, qui débitent les leçons d'une philosophie si simple et si persuasive, que les oeuvres les plus sublimes des grands génies parmi les hommes n'ont jamais rien enseigné de semblable !

Ajoutez à ces précieuses merveilles tout le léger bagage des toilettes féeriques : de magnifiques écrins où brillent, au lieu de diamants, et avec de feux mille fois plus étincelants et plus limpides, des gouttes de rosée que l'art des fées a su cristalliser ; une collection de petites ailes de fées, souples et flexibles, parées d'une mosaïque à mille couleurs, pour laquelle ont été dépouillés les plus jolis insectes de la création ; des tuniques aériennes, tissées de ces filandres cotonneuses qui voltigent dans les airs, où s'étendent sur les prairies, durant les belles journées d'automne ; de mignonnes aigrettes formées de ses globes duveteux qu'un souffle éparpille ; de folâtres écharpes que l'arc-en-ciel a teintes ; en un mot, tous les présents coquets de la nature, mis en oeuvre avec de prodigieuses délicatesses de travail et d 'art : tel est, en partie, l'inventaire de ce bazar féerique que l'imagination de nos lecteurs peut nous aider à compléter.

Moins splendide encore que notre description ne l'a fait, il l'était trop cependant pour ne pas exciter l'envie, dans un siècle où le désir était naïf encore et l'espérence crédule. D'ailleurs, les plus séduisantes insinuations invitaient chacun à fixer son choix.
Mais, hélas ! il semble que toujours l'homme soit sacrilège en se saisissant du plus fragile bonheur ! Fasciné ou vaincu, quelqu'un des assistants avançait-il la main pour s'emparer de l'objet désiré, le perfide courroux des fées ne faisait point attendre sa vengeance : elles précipitaient du haut de la falaise le malheureux qu'elles avaient séduit !


***
Amélie Bosquet
La Normandie romanesque et merveilleuse, 1845.

***

Le lac de la fée (Haute-Corse)

C'est une fée qui donna naissance au lac de Cinto.
Cela se passsait il y a bien longtemps, à une époque où Calasima,
le plus haut village de Corse avait un roi.
Faisant un jour l'ascension du Cinto,
il parvint au sommet, terriblement assoiffé.
Malheureusement, il ne trouva pas la moindre source pour se désaltérer.
Voyant son désespoir, la fée qui régnait sur ce lieu décida de l'aider.
Elle poussa un rocher
derrière lequel se trouvait une immense grotte tapissée de diamants.
A peine les rayons du soleil vinrent-ils se poser sur ces pierres précieuses
qu'elles se transformèrent en autant de sources qui constituèrent le lac de Cinto.
Quant au roi, il put boire à sa soif,
constatant qu'il est des moments
où l'eau peut devenir la plus précieuse des richesses.

***
Photo :
Philippe Bourgine




On racontait que celui qui pouvait apercevoir la fée
qui se cachait dans l'eau de cette grotte durant le jour
était assuré d'une vie heureuse.

***
Image : L'intérieur de la grotte de Brando
d'après M.L.C. Ferdinandi (coll. Musée de la Corse).

La Fée de Saint-Juvat (Côte d'Armor)

Au temps jadis, il y avait à Saint-Juvat un laboureur du nom de Boutin qui possédait plusieurs champs, et parmi eux celui qu'on appelle encore les Pâtures Boutin.
Chaque matin, en allant voir sa récolte, le bonhomme constatait que le bétail venait la brouter, et il reconnut les pas d'une vache. Plusieurs voisins lui dirent qu'on voyait souvent dans son blé une vache qu'on ne connaissait point pour appartenir à une personne du pays. Le bonhomme Boutin se mit en embuscade pour la guetter. Dès la première nuit, il l'aperçut et parvint à la saisir par la queue. La vache se mit à fuir et l'entraîna plus vite qu'il n'aurait voulu vers la pâture, où un trou s'ouvrit. Il y entra à sa suite et se trouva au milieu d'un beau palais où il vit beaucoup de fées. Il lâcha la queue de la vache, et une des fées lui demanda ce qu'il voulait. Boutin, qui était un peu avare, voyait autour de lui de l'or et de l'argent à remuer à la pelle, et il dit qu'il était venu pour qu'on lui payât le dommage fait à sa récolte.
- Combien voulez-vous ? lui demanda la fée.
- Vous pouvez bien me bailler un quart (mesure) d'argent, répondit le bonhomme.
- Qu'à cela ne tienne ! Mais nous n'avons pas de quart ici : allez en chercher un à la Sigonnière, et nous vous le remplirons.
Le bonhomme Boutin sortit du château des fées, et courut à la maison le plus vite qu'il put ; mais à son retour, le trou par où il était sorti s'était bouché, et il ne put jamais en retrouver l'entrée. Pendant le restant de ses jours, il fouilla la pâture, la bouleversa en tous sens, creusa des galeries, mais ne put découvrir la porte du palais des fées. En revanche, il mit à jour une carrière de sablon, et c'est la première qui a été exploitée dans le pays.

Paul Sébillot
(Les ) travaux publics et les mines dans les traditions et les superstitions de tous les pays.1894.


***
Image : Xavier Pesme

Liqueur Unseelie


Avec la venue du printemps,
profitez des toutes premières fleurs pour vous concocter cette liqueur...

Dans votre chaudon enchanté :

- 60 cl d'alcool de fruit à 40)
- 50 cl d'eau
- 200 g de sucre (pour les fleurs)
- 500 g de sucre (pour le sirop)
- une gousse de vanille
- 50 g de primevères
- 50 g de violettes
- 50 g de fleurs d'acacia

La magie de l'elfe

Préparez les fleurs en ne conservant que la partie avec les pétales :
ciselez finement et mélangez avec les 200 g de sucre.
Mettez cette pâte dans un bocal avec l'alcool et la vanille
puis fermez hermétiquement.
Remuez chaque matin pendant une semaine.
Le plus dur est surtout de ne pas oublier !
Préparez le sirop avec 500 g de sucre et 50 cl d'eau :
portez à ébullition.
Laissez refroidir, et ajoutez au bocal.
Remuez de nouveau chaque matin pendant une semaine,
puis filtrez soigneusement et mettez en bouteille.
La liqueur doit voir passer plusieurs saisons
pour que tout l'arôme et la magie des fleurs malmenées se libèrent...

Oui, je sais... Vous pensiez la boire rapidement !
mais vous savez bien que les choses sont meilleures
lorsqu'on a un peu de patience !

Lors d'un banquet Unseelie, il se trouvera toujours un Elfe charmeur
pour tenter de partager avec vous cette liqueur intense et délicieuse.
Mais prenez garde !
Seules les Fées peuvent en consommer
sans tomber sous le coup des sortilèges qui l'accompagnent.
Une goutte dans votre gorge de Mortel
vous laisserait affligé d'une profonde mélancolie,
voyageur éternellement égaré, en quête d'une invisible patrie....

***
Image : Gaëlle Boissonnard
La pêche aux fleurs
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