mardi 19 août 2008

Esprits musiciens

Le bruit du vent dans les arbres qui produit parfois des harmonies si curieuses et si impressionnantes, surtout s'il s'y mêle le son de quelque instrument lointain, a donné naissance à des légendes.

On a autrefois entendu, après le crépuscule, les sons d'une lyre dans les bois qui avoisinent Cithers. Il faut se hâter de fuir, en se bouchant les oreilles, du côté opposé à celui où retentissent les magiques accords ; autrement on se sent entraîné à sa suite par une force irrésistible. Ceux qui n'ont pu se soustraire à ce charme puissant ont eu les visions les plus étranges : la mousse de la forêt se couvrait de fleurs étincelantes comme des diamants ; du sein des arbres, aux branches d'or et d 'argent, sortaient des femmes nues d'une grande beauté, et partout dans les airs, on entendait l'invisible lyre. Mais toutes ces merveilles étaient insaisissables. Le prestige ne s'évanouissait qu'aux premiers rayons du jour ; alors des rires moqueurs succédaient aux mélodieux chants de la nuit, et celui qui s'était laissé prendre était tout étonné de se trouver au milieu d'une mare ou parmi les ronces.

Un revenant qui, il y a une centaine d'années, habitait les bois communaux de la Motte, jouait de la flûte et sonnait du cor. On disait aussi qu'au sabbat, il dirigeait l'orchestre infernal. C'est surtout dans la nuit du vendredi au samedi que se faisait entendre ce concert mystérieux. Dès les premiers accords, vers minuit, chacun sortait de chez soi pour écouter ; mais on se gardait bien d'approcher du terrier.

Dans la forêt de Long-Boël (Seine-Inférieure), quand le vent souffle mélodieusement dans la ramée, on s'imagine ouïr le cor des anciens verdiers dont les âmes la hantent.

Une belle dame blanche fait retentir des sons de son olifant, les échos de la forêt de Serre, près de Dôle ; il en est toutefois qui en font une naine, vieille, ridée, malicieuse, marchant comme une sorcière courbée sur son bâton de coudrier.

Le pays et la capitale du roi des Poissons

Le roi des Poissons qui, dans les contes populaires, parle comme une personne, semble un homme métamorphosé ou un génie ; les poissons ont un pays où se voit même une capitale bâtie sous les flots, dans un monde indéterminé de la féerie.

Un pêcheur de la Manche, qui avait rendu service au roi des Poissons reçoit de lui une liqueur magique grâce à laquelle, lors d'un naufrage, il descend sous les eaux sans se noyer, et arrive dans la capitale du roi, si somptueuse que les rues sont pavées d'or, de pierreries et de diamants ; lorsqu'il s'y ennuie, un thon le rapporte sur son dos jusqu'auprès de son village.

***
Le " Roi des poissons ", du peintre Delice, ( Huile sur toile)
est un clin d'œil à Agwé, Lwa populaire parmi les pêcheurs et les marins.
Il aime la mer (bleue) le vert et le rose.


Le possédé se jette dans une rivière lorsqu'il est "chevauché par lui".
Il est un mulâtre au teint clair. Mais il est aussi la caricature des nantis…qui sont un peu les rois dans le marécage haïtien, ou des gouvernants corrompus.


Les Kouricans ou Korrigans de la presqu'île guérandaise

Ce nom de Kourican n'est qu'une forme dialectale de Korrigan, terme qui désigne, outre des nains terrestres, de mystérieux petits personnages qui habitaient aussi des cavernes, à l'extrémité du Finistère et sur le littoral de la partie bretonnante des Côtes-du-Nord.

Des Kouricans qui résidaient dans une des grottes de Batz, passaient pour fort riches ; un homme qui voulait prendre une partie de leurs trésors s'y rendit à minuit, mais ébloui par l'or, il s'attarda tellement que les nains le surprirent, et il n'a pas reparu depuis.

