jeudi 10 juillet 2008

La mauve


Au Moyen Age, les Italiens l'appelaient «"omnimorbia", ce qui veut dire "remède à toutes les maladies". Pythagore la recommandait pour les problèmes de ventre, et Pline attribuait à ces fleurs violacées des vertus aphrodisiaques.
Quant à Albert le Grand, il en propose une utilisation bien spécifique, particulièrement utile à nos amies les sorcières :
" Il faut faire un onguent composé de suc de guimauve, de gloire d'oeuf frais, de semence d'une herbe qu'on appelle plantin ou herbe-aux-puces, de chaux en poudre, de suc de raifort. Bien piler et mêler ça ensemble, s'en frotter par tout le corps, ou les mains seulement si l'on ne veut en éprouver le feu qu'en cette partie. Et on laissera sécher cet onguent et on s'oindra derechef jusqu'à 3 fois, et ensuite on pourra hardiment soutenir l'épreuve du feu sans crainte d'être endommagé. "( Grand Albert )

La mauve est aussi l'une des plantes favorites des devins et des sorciers : ils l'utilisent dans des rituels d'exorcisme pour chasser les démons, ainsi que pour formuler des oracles. Les racines de la plante sont mélangées à la terre et à l'eau d'un puit pendant la première heure suivant le crépuscule ; les devins écrivent sur le sol les questions qu'ils souhaitent formuler avec cette substance et déduisent leurs prédictions en observant les différentes colorations données par la pulpe de la plante, d'un brun presque sanglant au vert d'une jeune pousse au printemps.

Offrir un brin de muguet et de la mauve à un couple les poussera à prêter attention l'un à l'autre et à se déclarer leur flamme.

En Irlande, on plante de la mauve près du seuil de la maison pour y inviter la joie de vivre, et en Hongrie la même pratique éloigne les mauvais esprits des étables.

Pour soulager une migraine persistante, en cueillir une feuille avant le lever du soleil et en aspirer la rosée en gardant les paupières fermées.

En herboristerie, calme les douleurs occulaires et surtout les irritations de la gorge (en infusion, avec sauge et serpolet en parts égales).

Salade pour aider à la digestion (en début de repas) : mélanger un pied de chicorée, 10 petits plants de mauve, 20 olives noires et une sauce à la menthe.

Elixir Floral

On élabore un élixir floral avec la fleur cueillie à son apogée : cisaillez chaque corolle de la fleur individuellement en se servant de 2 cristaux de quartz ou de cristal de roche pour couper leur tige.
Placez les fleurs dans une jatte en cristal contenant de l'eau très pure puis, exposez-la aux rayons du soleil pendant 2 ou 3 heures, au moment où celui-ci est à son zénith.
Filtrez et conservez avec une teinture de myrrhe.
On peut le diluer jusqu'à 100 fois son volume.
Cette technique ancienne montre un grand respect pour la plante et permet d'exalter ses vertus par un processus qui la met en résonance avec les 4 éléments : bol de cristal pour la Terre, soleil pour le Feu, Air et Eau comme révélateurs.


Compote de Cormes


Dans la besace de la fée :
- Des fruits blets de sorbier
- du sucre roux en quantité égale (ou à adapter selon le goût)
- la moitié de cette quantité en vin blanc
- un peu de cannelle.

Préparation :
Passez les fruits blets à la moulinette, puis mettez cette purée dans du beurre blondissant,
ajoutez-y le sucre roux et une pincée de cannelle, puis le vin blanc après quelques instants de cuisson.
Laissez réduire à feu doux le plus possible sans laisser prendre de couleur.
Servez chaud sur les tranches de pain seigle, avec une chope de lait chaud et mousseux.

Attention !
Avant de couper le pain en tranches, il est bon de dessiner avec le doigt une croix celtique sur la croute, pour que l'esprit malin du pain se réfugie dans le quignon.

Châteaux construits par les fées

Les fées interviennent dans le choix de l'emplacement, et plus souvent dans la construction des châteaux qui sont remarquables par la beauté du lieu où ils se dressent, la solidité ou l'élégance de leurs murailles.

Celui de Montauban (Ille-et-Vilaine) leur doit son origine : un soir elles vinrent se reposer sur un tertre, qui leur plut tellement qu'elles voulurent y bâtir un château. Aussitôt elles se mirent activement à l'oeuvre, et il ne restait plus qu'une pierre à poser lorsque le coq chanta ; elles s'enfuirent en disant : "Adieu, gentil château, il ne manque qu'une pierre à ton portail, mais sois sans crainte, il ne tombera jamais".


