mardi 26 août 2008

L'Ondine du Plan de la Garde (Var)

J'ai vu en 1858, dans la plaine de la Garde, un grand garçon de vingt ans qui venait d'être gravement malade à la suite de méfaits dont il avait été l'objet de la part des esprits des eaux.
Voici comment il racontait son aventure :
Un soir qu'il rentrait chez ses parents fermiers dans une campagne située près des Quatre-Chemins, il passait à travers champs pour arriver plus vite, parce qu'il s'était attardé à jouer et à boire au cabaret. Tout à coup, il vit sur le bord d'un ruisseau d'arrosage, une jeune fille qui lui parut extrêmement jolie, et qui était occupée à peigner ses cheveux, admirablement beaux d'ailleurs.
Le jeune godelureau, alléché par les attraits qu'il découvrait, s'approcha de la jeune fille pour lui dire quelques mots aimables ; il fut répondu aimablement à ses paroles. S'enhardissant alors, il voulut passer des paroles aux actes. mais la jeune fille se mit à fuir, le galant la poursuivit ; ils allaient ainsi à travers champs, folâtrant plutôt qu'ils en couraient, car la fillette s'arrêtait dès qu'elle avait un peu trop d'avance sur son amoureux, se contentant de lui glisser entre les doigts lorsqu'elle était serrée de trop près.
Or, tout à coup, le jeune homme glisse et tombe dans une pouzzaraque, sorte de mare, qu'il n'avait pas vue. Aussitôt, la jeune fille, qui n'était autre chose qu'une masque, poussa un ricanement diabolique et disparut. Le malheureux passa toute la nuit à déchirer ses ongles contre la paroi glissante des bords de la pouzzaraque, au grand risque de se noyer ; ce n'est que par un hasard providentiel, après s'être recommandé à tous les saints qui étaient venus à son esprit, qu'un jardinier l'aperçut, au point du jour, dans sa dangereuse position. Il fut sauvé par ce jardinier, mais une longue nuit passée dans l'eau glacée lui avait donné une fluxion de poitrine, dont il faillit mourir.

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Laurent, Jean-Baptiste Béranger-Féraud
Superstitions et survivances, 1896.

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Le terme" ondine" qui appartient à la mythologie germano-scandinave, n'était pas employée en France.
Par contre, celui de "masque" regroupait jadis, en Provence, nombre d'êtres surnaturels ou diaboliques (sorcières, revenants, fées...)




La Vieille des Vosges

Aussi méchante que laide, la Vieille des Vosges régnait jadis sur les trois derniers jours de mars. Mais, ce temps lui semblant trop court pour répandre ses pouvoirs néfastes sur la végétation, elle s'empara des trois premiers jours d'Avril, qui n'osa les lui refuser.

Ravie, la Vieille s'écria : "Avec les trois que j'ai, et trois que me prête Avril, je gélerai le merle sur son nid".
C'est ainsi que la mauvaise Vieille répandit désormais gel et frimas sur la campagne, six jours durant.


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Image : Ian Daniels

L'Encantada et les Fées lumineuses

Lorsque meurt le jour, la nuit s'illumine. Les étoiles, les lucioles, les vers luisants sont les fleurs de mai de la haie endormie. Le chemin perdu par les ténèbres a besoin de phosphorescence pour se guider dans le noir à travers bois et landes. Il faut au creux de l'arbre les yeux ronds d'un hibou pour donner un regard à sa vieille tête tétarde. Il faut une aire de lune aux métamorphoses des grenouilles... Il y a plus de rêves de lumière dans le secret de la nuit que dans l'évidende clarté du jour. Chaque lumerotte est une lueur pensée, une braise d'aurore entretenue par un veilleur attentif et nocturne que son haleine ravive à l'heure où il s'efface - un allumeur de champignons et berger de chandelles. Par-dessous la flore miniature, sa mèche de lampion va d'une tigelle à l'autre, éclairer les campanules, enflammer la feuille d'un éclat de vitrail, et, de loin en loin, baliser de lanternes, l'itinéraire des processions noctuales....

C'est l'heure des hantises et des Fées de la nuit qui, aux orbes d'argent des fontaines, accourent s'habiller.

