vendredi 9 janvier 2009

Les animaux et Noël

Il existe, en France surtout, une croyance populaire dont les formes varient suivant les différentes contrées : c'est la conversation des animaux entre eux pendant la Messe de minuit et surtout pendant la lecture ou le chant de la Généalogie.
C'est sans doute une réminiscence de la représentation de l'ancien "Mystère de la Nativité", pendant laquelle on faisait parler les animaux.
Cette croyance si répandue, avec de nombreuses variantes, peut se résumer ainsi : un paysan, probablement ivre, ayant omis d'offrir à son bétail le réveillon traditionnel, entend ce dialogue entre les deux grands bœufs de son étable :
Premier bœuf : "Que ferons-nous demain, compère" ?
Second bœuf : "Porterons notre maître en terre... "
Le maître, furieux, en entendant cette prédiction, saisit une fourche pour frapper le prophète de malheur ; mais, dans sa précipitation, il se blesse maladroitement lui-même à la tête... et le lendemain les bœufs le portent en terre.
Tel est le thème développé différemment suivant les provinces.

Dans les Vosges, à la Bresse, canton de Saulxures-sur-Moselotte, on a soin de donner abondamment à manger aux animaux avant d'aller à la Messe de minuit.
A Comimont, au Val-d'Ajol, on croit encore que les animaux se lèvent et conversent ensemble pendant la Messe de minuit. On raconte à ce sujet qu'un habitant de Cornimont, jouissant de la réputation d'esprit fort, voulut s'assurer de ce fait surnaturel. Il alla se coucher dans un coin obscur de l'écurie située derrière sa maison.
A l'heure de minuit, il vit un de ses bœufs se réveiller, puis se lever pesamment et demander, en bâillant, à son compagnon de fatigue, ce qu'ils feraient tous deux le lendemain. Celui-ci lui répondit qu'ils conduiraient leur maître au cimetière. La chose ne manqua pas d'arriver, dit la tradition : notre esprit fort fut saisi d'une telle frayeur qu'il en tomba raide mort sur place. Ainsi, sans doute, le racontèrent les bœufs.
On assure aussi qu'une semblable aventure arriva à une femme de Raon-aux-Bois, canton de Remiremont. Poussée par la curiosité, elle alla visiter ses étables pendant la Messe de minuit. Elle apprit également de ses bœufs qu'ils ne tarderaient pas à la conduire en terre
(Traditions populaires, par Richard. Remiremont, 4818).

La nuit de Noël est célèbre par une vieille légende que les paysans landais racontent avec terreur, pendant les veillées d'hiver.
Ils prétendent que le jour de Noël, vers minuit, l'âne et le bœuf se mettent à parler entre eux. Ils causent du temps où l'Enfant Jésus n'avait pour se réchauffer que leur haleine. Ce don miraculeux de la parole est le cadeau envoyé tous les ans par le Ciel à ces deux animaux, en souvenir des bons offices rendus à l'Enfant Jésus dans l'étable de Bethléem. Mais malheur à celui qui tente de surprendre leur mystérieuse conversation.
Sa témérité est punie d'une manière terrible : il tombe mort à l'instant même.
(Le Petit Landais, 25 décembre 1902).
Un bon paysan de Gaillères l'éprouva à ses dépens. Pour se convaincre de la vérité du fait, il vint écouter à l'étable, et voilà qu'à minuit juste, le bœuf dit à son voisin :
- Hoù Bouêt ? - Hoù Bortin.
- Que haram-nous, douman matin ?
- Que pourteram lou boue ou clôt. E lou boue que mouri sou cop "

(Sorcières et loups-garous dans les Landes, p. 39).

Voici comment Laisnel de Lasalle a gracieusement brodé cette légende : la scène se passe en Berry
(Croyances et légendes, tom. I, p. 17).
"On assure qu'au moment où le prêtre élève l'hostie pendant la Messe de minuit, toutes les aumailles (bêtes à cornes) de la paroisse s'agenouillent et prient devant la Crèche. On assure encore qu'après cette oraison toute mentale, s'il existe dans une étable deux bœufs qui sont frères, il leur arrive infailliblement de prendre la parole.
"On raconte qu'un boiron (On appelle boiron le jeune garçon qui touche ou aiguillonne les bœufs pendant le labourage. - On dit aussi boyer pour bouvier - en italien, boaro) qui, dans ce moment solennel, se trouvait couché près de ses bœufs, entendit le dialogue suivant :
- Que ferons-nous demain ? demanda tout à coup le plus jeune du troupeau.
- Nous porterons notre maître en terre, répondit d'une voix lugubre un vieux bœuf à la robe noire, et tu ne ferais pas mal, François, continua l'honnête animal en arrêtant ses grands yeux sur le boiron qui ne dormait pas, tu ne ferais pas mal d'aller l'en prévenir, afin qu'il s'occupe des affaires de son salut.
" Le boiron, moins surpris d'entendre parler ses bêtes qu'effrayé du sens de leurs paroles, quitte l'étable en toute hâte et se rend auprès du chef de la ferme pour lui faire part de la prédiction.
"Celui-ci se trouvait attablé avec trois ou quatre francs garnements de son voisinage et, sous prétexte de faire le réveillon, présidait à une monstrueuse orgie, tandis que la cosse de Nau (bûche de Noël) flamboyait dans l'âtre et que sa femme et ses enfants étaient encore à l'église. "Le fermier fut frappé de l'air effaré de François à. son arrivée dans la salle.
- Eh bien? Qu'y a-t-il ? lui demanda-t-il brusquement.
- Il y a que les bœufs ont parlé, répondit le boiron consterné.
- Et qu'ont-ils chanté ? reprit le maître.
- Ils ont chanté qu'ils vous porteraient demain en terre ; c'est le vieux Noiraud qui l'a dit, et il m'a même envoyé vous en avertir, afin que vous ayez le temps de vous mettre en état de grâce.
- Le vieux Noiraud en a menti, et je vais lui donner une correction, s'écria le fermier, le visage empourpré par le vin et la colère.
Et, sautant sur une fourche de fer, il s'élance hors de la maison et se dirige vers les étables. Mais il est à peine arrivé au milieu de la cour qu'on le voit chanceler, étendre les bras et tomber à la renverse.
" Était-ce l'effet de l'ivresse, de la colère ou de la frayeur ?
" Nul ne le sait.
" Toujours est-il que ses amis, accourus pour le secourir, ne relevèrent qu'un cadavre et que la prédiction du vieux Noiraud se trouva accomplie.
" Depuis cette aventure, que l'on dit fort ancienne, les bœufs ont toujours continué à prendre, une fois l'an, la parole ; mais personne n'a plus cherché à surprendre le secret de leur conversation. "

