mercredi 3 juin 2009

Les arbres aux secrets

Dans des parallèles de la légende de Midas, les arbres restent discrets jusqu'au moment où leurs branches ont été transformées en instruments de musique. Un roi breton, Gwiwarc'h avait fait jurer à son barbier, sous peine de mort, de ne révéler à personne que ses oreilles ressemblaient à celles d'un cheval. Le barbier auquel le secret pesait alla le confier à une touffe de sureau qui croissait sur un talus ; l'été suivant, un joueur de biniou en coupa une branche pour en faire une anche ; dès qu'il y eut soufflé, le biniou se mit à répéter :

Ar roué Gwiwarc'h
En deuz diou scouarn marc'h
Le roi Gwiwarc'h
A deux oreilles de cheval

Dans une autre version, un des barbiers de ce roi ayant été mis à mort après son indiscrétion, un sureau poussa sur sa tombe, et un sonneur en ayant cassé une branche pour réparer son instrument, le biniou se mit à jouer le distique révélateur ; d'après une variante, le roi vint à une noce où le biniou faisait entendre ces sons, et menaça de mort le sonneur ; celui-ci lui tendit l'instrument, qui dès que le roi eut soufflé, répéta : "Le roi Gwiwarc'h a des oreilles de cheval".

Dans un conte wallon, un frêne croît sur la tombe d'une sœur assassinée par son frère pour lui prendre la fleur merveilleuse qu'elle a réussi à cueillir ; longtemps après, un berger se fait avec un rameau de cet arbre un sifflet, qui en passant de main en main, nomme le meurtrier.

L'arbre d'un conte de la Nièvre ne révèle pas le secret qui lui a été confié, parce qu'il est en réalité une sorte de canal destiné à le transmettre en lieu sûr : le héros doit être changé en pierre s'il parle de celui qu'il a surpris ; il est sur le point de le laisser échapper lorsqu'il apprend qu'il peut éviter la métamorphose, si après avoir mangé une orange et fait un trou dans un tronc d'arbre, il y applique ses lèvres et y murmure tout bas ce qu'il a entendu dire ; les paroles suivront le tronc, descendront par les racines est e perdront dans la rivière.

Un fruit à la mimique révélatrice figure dans un conte gascon ; c'est la Pomme qui danse, rouge comme un coquelicot ; elle découvre la méchante femme qui a ordonné de jeter à la mer deux orphelins, en se mettant à danser, danser, jusqu'à ce qu'elle se pose, sans plus bouger, sur la tête du coupable.
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Photo : Aby

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