mardi 24 février 2009

Le mythe des sirènes

Le mythe des sirènes est quasi indestructible.
L’iconographie antique les représente comme des femmes à queue de poisson tenant des instruments de musique ou des oiseaux à visage et seins de femme. Sur les monuments funéraires, elles figuraient des anges de la mort chantant au son de la lyre tout en ayant des intentions érotiques à l’égard du héros décédé. Plusieurs auteurs anciens les ont citées : Aristote, Pline, Ovide, etc., et les bestiaires médiévaux les décrivent comme des femmes "de la tête aux cuisses" et poissons de "là jusqu’en bas avec des griffes et des ailes". Elles ont laissé à la postérité leur image gravée dans la pierre des stèles, tombeaux ou des églises romanes où elles personnifient l’âme des morts comme dans l’Egypte ancienne, on les invoquait au moment de la mort.

Il reste quelques vases grecs qui racontent les aventures d'Ulysse : sur ceux qui sont antérieurs au IIIe siècle avant Jésus Christ, les sirènes apparaissent comme des oiseaux à tête de femme. Par la suite, elles acquièrent des bras, puis une poitrine humaine, attributs peut-être seulement esthétiques, même s'ils constituent des éléments supplémentaires de séduction, puisque les sirènes sont désormais représentées jouant d'un instrument, flûte ou cithare. Ainsi, elles s'humanisent au cours de l'Antiquité pour devenir des femmes ailées chez les Romains et les Etrusques, comme en témoigne la magnifique mosaïque représentant le bateau d'Ulysse, trouvée à Dougga.

Pour les Scandinaves, elle est un monstre redoutable appelé "Margygr", la "géante de mer". L’œuvre norvégienne le "Miroir royal" la décrit comme une avenante créature ressemblant à "une femme en haut de la ceinture, car ce monstre avait de gros mamelons sur la poitrine, comme une femme, de longs bras et une longue chevelure, et son cou et sa tête étaient en tout formés comme un être humain".

Ce monstre paraissait grand, avec un visage terrible, un front pointu, des yeux larges, une grande bouche et des joues ridées. Au VIIIe siècle, le moine anglais Aldhelm de Malmesbury les décrit comme des vierges à queue de poisson couverte d'écailles. Ces deux représentations vont cohabiter jusqu'au XVe siècle où les sirènes volantes laissent définitivement la place à une jolie femme aux longs cheveux et à queue de poisson. A cette époque, le naturaliste allemand Johannes de Cuba les fait vivre dans des gouffres au fond des mers ; "on les trouve souvent dans les mers et parfois dans les rivières", dit de son côté l'écrivain flamand Jacob Van Maerlant ; en revanche, dans la mythologie grecque, ces démons habitent une île du Ponant près de l'île de la magicienne Circée. Ces filles de la mer traînent une triste réputation de dévoreuses d'homme, attirant leurs victimes par des chants mélodieux ou une apparence séduisante, voire les deux. Ces redoutables séductrices peuvent même être de simples jeunes femmes sans queue de poisson vivant dans la mer. Les Anglais les appellent alors Siren plutôt que
Mairmaid.

D'illustres navigateurs ont dit avoir rencontré des sirènes : Christophe Colomb, en 1493, en aurait vu trois près des côtes de Saint- Domingue, "mais elles n'étaient pas aussi belles qu'on les décrit..." Un avis qui n'est pas partagé par les marins d'un navire américain qui ont observé, vers 1850, près des îles Sandwich ( Hawaii ), une sirène "d'une grande beauté qui ne cédait en rien aux plus belles femmes". Ces sirènes sont certainement des mammifères marins, tels les lamantins et les dugongs, qui vivent dans les eaux peu profondes des archipels, des lagunes et estuaires.

En 1403, près d'Edam en Hollande, un "spécimen" a été capturé par deux jeunes filles. Il s'agissait d'une femme, trouvée nue dans l'eau et ne parlant aucune langue connue, qui fut surnommée la "sirène d'Edam".

Des pastiches de sirène "desséchées" ont été fabriqués dès le XVIe siècle, et exposés dans les foires et les musées. Mais c'est surtout au XIXe siècle qu'ils ont attiré les foules. Ces monstres hideux étaient fabriqués au Japon, en Inde ou en Chine. Le haut du corps est constitué d'un buste d'orang-outan ou de guenon. La queue est celle d'un gros poisson. Quand au XVIIe siècle, à Leyde, un certain Pavio disséqua une sirène en présence du célèbre médecin Joannes de Laet, apportant un certain crédit scientifique à l'animal fabuleux. La tête et la poitrine étaient humaines mais, du nombril au pied, l'être était informe et sans queue.

Créée en 1835, par l'écrivain danois Hans Christian Andersen, la légende moderne de la sirène continue de faire des vagues, elle n’est plus la terrible tentatrice mais devient une héroïne romantique, qui cherche l’amour, telle Ondine qui offre son âme à l’homme qui voudra bien l’épouser. Le dessin animé de Walt Disney, la Petite Sirène (1989), reprend des éléments issus de la culture populaire et du
conte d'Andersen.