A Romorantin, on recommandait aux jeunes enfants de se trouver à la Crèche, le jour de Noël, à minuit sonnant; c'était, disait-on, l'heure où le bœuf et l'âne empruntaient la voix humaine pour saluer le Christ naissant. "
Dans le Cotentin, où la foi est naïve, on est persuadé que toute la création adore le petit Jésus, à Noël. A l'heure de minuit, dit-on, tous les animaux de ferme s'agenouillent, et tel curieux qui voudrait alors pénétrer dans l'étable, uniquement pour s'assurer du fait, serait immédiatement puni de sa témérité.


***
Image : peinture murale à Lucéram
Notre Dame du Bon Coeur - 1485 - Giovanni Baleison
Site :
http://peintures.murales.free.fr/fresques/France/PACA/Alpes_maritimes/Luceram/ND_Bon_Coeur.htm

Les arbres et Noël

Aïe ! j'aurai du vous raconter tout cela un peu avant les fêtes. Mais prise dans la folie des rêves et surtout la fièvre des achats, j'ai complètement oublié... Il n'empêche, conservez précieusement ce message pour la fin de cette année 2009 afin de vérifier au moment voulu les étonnants miracles que l'on peut observer ! Car les arbres participent, comme les animaux et les êtres fantastiques, aux merveilles de la nuit de Noël.

On dit en Haute-Bretagne qu'il y a alors dans chaque buisson de coudrier une branche qui se transforme en rameau d'or. Pour le cueillir, il faut la couper, entre le premier et le dernier son de minuit ; mais celui qui n'y réussit pas disparaît à tout jamais ; cette baguette égale en pouvoir celle des plus grandes fées.
Pendant cette même nuit, saint Joseph et la Vierge sont, avec l'Enfant Jésus, partout où il y a des coudriers, et ils prient pour les âmes du Purgatoire, dont un grand nombre obtiennent alors leur délivrance.Ajouter une image

Suivant une croyance qui semble surtout répandue dans l'est de la France, on peut être témoin à cette époque de floraisons miraculeuses ; dans les Vosges, on était certain, en rentrant après la messe de minuit, de trouver fleurie la branche de cerisier qu'on avait mise, avant d'y aller, dans un vase rempli d'eau.
En Franche Comté, la jeune fille qui cueille le jour de la Sainte Catherine, trois branches de trois arbres quelconques et les place dans une bouteille d'eau à Noël, les voit fleuries en revenant de la messe de minuit.

D'après les paysannnes des Hautes-Vosges, des Ardennes et du Hainaut, si entre onze heures et minuit de Noël, on coupe une branche d'arbre fruitier, notamment de cerisier, et qu'on la place dans une bouteille d'eau, six semaines ne se passeront pas avant qu'on la voie couverte de fleurs.
On dit à Hamoir, pays de Liège, que la branche coupée à Noël fleurit à la Chandeleur.

De même que les ossements ou la tête des animaux, des fruits d'arbres représentent, pour les croyants, des images divines ou des instruments de la passion.
Un petit clou qui a , dit-on, de l'analogie avec ceux qui ont fixé Jésus sur la croix, se trouve dans la noix, parce que la croix était en noyer.

A Liège, on peut voir, entre les deux jambons de certaines noix un Saint Esprit (en forme de pigeon), et il porte bonheur à celui qui le découvre : parfois on en place sur la tablette des cheminées.
A Valenciennes, la noix qui n'a que trois quartiers est désignée sous le même nom.
En Vendée, les doigts de la Vierge sont marqués sur les graines plates extraites de l'intérieur des pommes de pin.

Dans le Centre, quand en cassant des noix, on trouve, ce qui n'est pas commun, un pigeon dans le tas de noix, on boit un coup, et les garçons malins vont même jusqu'à embrasser leur voisine.


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