mardi 24 novembre 2009

Le chasseur de chamois


Un chasseur de chamois sortit tôt un matin et escalada les montagnes. Parvenu à une haute altitude, il aperçut quelques chamois. À l’instant même où il s’apprêtait à lancer une flèche, un terrible cri, sortit d’une crevasse, l’arrêta dans son élan. En se retournant, il vit un gnome hideux qui le menaçait dangereusement avec sa hache d’arme :

- Pourquoi, s’écria-t-il rageusement, t’attaques-tu depuis si longtemps à mes chamois et ne laisses-tu pas mon troupeau tranquille ? Maintenant, tu vas le payer de ton sang !

Le malheureux chasseur blêmît en entendant ces mots. La peur manqua de le faire tomber dans le vide. Finalement, il reprit ses esprits et dit au gnome :

- Je vous en supplie, pardonnez-moi ! Je ne savais pas que les chamois vous appartenaient et je n’ai pas d’autre moyen de subsistance que la chasse.

- Le gnome se calma et déposa sa hache :

- C’est bon mais que je ne te revoies plus jamais en ces lieux. Je te promets que tu trouveras le septième jour de chaque semaine, tôt le matin, un chamois mort suspendu près de ta maison ; mais prend bien garde d’épargner le reste du troupeau !

Après quoi le gnome disparut et le chasseur retourna pensivement chez lui, peu enjoué à l’idée de mener désormais une vie oisive.

Le septième matin, il trouva, suivant la promesse du gnome, un chamois bien en chair suspendu dans les branches d’un arbre devant sa maison et il s’en régala. La semaine suivante, il en fût de même, et ce manège continua pendant quelques mois.

Mais finalement, le chasseur ne put supporter plus longtemps cette inaction ; il décida, quoiqu’il advînt, de retourner à la chasse et de tuer lui-même des chamois plutôt que d’avoir sa nourriture fournie, sans le souvenir de ses efforts pour agrémenter son repas.

Telle fut sa détermination qu’il reprit de nouveau les sentiers des hautes montagnes. Il jeta bientôt son dévolu sur un magnifique chamois mâle.

Le chasseur ajusta son arc et visa sa proie ; il était sur le point de tirer lorsque le gnome surgit devant lui, le saisit par la cheville, et le précipita, la tête la première, dans un précipice.

***

Conte suisse de Thomas Keightley


2 commentaires:

  1. voilà ce que c'est de ne pas tenir compte des menaces

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  2. Hélas, au pays des fées, c'est chose courante, il me semble...
    tout n'est pas toujours aussi rose qu'on le dit ! sinon, on s'ennuierait, non ?
    bisous Éléphant gris

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