Origine des sirènes

L'origine des sirènes n’est pas claire.
Selon la mythologie, elles étaient filles du fleuve Acheloos et de la nymphe Calliope (ou de Terpischore, la Muse de la danse). Elles auraient été les compagnes de Koré, devenue par la suite "Perséphone", et auraient laissé "Hadès" l'emmener. Les sirènes auraient reçu leur forme comme punition pour ce crime et, par la suite, les Sirènes, chantaient prophéties et chansons relatives au royaume d'Hadès. Les premières sirènes de la mythologie grecque étaient représentées comme des créatures mi-femme, mi-oiseau ; pour expliquer ces formes étranges, on dit qu’Aphrodite leur mit des pattes et des plumes tout en conservant leur visage de jeunes filles parce qu’elles avaient refusé de donner leur virginité à un Dieu ou à un mortel.

Ces divinités, fluviales à l'origine, étaient très fières de leur voix et défièrent les Muses, filles de Zeus et de Mnémosyne. Les Muses remportèrent le défi et exigèrent une couronne faite des plumes des sirènes, ce qui les priva du don de voler. Vaincues, elles se retirèrent sur les côtes d'Italie méridionale. Au nombre de trois, quatre ou huit, elles vivaient sur une ou plusieurs petites îles vertes situées à l’ouest de la Sicile : Anthemusa et les îles des Sirènes (selon les Siciliens, près du Cap Péloros, aujourd’hui Faros, tandis que les latins les situent à Capri), se montrant particulièrement redoutables à l’heure de la sieste, par temps calme.

Il se peut que l'origine des sirènes se trouve dans les récits des navigateurs, qui les confondaient avec des animaux rares. D'autres descriptions mettent en scène des sirènes à tête et à buste de femme, avec une queue de poisson : ce sont les nymphes de la mer, filles du dieu de la mer Phorcys. Elles seraient alors aperçues à la surface de l'eau ou bien, assises sur un rocher, elles peigneraient leurs longs cheveux et tiendraient un miroir dans leur main.

Musiciennes dotées d’un talent exceptionnel, elles séduisaient les navigateurs qui, attirés par les accents magiques, de leurs lyres et flûtes et perdaient le sens de l’orientation, fracassant leur bateau sur les récifs où ils étaient dévorés par ces enchanteresses. On leur attribue divers noms : Aglaopé (celle au beau visage), Agalophonos (celle qui a une belle voix), Leucosia (la blanche), Ligéia (celle au cri perçant), Molpé (la musicienne), Parthénopé (celle qui a un visage de jeune fille), Raidné (l’amie du progrès), Télès (la parfaite), Thelxépéia (l’enchanteresse), Thelxiopé (celle qui persuade).

Le Chêne Géant


Il fut un temps où la création du monde semblait achevée. Les royaumes originels bosselés de montagnes, creusés de vallées, recouverts de forêts n’avaient jamais été aussi éclatants. Les étoiles parsemaient la voûte céleste, le soleil et la lune se montraient à tour de rôle, hommes et animaux cohabitaient en toute tranquilité.

A cette époque lointaine, trois jeunes filles étaient amoureuses d’un beau chevalier. Elles plantèrent un chêne dans l’espoir que cet arbre leur porterait bonheur. Les années passèrent. Aucune des trois jeunes filles n’épousa le chevalier mais le chêne était devenu le plus beau de la région. Bientôt, plus personne ne se souvint de celles qui l’avaient planté mais le chêne grandissait toujours, dépassant la cime des arbres les plus hauts. Au début les hommes, fiers de ce chêne géant, venaient d’aussi loin que les quatre espaces pour l’admirer, puis, voyant que sa croissance n’avait pas de fin, ils s’inquiétèrent.

Un jour, un petit nuage poussé par le vent s’accrocha aux branches du chêne et y resta prisonnier: la cime avait atteint le ciel, ce qui entraîna une série de catastrophes. En effet, d’autres nuages vinrent se jeter dans la ramure de l’arbre, qui formait une barrière infranchissable. Le climat se détériora, et la situation s’aggrava lorsque le soleil et la lune à leur tour trouvèrent leur route barrée. Les deux astres, masqués en permanence par les nuages accumulés sur le chêne, ne parvenaient plus à éclairer les royaumes originels. Les ténèbres et le froid s’installèrent...

Les hommes essayèrent d’abattre l’immense chêne, mais leurs haches se brisaient en touchant l’arbre et aucun d’entre eux ne réussit à en entamer le tronc. Les hommes les plus forts, les plus instruits, les plus compétents se succédèrent devant le chêne sans trouver la moindre solution. Découragés, ils abandonnèrent tout espoir de revoir un jour la lumière du soleil.

Alors que tout semblait perdu, on vit surgir au loin le beau chevalier dont les trois jeunes femmes étaient amoureuses. Après tout ce temps passé, il ne semblait pas avoir vieilli d’une année. Il sortit de son grand sac de cuir une hache en or pur et sans dire un mot, il s’approcha du chêne qui était des milliards et des milliards de fois plus grand que lui et l’abattit d’un seul coup puissant et net. Aussitôt, les nuages délivrés reprirent leur course et les astres éclairèrent à nouveau les terres. Mais quelques étoiles restèrent prisonnières de la ramure du chêne qui s’était couché dans le ciel...

Le beau chevalier repartit comme il était venu et nul ne sut jamais qui il était. Et il n’y eut que quelques bardes, émus par cette belle histoire d’amour entre ces trois jeunes femmes et cet étrange inconnu qui s’aperçurent que les étoiles prisonnières de la ramure du chêne dessinaient trois visages en pleurs...

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Conte druidique

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