Celles de Pirou, filles d'un seigneur qui était un célèbre magicien, construisirent le château de ce nom, bien avant l'invasion des Normands.



D'autres fées avaient entrepris d'élever la tour de Cesson, près de Saint-Brieuc, mais elles ne l'achevèrent pas ; celle qui avait la direction des travaux aperçut une pie crevée.
- Pourquoi cet oiseau ne bouge-t-il plus ? demanda t-elle.
- C'est qu'il est mort, lui répondit-on.
- Ah ! puisqu'on meurt, s'écria la fée, cessons !
C'est l'origine du nom que porte cette tour.


***
Photos prises sur le net

Légende secrète de la marguerite

Il était une fois une jeune fille qui habitait avec sa grand-mère, une maisonnette, dans une forêt à la périphérie d’un village, près d’une rivière.
Elle s’appelait Marguerite. Elle était bien triste car elle s’imaginait être laide et ne jamais pouvoir conquérir le cœur d’un garçon qu’elle aimait.
Alors elle pensa se confesser à une bonne et belle fée qui régnait sur la rivière.
La fille la pria de lui donner un peu de sa beauté. Après avoir écouté toute son histoire, la fée dit à Marguerite qu’elle se trompait car, certes, le garçon de ses rêves avait mille raisons pour l’admirer.
Mais la fille ne voulait pas y croire. Comme la fée ne put accomplir son désir, elle la transforma en une fleur toute pareille à la fille délicate, avec des pétales blancs comme sa peau et le centre jaune comme avaient été ses cheveux.
La fée lui donna même un nom : MARGUERITE.
L’année suivante les jeunes gens du village virent le long de la rivière, des champs de marguerites.
Le garçon que Marguerite avait aimé, les apprécia tellement qu’il en planta quelques unes dans son jardin, sans savoir qu’elles étaient nées de l’amour d’une fille pour lui.
Il est possible que la fée ait eu raison de dire que le garçon aurait aimé Marguerite...
Depuis, garçons et filles rompent un à un les pétales d’une marguerite pour savoir si leur amour est partagé : ... il m’aime... il ne m’aime pas... elle m’aime...


***

Lutins divers

Autrefois à Cosnay, dans les Ardennes, les femmes qui lavaient au ruisseau des Goulets, dans le fond d'un bois, ne voyaient ni n'entendaient rien d'extraordinaire lorsqu'elles étaient en grand nombre ; mais n'étaient-elles que trois ou quatre, elles entendaient, à peine arrivées, des cris étranges, et, plus particulièrement ces mots :"O Couzzietti ! O Moule de Coutteni !"
puis les cris se rapprochaient, les arbres tremblaient, les branches s'agitaient et se cassaient, et enfin les laveuses apercevaient dans les éclaircies de tout petits nains grimaçants qui s'approchaient par bonds du ruisseau. Affolées, elles s'en allaient au village, abandonnant le linge, et lorsqu'elles revenaient en grand nombre, les gnomes ainsi que le linge avaient disparu. Il y a deux cents ans environ, une cuisinière, qui venait d'officier à une noce, traversait à la nuit close le bois de Noyers. Tout à coup, à une clairière, elle vit plus de soixante felteus, rangés en trois cercles concentriques autour d'un grand feu. Le plus large était composé des palefreniers brossant, étrillant, nattant la crinière des plus beaux chevaux du pays ; ceux-ci se laissaient faire, car ils plongeaient jusqu'aux yeux leurs mâchoires dans des musettes remplies d'avoine. Dans le second cercle des violoneux jouaient les airs les plus suaves en battant une mesure désordonnée. Le cercle le plus rapproché du feu était formé par les marmitons, occupés à plumer les volailles, à peler les légumes que la cuisinière reconnut pour lui avoir été dérobés pendant la noce. Au moment où elle constatait ce larcin, le père Felteu, un vieux à grande barbe blanche, haut de deux pieds, vêtu comme ses compagnons d'une veste, d'une culotte et d'une toque rouge, l'aperçut. Il fit signe aux autres, qui se levèrent en gambadant, sautant et riant comme des fous. Ils l'entourèrent dans une ronde endiablée et chantant à tue-tête sur l'air de Malbrough :

