mercredi 23 juillet 2008

Lutins en conflit avec des géants

Suivant un récit qui figure dans une relation de voyage écrite par deux poètes, et qui se ressent de l'influence romantique mise à la mode par Souvestre, les nains qui habitaient la grotte des Korrigans, dans l'anse de Dinant, auraient été des génies bienveillants, luttant pour protéger les hommes, avec d'affreux géants du voisinage, qui représentent en quelque sorte l'esprit du mal.

Voici, avec de légères suppressions, le récit du Tro-Breiz.

Ces Korrigans formaient une peuplade de nains velus, et à la même époque d'énormes géants résidaient au Château de Dinant. Ceux-ci, méchants et féroces, faisaient de grands ravages sur la côte. Ils s'emparaient pour leur repas des boeufs et des moutons d'alentour, ils ravissaient les vaisseaux qui s'aventuraient près de leur repaire, les écrasaient entre le pouce et l'index, comme on casse une noisette, et ne faisaient qu'une bouchée des matelots.

Les nains, au contraire, étaient aussi bons que leurs voisins étaient mauvais et ils rendaient service aux hommes en toute occasion. Ils jouèrent plus d'un tour aux géants pour soustraire les paysans à leur férocité ; aussi les hôtes du château conçurent-ils contre eux une haine profonde.

Les Korrigans étant toujours sur leurs gardes, les géants creusèrent secrètement une sorte de tunnel pour pénétrer dans la grotte et surprendre leurs ennemis pendant leur sommeil. Ils donnèrent les derniers coups de pioche comme deux heures sonnaient à l'église du bourg, et ils se ruèrent dans la caverne ; mais ils la trouvèrent déserte et virent seulement un grand feu allumé à l'entrée. Ils voulurent rebrousser chemin ; mais les lutins avaient bouché l'unique isue en provoquant un éboulement de pierres.

Les géants moururent asphyxiés, et les larges roches aujourd'hui couchées sur les sables sont les géants pétrifiés dans leur dernier sommeil.

Plus tard, les Korrigans, voyant que les hommes payaient par de l'ingratitude les services qu'ils leur rendaient, quittèrent le pays.


Les herbes d'égarement ou de magie

L'oiseau dont la voix charmeuse fait oublier le temps ne figure plus que dans quelques légendes ; mais on croit encore maintenant que l'on est exposé à rencontrer sous le couvert des forêts une herbe mystérieuse appelée herbe d'oubli ou d'égarement.

Celui qui met le pied sur la "tourmentine" qui pouse dans les bois de la Madeleine, fait et refait cent fois le même trajet, sans pouvoir se reconnaître, tant qu'il n'a pas trouvé la parisette, dont les graines indiquent le chemin à suivre par la direction où elles tombent.

Dans le pays de Besançon, l'homme qui ne peut s'orienter dans une forêt dont il connaît pourtant les sentiers, a marché sur l'herbe à la recule.

L'herbe qui égare est connue dans les bois de Normandie et dans celui de Meudon, à la porte de Paris.

Vers le commencement du 19e siècle des jeunes se perdaient souvent dans un quartier de la forêt de Chûtrin, attirés par des herbes aux charmes desquelles ils ne pouvaient échapper qu'en lisant certaines prières, et ils présumaient que des êtres surnaturels, des fées sans doute, s'en servaient pour les éloigner du lieu de leur assemblée.

Il y avait peut-être aussi des plantes magiques dans la forêt de Chanteloube, où l'on n'osait pénétrer après la nuit close, non seulement à cause des bruits qu'on y entendait, et des apparitions qui s'y montraient, mais encore parce que si l'on allait vers la Fosses du Diable, on était forcé d'y rester jusqu'au point du jour, car on avait beau essayer de s'en éloigner, on revenait toujours sur ses pas.

les forêts ont eu sans doute d'autres herbes merveilleuses ; elles semblent à peu près ignorées de la tradition contemporaine ; pourtant on trouve dans les bois de Saint-Denoual (Côtes-du-Nord) une plante qui pouse seulement dans les chênes creux. Celui qui la mangerait, en ayant à la main une branche de gui et une verveine, aurait la faculté de devenir invisible et de se transporter d'un lieu à un autre.


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