jeudi 19 février 2009

Les aventures de Souricette

Il y avait une fois une petite souris grise qui vivait dans un champ de blé noir, et qui avait bien envie de courir le monde. Elle se mit à trotter çà et là, fourrant son nez pointu dans tous les tas de pierres et sous toutes les touffes d'herbe, et regardant partout de ses petits yeux noirs et brillants. Tout à coup elle aperçut dans des feuilles sèches un petit objet rond, brun et lisse. C'était une grosse noisette, si polie et si brillante qu'elle eut envie de l'emporter à la maison, et elle avança sa petite patte pour la prendre, mais la noisette se mit à rouler. Souricette courut après, mais elle roulait très vite et arriva jusque sous un grand arbre, et là se glissa sous une des grosses racines.
Souricette enfonça son museau sous la racine, et vit un trou rond, avec des escaliers, tout petits, tout petits, qui descendaient dans la terre. La noisette roulait le long des escaliers avec un petit bruit : tap, tap, tap. Souricette descendit aussi les escaliers. Tap, tap, tap, en bas roulait la noisette, et en bas, tout en bas, descendait Souricette.
La noisette roula jusqu'à une petite porte, qui s'ouvrit immédiatement pour la laisser passer. La petite souris se hâta de pousser la porte, qui se referma derrière elle. Souricette se trouva dans une petite chambre et devant elle se tenait le plus drôle de petit bonhomme qu'on pût voir. Il avait un bonnet rouge, une veste rouge, et de longs souliers rouges en pointe.
- Vous êtes ma prisonnière, dit-il à la petite souris.
- Et pourquoi ? fit-elle tout effarée.
- Parce que vous avez voulu voler ma jolie noisette.
- Je ne l'ai pas volée, dit Souricette, je l'ai trouvée dans le pré ; elle est à moi.
- Non, c'est la mienne, dit le petit homme rouge, et vous ne l'aurez pas.
Souricette regarda partout, mais elle ne vit plus la noisette ; alors elle pensa à rentrer chez elle, mais la petite porte était fermée et le petit homme rouge avait la clef. Et il dit à la pauvre petite souris
- Vous serez ma domestique ; vous ferez mon lit, et vous balayerez ma maison et ferez cuire ma soupe.
Et il ajouta en ricanant
- Et peut-être que, si vous travaillez bien, je vous donnerai la noisette pour salaire !
Ainsi la petite souris fut la servante du petit homme rouge ; chaque jour, elle faisait le lit, balayait la chambre, et faisait cuire la soupe. Et chaque jour le petit homme rouge sortait par la petite porte et ne revenait que le soir, mais il avait toujours grand soin de fermer la porte et de prendre la clef, et quand Sou­ricette lui réclamait son salaire, il répondait en rica­nant :
- Plus tard ! plus tard! Vous n'avez pas encore assez travaillé.
Cela dura longtemps, longtemps. Enfin, un jour que le petit homme rouge était très pressé, il ne tourna la clef qu'à moitié et naturellement cela ne servit à rien du tout.
La petite souris s'en aperçut tout de suite, mais elle ne voulait pas partir sans son salaire et elle chercha partout la noisette. Elle ouvrit tous les tiroirs, et regarda sur toutes les planches, mais elle ne la vit nulle part. A la fin, elle ouvrit une petite porte dans la cheminée et, juste, elle était là ! dans une sorte de petit placard.
Souricette la prit vivement dans sa bouche et se sauva. Elle poussa la petite porte, vite, vite, grimpa les petits escaliers, vite, vite, passa à travers le trou sous la racine, et courut chez elle sans s'arrêter. Tout le monde fut bien content de la voir, car on la croyait morte.
Et comme elle laissait tomber la noisette sur la table, celle-ci s'ouvrit en deux avec un petit clic, comme une boîte ! Et qu'est-ce que vous pensez qu'il y avait dedans ? Un tout petit, petit collier, en pierres brillantes, et si joli ! II était juste assez grand pour une petite souris. Souricette le portait souvent, et, quand elle ne le mettait pas, elle le gardait dans la grosse noisette.
Et le méchant petit homme rouge ne put jamais retrouver Souricette, parce qu'il ne savait pas où elle demeurait.


***
Conte de Miss Sara Cone Bryant

Les lutins bretons : le Nain rouge

Les nains des falaises étaient presque toujours d'une humeur sombre : le Korandon que l'on vit se promener, même en plein jour, sur celles de Bilfot, près de Paimpol, ne parlait à personne et ne répondait pas à ceux qui le hélaient ; mais on ne l'accusait pas d'une foule d'actes méchants., comme le Nain rouge du pays de Caux.

Il a, disait-on vers 1840, une physionomie sévère en rapport avec la contrée abrupte où il se montre. Il n'est pas difficile d'entrer en communication avec lui. Mais il punit cruellement ceux qui le dérangent par un simple motif de curiosité.

Les habitants de la vallée de Veulettes disent que plusieurs de leurs compatriotes sont borgnes, boiteux, contrefaits, et qu'ils doivent ces infirmités aux mauvais traitements du Nain rouge. D'autres, plus heureux, ont su l'apprivoiser, et n'ont eu qu'à se louer de ses bons procédés.
Les pêcheurs de la vallée de Palluel passent le nuit à la garde des filets qu'ils ont tendus. Cependant cette précaution ne serait pas suffisante peut-être pour les mettre à l'abri d'une attaque, si l'on ne savait que la plupart d'entre eux sont en communication avec le Nain rouge.
A Dieppe et aux environs, le Nain rouge est aussi parfaitement connu.

Un jour deux pêcheurs qui allaient au fond du Pollet, aperçurent, en approchant du sommet de la côte, un petit garçon, assis sur le bord de la route, et lui demandèrent ce qu'il faisait là :
- Je me repose, dit-il, car je voudrais reprendre ma course jusqu'à Berneville
- Bien ! répliqua un des pêcheurs, vous pouvez venir avec nous ; c'est le chemin que nous suivons aussi.
Là-dessus, ils se mirent tous trois en marche. Chemin faisant, le petit garçon inventait mille espiègleries, pour amuser les pêcheurs. Cependant, ils étaient arrivés à un étang proche de Berneville. Là, le malicieux garçon se saisit d'un des pêcheurs et le lança en l'air comme il aurait pu faire d'un volant, et de manière à ce qu'il dût retomber dans l'eau. Mais ce fut une grande surprise pour le méchant lutin de voir que le pêcheur était arrivé sain et sauf de l'autre côté de l'étang.
- Remerciez votre patron, s'écria-t-il de sa petite voix cassée, qui vous a inspiré ce matin de prendre de l'eau bénite à votre lever ; sans quoi il vous fallait essayer d'un bain de surprise !

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