Voilà la cuisinière
Par la grâce de Dieu,
Qui va faire bonne chère
Au bon p'tit felteu.
La cuisinière avait eu peur, mais ces petits hommes n'avaient après tout que la renommée d'être farceurs ; elle se rassura tout à fait en les entendant chanter par la grâce de Dieu, et elle se dit qu'ils ne lui feraient point de mal. Ils lui apprirent qu'on attendait depuis une heure le felteu cuisinier.
- N'est-ce que cela, dit-elle, mais je vais vous en faire moi de la cuisine, et de la crâne encore.
Et retroussant ses manches, elle s'approcha du feu. Les nains se mirent à gambader, à sauter, apportant tout ce qu'il fallait pour le repas. Le dîner fini, la cuisinière prit, selon l'usage, sa grande cuillère à pot et fit le tour de la société. Chaque felteu y mit au moins une pièce d'or ; quant au vieux, il y déposa cinq doubles louis à la lunette. En ce moment parut la première lueur de l'aurore, et avec elle disparurent les nains et toute trace de leur repas.

L'esprit du Fiestre se plaisait à arrêter court sur la lisière du bois les conducteurs et les chevaux, ou bien il imitait à merveille les cris des animaux, afin que les bergers courent à la recherche de leur bétail qu'ils croyaoient égarés.


Le temps oublié dans la forêt

Maurice de Sully rapporte qu'un bonhomme de religion, ayant prié Dieu de lui faire voir telle chose qui pût lui donner une idée de la grande joie et de la grande douceur qu'il réserve à ceux qu'il aime, Notre-Seigneur lui envoya un ange en semblance d'oiseau ; le moine fixa ses pensées sur la beauté de son plumage, tant et si bien qu'il oublia tout ce qu'il avait derrière lui. Il se leva pour saisir l'oiseau, mais chaque fois qu'il venait près de lui, l'oiseau s'envolait un peu plus en arrière, et il l'entraîna après lui, tant et si bien qu'il lui fut avis qu'il était dans un beau bois, hors de son abbaye. Le bonhomme se laissa aller à écouter le doux chant de l'oiseau et à le contempler. Tout à coup, croyant entendre sonner midi, il rentra en lui-même et s'aperçut qu'il avait oublié ses heures. Il s'achemina vers son abbaye mais il ne la reconnut point ; tout lui semblait changé. Il appelle le portier, qui ne le remet pas et lui demande qui il est. Il répond qu'il est moine de céans, et qu'il veut rentrer.
- Vous, dit le portier, vous n'êtes pas moine de céans, oncques ne vous ai vu. Et si vous en êtes, quand donc en êtes-vous sorti ?
- Aujourd'hui, au matin, répond le moine.
- De céans, dit le portier, nul moine n'est sorti ce matin.
Alors le bonhomme demande un autre portier, il demande l'abbé, il demande le prieur. Ils arrivent tous, et il ne les reconnaît pas, ni eux ne le reconnaissent. Dans sa stupeur, il leur nomme les moines dont il se souvient.
- Beau sire, répondent-ils, tous ceux-là sont morts, il y a trois cents ans passés. Or, rappelez-vous où vous avez été, d'où vous venez, et ce que vous demandez.
Alors enfin le bonhomme s'aperçut de la merveille que Dieu lui avait faite, et sentit combien le temps devait paraître bien court aux hôtes du paradis.

L'auteur d'une intéressante monographie d'un pays du Puy-de-Dôme a donné une version moderne de cette légende qu'il disait avoir recueillie aux environs de l'ancien couvent de Chaumont.
Un religieux nommé Anselme qui était allé, pour méditer plus à l'aise, dans une forêt voisine, aperçoit un oiseau dont le plumage était d'une grande beauté, dont le chant était plus ravissant encore ; lui aussi essaie de l'attraper, sans plus de succès que le "bonhomme de religion" de la vieille légende. Quand il voulut rentrer à son couvent, dont il croyait ne s'être absenté que pendant quelques heures, il trouva tout changé aux alentours et, arrivé au monastère, au lieu des Bénédictins qui l'occupaient jadis, il y voit des Minimes. Comme il assure n'être sorti que peu d'heures auparavant, on le prend d'abord pour un fou ; mais le supérieur, l'entendant crier le nom de son abbé, se rappelle que celui-ci est mort, il y a deux cents ans, et qu'à la même époque un religieux appelé Anselme, avait disparu.

***
L'oiseau moqueur
Œuvre de Sylvie Lemelin
Artiste peintre de Québec
www.toutenart.com


Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...