mardi 10 juin 2008

Les herbes de la Saint-jean

Le dicton : Employer toutes les herbes de la Saint-Jean pour signifier qu'on a mis tous ses soins pour guérir une personne ou pour faire réussir une affaire est fondé sur cette croyance.
On dit même que le saint dont on célèbre la fête intervient alors en personne.

En Roussillon, il se promène la veille dans la campagne et donne à certaines plantes une vertu miraculeuse qui profite à ceux qui l'invoquent dévotement.

Suivant les pêcheurs de la baie de Saint-Malo, il descend du ciel, à trois heures du matin et va, sous les eaux de la mer, bénir les herbes qui, grâce à cette visite annuelle, ne meurent pas, et acquièrent même des privilèges spéciaux.

Elfes du soleil (elfes dorés)

La majorité des elfes dorés vivent actuellement à Eternelle-Rencontre, ayant abandonné les anciens royaumes elfiques après leur chute. Cela ne fait que quelques temps qu'ils recommencent à être vu sur le continent.

Ils sont connus pour leur maîtrise de la magie, aussi bien divine que profane.
Les elfes dorés sont à la base de la majorité des grandes nations elfiques, même si les autres sous-races d'elfes les y ont aidés. Ils ont une peau couleur bronze, des cheveux blonds ou cuivrés et des yeux verts ou dorés. Ils favorisent la contemplation et la connaissance plutôt que les jeux et les chansons des autres elfes mais gardent la beauté et la grâce elfique.
Ils aiment s'habiller dans de riches vêtements, favorisant les couleurs bleus et vertes. Ils sont brodés avec de l'or ou du mythril avec des motifs complexes.

De toutes les sous-races d'elfes, ils sont les plus arrogants et hautains. Ils pensent être le paragon de la race elfique et les leaders de la race elfique. Les elfes du soleil pensent avoir été choisi par Corellon pour être les gardiens du savoir et des traditions elfiques. Ils sont les plus patients des elfes et consacrent beaucoup de leur temps à parfaire une tâche plutôt qu'à la finir. Comme résultat, ils ont souvent moins de compétences que les autres elfes, mais sont meilleurs à celles qu'ils possèdent.

La seule exception est le combat, les elfes dorés détestant se battre. De toutes les sous-races d'elfes, ils sont ceux qui tendent le moins vers la vie d'aventurier. Ils ne voient pas l'intérêt de parcourir le monde et de rencontrer des races inférieures, alors qu'ils peuvent avoir tout le confort chez eux. La plupart des aventuriers elfes dorés sont soit des espions, soit des éclaireurs au service d'un royaume elfe.

Les elfes dorés favorisent les traditions elfiques, le combat et la magie. Ainsi, la majorité des elfes dorés sont soit des mages, soit des guerriers. Néanmoins les bardes et clercs sont assez courant parmi eux.

La religion se trouve dans chaque partie de la société des elfes dorés. Ils pensent être la représentation mortelle de la Seldarine et offrent de nombreuses prières et offrandes à leur Dieu. Corellon est le dieu le plus vénéré parmi les elfes dorés, que ce soit en tant que chef de la Seldarine, dieu des artisans ou dieu de la magie. Labelas Eroneth, le dieu elfe de la longévité et de la sagesse est aussi fortement apprécié.

La Sauge

Son nom provient du latin "salvare", sauver, et au Moyen Age on lui attribuait en effet milles vertus.

Albert le Grand nous livre encore une fois une des recettes mystiques, qui la prend comme base d'un rituel :
"Cette herbe étant pourrie sous du fumier dans une fiole de verre, il s'en formera un certain ver, ou un oiseau qui à la queue comme un merle. Si on en fait bruler ces vers et qu'on jette la cendre dans le feu, incontinent on entendra comme un horrible coup de tonnerre. Ou bien si on met cette poudre dans une lampe et qu'on allume ensuite, il semblera que toute la chambre est pleine de serpents. "

La jeune fille qui souhaite voir la silhouette de son mari se dessiner dans les ombres devra cueillir à minuit, 12 feuilles de sauge, et observer le ciel.