De toutes ces manifestations des "Fées lumineuses", celle de l'Encantada est selon l'avis des "rêveurs de lumière" la "plus bouleversante depuis les plus lointains jadis"...

Autrefois, en Espagne, les enfants quittaient le village à la brume du soir et gravissaient un sentier forestier jusqu'aux pierres sacrées, admirer l'apparition de la vieille Encantada. Ils s"asseyaient en cercle devant l'entrée de la grotte et attendaient qu'elle paraisse. D'abord, on voyait le fond obscur de la cave tapissé de lierre et de liserons se colorer d'une "teinte de rose et d'aurore... de la fine clarté que prend le ciel aux prémices de l'aube", et une voix douce chantant des paroles mystérieuses parvenant de très loin s'approchait à mesure que s'intensifiaient les rayonnements. Toutes les variations de l'arc-en-ciel jouaient sur les parois tantôt rouges ou vertes, bleues, indigo, violacées, puis "une lumière, plus blanche que blanche absorbait toutes les couleurs et rayonnait sur la caverne ainsi qu'au-delà de ses environs". Les arbres, l'herbe, les branches sombres des sapins se décoloraient en étincelant comme neige au soleil... "Tout devenait transparent, même la roche, même les vêtements et les corps de ceux qui attendaient. Tous les regards cherchaient dans cette lumière l'endroit précis d'où allait naître l'Encantada, car, c'est du coeur et cet éclat qu'allaient s'épanouir les formes de la Fée. Chacun retenait sa respiration et, dès que son visage se dessinait au milieu des étoiles, chaque poitrine laissait échapper un souffle de ravissement".

Le spectacle ne durait pas longtemps et ne changeait jamais. L'Encantada regardait le parterre sans le voir, souriait aux anges, s'asseyait et avec des gestes lents coiffait silencieusement sa longue chevelure de nébuleuse. Personne n'osait parler, ni chuchoter. Engourdis par le charme des éblouissances, les yeux écarquillés, bouche bée, les enfants restaient là jusqu'à ce qu'au dernier coup de peigne un premier rayon s'éteigne. Elle ramasait les jonchures de ses mèches autour d'elle ; les regroupait en échevaux pendant qu'imperceptiblement pâlissaient ses contours. Enfin, une fois son peigne enfoui dans les replis de sa robe, elle se levait, souriait à nouveau aux anges et, soufflant sa propre image, disparaisssait tout à coup.

Quand, encore tout frissonnants d'émotion, les enfants redescendaient dans le noir, il en manquait toujours un.

Les fées lumineuses

On peut difficilement les décrire tant l'éblouissement est grand. D'abord d'une étincelle, elles grandissent suivant l'ardeur de la flamme.
Belles comme le jour, le soleil, la lune et les étoiles. Belles comme l'aurore boréale et l'arc-en-ciel, la neige au couchant et la mer enflammée, elle sont vêtues de robes de lumière, de colliers d'or et d'ambre.

Dans l'Aude à Ginoles, commune de Couiza, les fées de lumière descendaient de leur colline pour faire leur lessive à la rivière avec des battoirs d'or. Les plus grandes félicités étaient assurées à qui parvenait à leur dérober un linge, mais ce n'était pas chose aisée car souvent le bras du voleur se brisait comme du verre.

Elles vivent dans des palais de lumière tout au fond de grottes sacrées et on les retouve surtout en Espagne et en France, dans l'Aude, la Haute-Garonne et le Roussillon. Par contre, elles ont aujourd'hui disparu de l'Ariège.

On ne connaît rien du sort des enfants que parfois elles enlèvent : "L'Encantada consomme la perle d'alamande et la repousse des pharaglines" disent Les Chroniques, ce qui ne nous renseigne guère sur leur nourriture.

Quand le bien et le mal étaient en guerre, certains Esprits ne voulaient prendre parti ni pour l'un ni pour l'autre. Après sa victoire, Dieu garda avec lui les bons anges dans le ciel, précipitant les démons en enfer, et pour punir les Esprits qui avaient gardé la neutralité, il les exila sur terre où ils doivent se purifier par de fréquentes ablutions. Ces Fées moitié anges et moitié démons sont des Incantadès. Ces génies font le bien, jamais le mal. Si l'on n'en voit plus guère, c'est que la plupart, étant purifiés, ont pu regagner les cieux.

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