La Tisanière n'est pas très grande, mais belle ; c'est d'abord un parfum, une claire impression de fraîcheur et de bonté qui émane d'une ombre rassurante. Son physique n'est pas bien défini, ni très caractéristique. Elle ressemble à une grand-mère, une voisine, une vieille tante qu'on a aimé autrefois et dont in retrouve certains détails ; un long nez, une joue ridée, un coin de baiser piquant ou un regard tout plissé de malices autour des paupières et qui vers nous se penchait pour écouter, consoler et soigner le bobo.
D'autres l'ont vue sorcière, crochue-bossue, les yeux louches sous des sourcils chenilleux, le menton en galoche, le nez penché en avant flairant au ras des champignons les herbes méchantes, la bouche ricanante de mal-faire ; avec une longue queue traînant derrière de sales cotrons. Les jambes maigres comme des branches d'épine, les cheveux gris ébouriffés de ronces.
On l'a vue longtemps en cueilleuse de simples, courbée par l'âge, le regard de tisane, et le chignon posé haut pareil à un bolet sur un coussin de mousse.
Elle porte à l'origine la robe verte des Dames Sages, la traîne des frondaisons royales, mais on se souvient plutôt d'une sobre garde-robe : un col blanc orné d'une broche dont le dessin des myosotis fut les premières joies des cueillettes enfantines, un tablier lustré douillet, un châle entrelacé de fleurs où se perdaient des oiseaux de paradis qu'on entendait chanter avant de s'endormir. Ou bien d'étranges oripeaux noirs, râpés et voilés de toiles d'araignée. Ou vêtue de flanelle grise, chargée de sacs en grosse toile bourrés d'herbes odorantes et de feuillages.
Elle habite un peu partout dans le monde, dans des cabanes ou des chaumières enfouies sous des flots de lierre et de polygonacée. Au cœur d'un intérieur envahi de brassées, de bouquets, de jonchées de mille herbes qui sèchent au grenier, pendent aux poutres, infusent dans des pots, se distillent au fond des alambics. Et sur le poêle ventru, ou dans la marmite de l'être, chantent et fumaillent des vapeurs d'encens, des soupirs de bouilloires, des murmures de théières.
Elle se nourrit de tisanes, infusions, thés, décoctions, bouillons, macarons et petite gouttes d’eau-de-vie.
De leurs secrets, elles ont laissé le savoir des plantes guérissantes.
Elles ont légué le bon usage des plantes médicinales, l'art de la préparation des plantes, des infusions, des macérations, des décoctions, des recettes de vin d'angélique.