La sauge est aussi utilisée dans les rituels de nécromancie : les fumigations qu'elle dégage permettent de disperser les démons, prélude nécessaire à l'établissement d'une liaison avec les esprits.

En herboristerie, la plante a été appréciée pendant des siècles pour ses qualités diverses, c'est en effet un excellent tonifiant général, et on la recommande pour renforcer un organisme affaibli, même si son utilisation prolongée n'est pas sans comporter certains risques.


Voici une recette pour les lendemains de fête ou les autres, pour le plaisir :
AIGO BOULIDO(eau bouillie)
- 1 litre d'eau salée,
- 1 feuille de laurier,
- 3 ou 4 brins de sauge fraiche ou sèche,
- 1 cuillerée à soupe d'huile d'olive,
- 5 gousses d'ail.
Garniture possible, mais moins digestive : jaunes ou blancs d'oeufs, pain grillé, fromage râpé.
Portez l'eau à ebullition. Jetez y les aromates, l'ail et l'huile. Mijotez à couvert 15 minutes. Au moment de servir, retirez les herbes, versez peu à peu dans la soupière en fouettant sur les oeufs battus ou dans chaque assiette sur du pain grillé saupoudré de gruyère râpé. A moins que vous ne préfériez l'aigo - boulido nature.

VIN DE SAUGE
Apéritif, c'est également un cicatrisant buccal
- 80 gr de feuilles de sauge,
- 1 l de vin blanc ou rouge
Faites macérer les feuilles dans le vin pendant 1 semaine. Filtrez : l'apéritif est prêt à l'emploi

Autre méthode :Versez 1 l de vin rouge bouillant sur 80 gr de Sauge, laissez infuser une 1/2 heure, sucrez et buvez 3 cuillérées à soupe par jour entre les repas,

Comme tonique, fortifiant, réparateur des forces et régulateur des troubles circulatoires ; 5 à 6 cuillérées au coucher contre les sueurs nocturnes.

Ou tout simplement une
INFUSION de SAUGE
-15 à 30 gr par litre d'eau, une tasse après chaque repas comme stomachique et tonique ; une tasse au coucher contre les sueurs nocturnes et l'asthénie nerveuse.

Mais attention, comme toutes les plantes, il est déconseillé d'en abuser

Confiture de Fraises au Sureau



Dans la musette des fées :
- 8 ombelles de sureau aux fleurs à peine ouvertes,
- le jus d'un citron,
- 3 kg de fraises,
- 2.5 kg de sucre.

La recette :
Détachez les ombelles et mettez-les dans un petit sac en mousseline
Equeutez les fraises et laissez-les frémir sur le feu avec le jus de citron et les fleurs dans le sachet.
Remuez le mélange attentivement avec une cuillère en bois, puis, ajoutez le sucre quand les fruits sont ramollis ;
Continuez à mélanger doucement jusqu'à ce que le sucre soit complètement fondu.
Laissez cuire jusqu'à ce que la confiture prenne : elle doit faire des plis quand on passe le doigt sur la cuillère.
Enlevez le sachet et laissez refroidir, puis versez délicatement dans des bocaux stérilisés de différentes tailles et décorés de jolies étiquettes, que vous pourrez offrir à vos amis de goûter !

***
Illustratrice : Ornellarose





Pots-Pourris

Comme les sachets magiques, cette méthode douce et agréable permet de laisser se libérer les Energies des plantes sur la durée, sans les opposer de contraintes ni les maltraiter, c'est pourquoi elle est fort appréciée des enchanteresses et des mages herboristes.
Il s'agit de réunir les plantes en bouquet ou dans une jarre en terre et de les placer dans une pièce avec laquelle elles entrent en résonance.

Faites d'abord sécher les plantes sur un morceau de mousseline tendu sur un châssis, en les alignant selon leur temps de séchage.
Au cours de la première phase, conservez-les dans un endroit chaud et sec, à l'abri de la lumière. Quand elles sont bien sèches, mettez-les dans de petits pots en saupoudrant tous les 2 centimètres environ d'une demi cuillère à café de gros sel et de la même quantité de poudre d'iris. Fermez et étiquetez. Gardez dans un endroit sombre pendant 1 mois environ avant utilisation.

