jeudi 17 septembre 2009

La Dame du Haut-du-Mont (conte lorrain)


Rosine habitait une ferme au pied du Haut-du-Mont, vers la route de Brantigny. Elle se trouvait être la cadette d'une nombreuse famille.

Obéissante et attentive à l'école, elle faisait la joie et la fierté de ses parents.

Ses pas la conduisaient souvent dans les prés avoisinants et aussi jusqu'en Haut-du-Mont, cette colline de Moselle d'où l'on jouit d'une si belle vue sur la vallée, à l'est, et sur l'autre versant, sur les villages de Florémont et de Rugney, à l'ouest.

C'était un jour de printemps aux approches de la Fête-Dieu.

La fillette se promenait parmi les chemins de vignes qui montent à l'assaut du sommet de la colline. Ramassant des marguerites et des bleuets, elle en formait peu à peu un gros bouquet qu'elle comptait ramener à sa maman.

Bientôt, elle arriva près de la pierre dressée, monument qui constitue le signal de Charmes.

Imperceptiblement, il lui sembla ouïr quelque bruissement dans les noisetiers banjoindant le chemin de faîte.

C'était étrange, pas de vent dans cet air calme de mai...

Voilà qu'une silhouette sombre se dégage des frondaisons et apparaît nettement devant les yeux de Rosine. Médusée, elle en laisse choir son bouquet à terre...

Une vieille femme, courbée, tout en pauvre habits, de noir vêtue, jusqu'au fichu noir de dentelle de laine crochetée... Cette aïeule portait un lourd fagot de bois sec sur les épaules. A chaque pas, elle trébuchait.

- Mon enfant, implora-t-elle, s'adressant à la fillette, voulez-vous bien m'aider à porter ce faix, je n'en puis plus !

- Si fait, bonne grand-mère, dit la généreuse enfant, tandis qu'elle était sur le point de prendre le lourd fardeau, que celui-ci s'évanouit, et à la place de la vieille dame pliant sous les ans, apparut une jeune femme radieuse de vénusté et de vivacité.

- Mon enfant, dit la fée - c'en est une - j'ai voulu éprouver votre coeur ; je sais maintenant que vous êtes une âme généreuse et droite. Je tiens à vous faire un présent.

Elle tira de dessous sa crinoline damassée une petite boîte, toute brillante de tons grenat et rose.

- Vous serez heureuse avec elle, mais à une condition cependant : que vous la mainteniez fermée sans jamais l'ouvrir. Votre bonheur est à ce prix !

Remettant le précieux coffret à Rosine, elle disparut de sa vue.

N'en croyant pas ses yeux, la chère enfant se pinça ; heureusement la boîte précieuse matérialisa la preuve de ce qu'elle venait de vivre en quelques instants fugaces...

Serrant le cadeau inouï sur son coeur, elle se mit à courir, à dégringoler le sentier abrupt le long des plants d'Oberlin, à longer la sapinière en haletant, pour arriver hors d'haleine et épuisée à la maison paternelle...

A ce moment de la journée, le logis était momentanément vide de ses habitants. Les fenêtres ouvertes donnant sur le Haut-du-Mont laissaient entrer le soleil généreux et chaud. Les fauvettes et les mésanges pépiaient tout autour.

L'heureux récipiendaire déposa délicatement son présent sur la table de la salle à manger. Les baies ouvertes à l'air du dehors, parfumées des exhalaisons printanières, elle se mit à contempler la cassette.

De la longueur d'une main, cet appareil rectangulaire garni d'émail grenat et d'entrelacs de nacre aux irisations de roses, selon qu'on la regardât de telle ou telle façon, laissait deviner des silhouettes de flamants en vol, ou bien de roses trémières en épanouissement...

De cette boîte au toucher de velours, émanaient des parfums d'une exquise délicatesse, évanescente ou persistante, selon. Une fente très discrète, courant sur le pourtour supérieur, se confondant avec le profil d'un dessin, laissait deviner la présence d'un couvercle...

Suivant du doigt ce tracé, Rosine sentit une légère protubérance. Il s'agissait d'un bouton secret. Pour que la boîte enchantée s'ouvrît, il eût fallu tout simplement exercer une pression à l'endroit de la tentation !

Ses douze ans et sa candeur aidant, la fillette ne tint plus devant la sollicitation de la Connaissance...

Après avoir tourné moult fois autour de la table, réceptacle du secret, oubliant la promesse faite, et se détournant de la Sagesse, elle pressa l'endroit fatal... un couvercle joua alors sur un ressort invisible, émettant une musique légère et indicible par sa finesse...

Lorsqu'il se trouva à la perpendiculaire de la boîte, un papillon bleu, couleur du Temps, s'échappa, et monta, monta dans l'azur de ce printemps radieux, pour bientôt se fondre dans la nue...

***

Ce conte a été raconté de nombreuses fois dans les années 40,
par Madame Eugénie Gasse, née Lendormy (1907-1985)
aux enfants qui l'écoutaient émerveillés !


4 commentaires:

  1. Joli conte ! Les fées oublient que la curiosité chez les humains est un sentiment trop fort pour être contenu !! Ah la la...

    J'espère que tu vas bien ma gentille Mélusine, je pense très fort à toi même si je me fais discrète.

    Gros bisous et passe une délicieuse journée

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  2. Tu le dis si bien, chère Aniélys... les humains sont d'infatigables curieux !!
    Un peu de blues et des envies à ne rien faire en ce moment, c'est pourquoi je passe une petite semaine chez Aby...
    Bisous ma chère fée

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  3. Je voulais rajouter un commentaire sur le conte mais je ne parviens pas à
    entendre les chiffres.

    "La Lorraine est tellement pleine de contes. Fées et sorcières, diables et
    diablotins partout cachés. Merci en tout cas pour celui-ci qui comme tous
    les contes est porteur de leçons..."

    Amicalement
    Solange
    mon nouveau blog : http://a-l-est-un-peu-de-nouveau.over-blog.com/

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  4. Solange... Comme tu as pu le remarquer, j'ai fait un copié collé de ton message adressé en privé et rajoute ton site !!
    je ne comprends pas que tu n'aie spu laisser directement un com... peut-être un bug momentané de blogspot ? possible
    Bisous tout plein

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