Les Korrigans de la grotte de la Govelle y gardaient un trésor qui s'enrichissait des débris des naufrages, comme celui des nains qui figurent dans un récit de la presqu'île guérandaise, fort long, très arrangé et d'une forme prolixe et romantique ; il ne semble pas toutefois inventé de toutes pièces, et la tradition a vraisemblablement fourni à l'auteur un certain nombre de traits que l'on peut considérer comme populaires, puisqu'on les retrouve dans d'autres légendes qui lui étaient probablement inconnues.


Une mendiante, repoussée de partout et traitée de sorcière, finit par trouver l'hospitalité chez un paludier ; pour le remercier, elle lui remit une petite clé toute rouillée en lui disant d'aller, la nuit suivante, à la grotte des Korrigans de la falaise près de Trégaté, de frapper avec la clé, le rocher qui est au fond et qui s'ouvrirait aussitôt, laissant voir un trésor immense ; mais elle lui recommanda d'en sortir avant l'aurore, et elle lui donna aussi un anneau qui devait le rendre invisible. Le paludier arriva à la grotte, la nuit suivante, et il entendit le bruit de l'or et de l'argent que l'on remuait. Il présenta sa clé au rocher, qui tourna sur lui-même, et il pénétra dans une salle immense où brillaient partout l'or et les pierreries.
Une multitude de petits hommes noirs, aux pieds de bouc, à la tête cornue, s'agitait dans le palais, où le roi assis sur son trône, faisait l'inventaire de ses trésors ; dans un énorme coffre étaient toutes les richesses des navires que les Korrigans avaient fait s'échouer à la côte depuis un an.
Le paludier remplit son sac d'or et de diamants, et sortit en regrettant de ne pouvoir en emporter davantage. Il alla cacher son butin dans un menhir qui s'ouvrit au contact de sa clé, puis il retourna à la grotte dont la porte lui livra encore passage. Il puisa de nouveau dans le grand coffre, mais quand il présenta sa clé au rocher, il ne tourna plus sur lui-même ; il faisait jour et comme son anneau avait perdu sa vertu, il cessa d'être invisible, et il fut aperçu par les Korrigans qui l'amenèrent à leur roi. Celui-ci ordonna de l'ensevelir dans l'or qu'il avait si fort convoité, et sa sentence allait être exécutée, lorsque parut la mendiante, qui se changea en une belle princesse, devant laquelle s'inclinèrent les Korrigans.
Elle dit au paludier qu'elle avait voulu l'éprouver et que, pour avoir été trop cupide, les richesses qu'il avait emportées la première fois resteraient éternellement cachées dans le menhir. Mais elle lui fit présent d'un petit plat d'étain qui, trois fois par jour, se remplirent des mets qu'il souhaiterait.


Nains habitants des grottes de la Bretagne du Sud

On rencontre sur l'Océan, entre la Loire et la Vilaine, un groupe de cavernes, moins bien enquêtées que celles de la Manche, mais dont les noms supposent des légendes ; quelques-unes ont d'ailleurs été recueillies.

Certaines de ces excavations se prolongent aussi fort loin sous les terres :

- La grotte du Chat à Piriac s'appelle ainsi parce qu'un chat qui y avait été jeté et ne pouvait en sortir à cause de la mer qui en fermait l'entrée, reparut près d'un village, à près d'une lieue de là.
- Un souterrain qui partait d'une grotte de Batz, allait jusqu'à Guérande.
Ces cavernes n'étaient pas la résidence des fées, mais celle de petits êtres apparentés aux Fions et aux Jetins de la Manche.

Une grotte près du Croisic, dont la mer ne cesse de baigner l'entrée, se nomme, disait Richier en 1823, le Trou du Kourican : elle était, assure-t-on, habitée autrefois par des pygmées.

La plus grande partie des grottes de Painchâteau a servi d'habitation à ces petits hommes, et c'est une opinion vulgaire reçue dans le pays qui affirme qu'il a existé jadis sur la côte une tribu de nains appelés Kouricans (Korrigans), qui faisaient leur demeure dans des rochers.


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