La plupart du temps, le pot-pourri est élaboré en fonction des essences qui le constituent, afin de prévoir au mieux les combinaisons d'odeur (épices, fines herbes, fleurs choisies) mais les Faëes des bois ont leur méthode bien à elles, qu'elles vous recommandent : lorsque vous vous promenez en forêt, soyez bien attentifs à tous les petits éléments naturels qui jonchent le sol et à leur odeur.
Ramassez dans un panier d'osier ce qui vous séduit (en quantité minime bien sûr !) : lichen, pétales détachés par le vent, copaux ou brindilles, cônes de pin et même champignons, tout est bon ! Vous profiterez ainsi des bienfaits de ce que la nature vous offre librement et nul doute que celle-ci vous réservera bien des surprises !

Novalis



Il se trouvait sur un moëlleux gazon, tout au bord d'une source qui sortait en plein air, et où ses eaux apparemment, s'évanouissaient.
Des roches d'un bleu sombre striées de veines multicolores se dressaient à une certaine distance, mais la lumière du jour était plus limpide et plus douce autour de lui que d'ordinaire et le ciel, d'un azur presque noir, était parfaitement pur.
Ce qui, pourtant, le fascinait avec la force irrésistible d'un charme tout puisssant, c'était et ici-même, tout auprès de la source une fleur élancée et d'un bleu lumineux qui l'effleurait de ses larges feuilles respendissantes.
Des fleurs sans nombre et de toutes les couleurs se pressaient autour d'elle, embaumant l'air du plus exquis parfum.
Il ne voyait cependant que la seule fleur bleue, et longuement avec une tendresse qu'on ne saurait dire, il attacha ses regards sur elle.
A la fin, comme il voulait s'approcher d'elle, il la vit soudain qui bougeait et commençait à se transformer ; les feuilles se faisaient de plus en plus brillantes et venaient se coller contre la tige qui elle-même grandissait ; la Fleur alors se pencha vers lui et ses pétales se déployèrent en une large collerette bleue qui s'ouvrait délicatement sur les traits exquis d'un doux visage
(...)

Henri d'Orterdingen


Le Fadet

Le Fadet mesure environ 28 cm et a un aspect sauvage, laid, très velu. Les fadettes sont plus coquettes mais tout aussi bourrues.

Ils portent de grossières culottes de laine écrue tandis que les Fadettes ont une robelette.

Ils aiment la rocaille et les courtes collines. C'est ainsi qu'on trouve la caverne des Fadets près de Lussac-les-Châteaux (Vienne), l'impressionnante grotte des Fadets à Verruyes (Deux-Sèvres) et la plus célèbre métropole des Fadets, celle de Biare, dans la commune de Moussac dans le Poitou.

Ils se nourrissent de soupe au millet et ragoût de mouettes, fèves du marais poitevin, cagouilles à la sauce aux lumas.

Ils ne font pas grand chose. Les Fadets furent abondants à certaines époques. Ils étaient intégrés au bocage comme les moineaux, les champignons, les cagouilles et l'anguille. Ils ont plus ou moins disparu. Les Fadets, menacés de consanguinité substituaient à leurs rejetons des petits hommes.

Les frères Fadets, proches cousins des Farfadets, cousins germains des Fradets, viennent de très loin dans le temps. Même à l'époque frileuse du très haut Moyen Âge, ils n'avaient guère de pouvoirs. Ce ne sont ni des génies ni des esprits, mais une race de petits êtres qui vivaient sous les roches du Poitou avant les hommes. Ils sentent le soufre mais ne sont pas d'essence satanique. S'ils ont été souvent vus en compagnie du Diable, c'est qu'ils lui servaient de main d'oeuvre, mais jamais, jamais Maître Cornu ne leur a confié d'importantes missions. Sur la table du Dolmen de la Roche aux Fadets dans l'île d'Yeu, on peut toujours voir les traces du trépied sur lequel s'asseyait Satan, le samedi soir, pour donner à ces grisons les instructions de la semaine qui se bornaient à de menues vilenies, gardant les plus diaboliques machinations pour les lutins supérieurs. Il n'était d'ailleurs pas dans le caractère des Fadets d'être cruels et, dès que passa le temps gothique des diableries, ils se détournèrent tout naturellement vers les bonnes actions. Là encore, ils n'accomplirent pas d'inoubliables miracles, ne construisirent ni pont, ni castel, ni aucun édifice, mais la nuit tombée, ils menaient paître les troupeaux des métayers en des combes secrètes et grasses et il n'y avait nulle part d'aussi belles brebis que celles qu'ils gardaient.


