mercredi 15 avril 2009

La foire des Fées

On disait que les fées avaient coutume de tenir une foire dans la cité de Limes (Seine-Maritime) ; là, elles excitaient la convoitise des assistants par l'offre des marchandises merveilleuses que recèlent leurs trésors magiques : c'étaient des plantes surnaturelles, guérissant les maladies de l'âme aussi bien que les blessures du corps ; des parfums qui rendent la jeunesse immortelle ; des fleurs qui chantent pour charmer les ennuis du coeur ; des pierres précieuses, dont chacune est douée d'une vertu particulière : le grenat, qui fait braver tous les dangers et préserve de tous les malheurs ; le saphir, qui rend chaste et pur ; l'onyx, qui donne santé et beauté et fait revoir, en songe, l'ami absent ; puis des pierres antiques qu'une main inconnue a gravées, et dont chaque image est un talisman de bonheur et de gloire ; des armes invincibles ; des miroirs magiques où se lit l'avenir, où se dévoilent les plus intimes secrets de l'âme ; des oiseaux devins, comme dans le Caladrius qui s'empare de la maladie avec un regard ; de beaux oiseaux parleurs, de la même famille que le perroquet de la reine de Saba, qui débitent les leçons d'une philosophie si simple et si persuasive, que les oeuvres les plus sublimes des grands génies parmi les hommes n'ont jamais rien enseigné de semblable !

Ajoutez à ces précieuses merveilles tout le léger bagage des toilettes féeriques : de magnifiques écrins où brillent, au lieu de diamants, et avec de feux mille fois plus étincelants et plus limpides, des gouttes de rosée que l'art des fées a su cristalliser ; une collection de petites ailes de fées, souples et flexibles, parées d'une mosaïque à mille couleurs, pour laquelle ont été dépouillés les plus jolis insectes de la création ; des tuniques aériennes, tissées de ces filandres cotonneuses qui voltigent dans les airs, où s'étendent sur les prairies, durant les belles journées d'automne ; de mignonnes aigrettes formées de ses globes duveteux qu'un souffle éparpille ; de folâtres écharpes que l'arc-en-ciel a teintes ; en un mot, tous les présents coquets de la nature, mis en oeuvre avec de prodigieuses délicatesses de travail et d 'art : tel est, en partie, l'inventaire de ce bazar féerique que l'imagination de nos lecteurs peut nous aider à compléter.

Moins splendide encore que notre description ne l'a fait, il l'était trop cependant pour ne pas exciter l'envie, dans un siècle où le désir était naïf encore et l'espérence crédule. D'ailleurs, les plus séduisantes insinuations invitaient chacun à fixer son choix.
Mais, hélas ! il semble que toujours l'homme soit sacrilège en se saisissant du plus fragile bonheur ! Fasciné ou vaincu, quelqu'un des assistants avançait-il la main pour s'emparer de l'objet désiré, le perfide courroux des fées ne faisait point attendre sa vengeance : elles précipitaient du haut de la falaise le malheureux qu'elles avaient séduit !


***
Amélie Bosquet
La Normandie romanesque et merveilleuse, 1845.

***

7 commentaires:

  1. voilà une bien belle légende et tend de chose a lire mais je les lu jusqu'au bout et je doit dire que c'est trés beau mais triste a la fois lorsque l'on peut voir se sacrifisse de ses petites fée et ou autre petit personnage féerique.bonne fin d'aprés midi à toi bisous.

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  2. C'est passionnant ! ...

    Très touchée Sevmélusine de ce que tu as écrit chez moi, je t'y répondrai d'ailleurs ...

    J'ai aussi le plaisir de t'ajouter à mes liens pour mieux te visiter et te connaître ...

    à bientôt !

    Servanne

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  3. malgré de si jolies légendes
    l'homme n'en a rien retenu
    puisqu'il continue toujours à sacrifier la nature pour son plaisir

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  4. " (...) des miroirs magiques où se lit l'avenir, où se dévoilent les plus intimes secrets de l'âme ; des oiseaux devins, comme dans le Caladrius qui s'empare de la maladie avec un regard " ... mais les Fées n'aiment pas qu'on leur dérobe le moindre de leurs bien... la convoitise est une faute toujours lourdement payée... Quelle poésie "intuitive" chez cette conteuse normande de 1945 ! Bises & Amitié à toi, à vous deux, chère Mélusine !!! Pas eu d' visite d'Aby, hélàs...

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  5. Muriel... Dommage que les fées vendent un peu de leur secret, mais dommage aussi que les hommes soient avides à ce point de richesses dont ils n'apprécient que peu cet or du bout des doigts...
    Bisous

    Servanne... je suis sincère : Tes mots sont si joliment dits que je fais pâle figure parmi ce pays des rêves... A bientôt

    Elephant gris... Ah ! le monde des hommes existe encore ? non, c'est aps nous, ça !! Snif...

    Dourvac'h... 1845 ! Oui, oui : 1845et pas 1945 ! la poésie était déjà au rendez-vous...
    Ah ! je vais tirer le soreilels d'Aby ! Il faut dire que ces derniers jours, on a encore plein de choses à voir avec la grand-mère : se partager tout son appartement, se raconter les histoires de famille tout en le faisant, pour que cela nous soit moins dur ! Déménager, rendre propre... Nous serons certainement au rendez-vous début mai... En attendant, plein de bises à tous !!

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  6. Tout ceci est bien intéressant et bien magique! Je veux bien me ballader dans cette foire un de ces quatre...

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  7. Alors fais attention Arwen, les foires commencent un peu partout en France... peut-être que si tu ouvres bien tes yeux, tu trouveras quelque fée qui t'ouvrira son palais...
    Merci pour ta visite ! C'est tout aussi merveilleux chez toi et d'ailleurs, je n'ai pas manqué de te mettre déjà dans mes liens
    Bisous

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