Lavande vraie

Le nom de cette plante provient du latin "lavare", qui sert à laver, en raison de ses vertus purificatrices. Elle était dans la Rome antique dédiée à la Déesse Vesta, gardienne du foyer et du feu domestique, et les Vestales (prêtresses) en ornaient leur chevelure quand elles officiaient. Faire des fumigations de lavande ramène la paix dans une demeure et procure un sommeil réparateur. Pour profiter de ses rêves et faire de grands voyages, cueillir de la lavande à l'apparition de la 1 ère étoile et la boire en tisane.

Contre les sentiments de culpabilité et l'impression de disharmonie avec son entourage, l'huile magique utilisée en massage lors d'un rituel pourra être d'un grand secours.

Huile magique : Coupez les brins de lavande par une nuit de pleine lune et au matin, placez-en une grosse poignée dans l'huile d'olive (1/2 litre), puis versez le tout dans un bocal en verre. Placez le bocal au soleil quelques jours avec un charme écrit dessous correspondant à la situtation, transvasez ensuite dans une petite bouteille.

En herboristerie, la lavande est connue pour soulager les états anxieux et l'insomnie, ainsi que la dépression. A utiliser dans l'eau du bain ou en infusion.




Le ver de Lambton et sa légende


Le ver de Lambton est un ver géant issu du folklore anglais. Il est connu pour avoir terrorisé le comté de Durham, et pour avoir fait peser une terrible malédiction sur neuf générations de Lambton.

Ce ver possède un corps de serpent dépourvu de membres. Sa mâchoire contient des centaines de dents particulièrement aiguisées. Chaque côté de son cou présente neuf branchies d'où suinte un liquide nauséabond. Son corps sécrète une écume blanchâtre qui fait dépérir l'herbe sur laquelle il repose. L'haleine qu'exhale sa bouche est empoisonnée et brûle les feuilles des arbres voisins.

La Légende
L'histoire se passe au village de Washington, dans le comté de Durham en Angleterre.
Le matin de Pâques de l'année 1420, John Lambton, l'héritier débauché du château de Lambton, pêcha dans le fleuve Wear un horrible serpent doté d'une face de démon, qu'il prit pour l'incarnation de ses péchés de jeunesse. Pris de panique, il se débarrassa du monstre en le jetant dans un puits. Puis, voulant se repentir de ses péchés, il partit en pèlerinage en Terre sainte.
Durant ce temps, la créature prit de plus en plus d'ampleur, à tel point qu'un jour le puits devint trop étroit pour elle. Elle s'en échappa et rampa vers la colline voisine, laissant sur son passage une trace fumante et acide. Elle avait tellement grandi qu'elle pouvait faire neuf fois le tour de la colline avec ses anneaux. Elle se mit alors à semer la terreur dans la région, dévastant les récoltes et les forêts, dévorant le bétail et les enfants. Les habitants furent forcés de s'enfermer chez eux, craignant la malédiction du ver géant.
Ils trouvèrent toutefois une solution à leurs malheurs. S'inspirant d'une ancienne recette, qui servait à l'origine à calmer les dragons, ils tentèrent d'apaiser le serpent en lui donnant à boire du lait. Ainsi, un matin, ils remplirent de lait frais une gigantesque auge, que le monstre but avec avidité. Et en effet, il demeura calme la journée et la nuit qui suivirent.
Mais le matin d'après, quand le serpent vit qu'il n'y avait plus de lait à sa disposition, il fut pris de furie. Pour éviter de s'attirer les foudres de la créature, les habitants mirent toutes les vaches de la région à contribution. Bien sûr, quelques courageux chevaliers tentèrent de tuer le ver à l'aide de lances et d'épées. Mais, quand par miracle ils parvenaient à sectionner le monstre en deux, les parties se refondaient, lui rendant la vie.
Lorsque John Lambton fut de retour, il fut horrifié par la vision de la colline, entourée des anneaux du serpent. Il décida que c'était à lui de mettre la bête à mort. Il apprit d'une vieille sorcière que, pour venir à bout du ver, il devait le tuer dans la rivière d'où il l'avait pêché, en se vêtant d'une armure spéciale, dotée de lames tranchantes. Il y avait également une autre condition : après avoir tué le ver, il devait assassiner la première personne qu'il rencontrerait, pour éviter que la malédiction ne s'abatte sur sa lignée.

Ayant entraîné le monstre jusqu'au fleuve Wear, John Lambton entama le combat. Lorsque le ver s'enroula autour de lui pour l'étouffer, les lames de l'armure le sectionnèrent en neuf morceaux, qui furent emportés par les flots.
Une fois le monstre occis, John revint vers le château et croisa son père. Ne pouvant se résoudre à tuer le vieil homme, il sacrifia son chien le plus fidèle, espérant que cela suffirait à éviter la malédiction.
Malheureusement, cela ne suffit pas, et pendant neuf générations, ses héritiers moururent dans d'atroces circonstances.

La Fée Viviane

J'irai dans l'oubli, au-delà du bien et du mal, me réconcilier avec moi-même (Michel Rio, Merlin)

C'était un jour plein d'eau et de feuillage qui s'attardait aux fontaines. Tous les chemins étaient creux avec des haleines de puits. Merlin marchait derrière Viviane. Elle avançait vivement de peur qu'il ne s'attarde, que le souvenir d'Arthur ne le rappelle vers l'orée. Une fois enfouis au coeur des frondaisons, les racines sauraient le retenir. Mais si proches des lisières, un signe de l'extérieur traversant le couvert pouvait encore l'arracher à l'emprise végétale. Elle lui avait demandé de mettre sa robe des forêts, celle qui commandait aux arbres, aux roches moussues et dont la bure se mouchetait ainsi que le pelage du daim. Elle avait mis toutes les ruses de son côté et il le savait. Il laissait les herbes effacer leur passée. Un martin-pêcheur faufila le ciel et la rivière tout le long de la berge voisine. Merlin soupira sur tous eux qu'il quittait dans leur aube de gloire : ces preux chevauchant à travers les vergers enrubannés de printemps, vers les tours de Camelot parées pour les noces d'Arthur et de Guenièvre. Il allait auprès d'eux, jeune encore, chassant de ses pensées l'ombre accrochée à ses pas. Lancelot prit la main de la reine et l'aida à descendre. Elle dit un mot sans qu'elle y pensât, un de ces mots qui font à travers le coeur de mystérieux chemins et qu'entendrait Mordred encore ensommeillé dans un nuage lointain :
- Que vois-tu Merlin ? l'avait interrogé Morgane tandis qu'accoudé au créneau, il devinait la plaine couverte de cadavres sur lesquels se défiaient deux silhouettes de fer dans un fatal estoc.

Il ne les abandonne pas, il quitte un monde où les clairvoyances ne sont plus entendues. Il a déjà connu tant de rois - Wortingen, Ambroise-Aurélien, Uter-Pendragon - dont les puissantes voix à jamais se sont tues alors qu'à la branche d'aubépin chante toujours le roitelet des bois. Sa mémoire plonge dans les vieux âges au temps des chênes et des Fées. Il se souvient des forêts de Calidon, d'Arnante et de Brecquehem, de ce cercle de pierre où un Duz lui souffla dans l'esprit quand les hommes sortaient à peine du limon et rampaient au milieu des sauriens. Il les avait vus se lever, tituber et lutter pied à pied la suprématie d'un royaume contre la brute rivale. Alors il s'éloignait vers de sauvages ermitages, cherchant au fond des cavernes les accès refermés du Monde Fortuné. Elle, peut-être, le ramènerait là-bas. Il l'avait rencontrée à la cime de mai, couchée sur la margelle de Barenton, la fontaine qui rit quand on y jette une épingle et ouvre les rivières des cieux si on arrose sa pierre. Elle était Nymphe galloise et s'appelait Vivlain. Toujours, il l'avait retrouvée quand il s'abandonnait à ses folles pensées.

Viviane entendait tout cela pendant qu'ils marchaient côte à côte, comme ils avaient si longuement voyagé ensemble. Cette fois, se disait-elle, je ne le laisserai plus repartir. Et elle portait un regard ému sur sa taille qui s'était courbée, sur son visage raviné et le flot de sa barbe blanchie. Elle se souvenait de leur première étreinte, elle, la fille de la lune et de l'eau, fée de fontaine, effarouchée d'abord par ce dieu forestier, du chêne et de la pierre. Il avait ôté sa ramure de cerf et la pelisse de loup pour s'accoler à elle.

Elle lui épargnerait la trahison de Guenièvre et de Lancelot. Ce Lancelot qu'elle avait jadis enlevé à sa mère, Elaine, selon la coutume des Fées, et élevé pour être chevalier-Fé. Elle lui cacherait le déclin de Morgane et l'agonie d'Arthur.

Viviane le tiendrait loin d'un monde que les Fées une à une avaient fui. Elle l'enfermerait dans ce bosquet d'aubépine où étaient nées leurs amours et qu'elle déroberait à la vue de tous, derrière les remparts d'illusions, que Merlin lui avait appris à ériger lorsqu'ils s'échangeaient les formules de leurs sciences secrètes.

Mais sans doute savait-il déjà tout du piège que Viviane était en train de tresser autour d'eux. Hier, il avait averti Arthur de son départ sans retour. Qu'aurait-il pu changer au destin d'un royaume pourrissant, sur quoi ses enchantements n'avaient plus de prise : "J'emporte dans l'éternité un éclat de ton coeur, mon roi, mais je n'ai plus ici de place, depuis qu'on a fait une croix d'une branche d'Yggdrasil"

Souriant dans sa barbe végétale, Merlin regarde Viviane tracer de gracieux gestes en récitant les paroles d'oubli...


***
Illustratrice : Delphine Gache





La Fée Viviane - Description

Belle comme toutes les fées avec ce quelque chose de plus troublant qui enchanta Merlin. Il y a la Nymphe, l'Enchanteresse, la Fée, celle de l'imagerie arthurienne et celle des contes de fées. Mince, juvénile, le front légèrement bombé, le nez gentiment retroussé, la bouche petite et le regard très grand, toujours émerveillé, la pommette rose. Sa longue chevelure blonde et frisée entoure d'une aura un corps menu et délicat, qu'elle aime à hausser sur la pointe des pieds.

Une fois encore, il y a la parure naturelle et sauvage de la Nymphe-Fée des fontaines, faite de voiles, de lentilles d'eau, de fleurs aquatiques. La robe de cour des dames de Camelot, et les coquettes excentricités des livres pour enfants. Hennins antennulés, jupes étoilées et interminables traînes tenues par des cortèges de petits pages ailés, voilà pour ses vêtements.

Elle habite un château de cristal construit en une nuit par Merlin sous les eaux de Comper. Certains disent sous le lac du Pas-du-Houx. Elle est toujours présente un peu partout dans Brocéliande, autour de la fontaine de Barenton, aux portes de la prison d'air où rêve Merlin. Et l'hostier de Viviane - la maison de Viviane - qui domine le Val sans retour.

En guise de nourriture, elle fait grand honneur aux mûres des ronciers entourant le tombeau de Merlin.

On a maintes fois accouplé Viviane et Morgane. Toujours l'une portera le fardeau de la prison de Merlin et l'autre celui du Val sans retour. Le verdict populaire les a définitivement jugées : "Si abominablement hypocrites à l'égard de Merlin", "ambitieuses, avides de savoir et de pouvoir". Il faudra attendre longtemps que quelque amoureux des Fées aille voir de plus près les raisons des agissements de Viviane et intercède en sa faveur. "Il est aujourd'hui reconnu que c'est par amour - au-delà du bien et du mal - que Viviane rendit à ses propres enchantements un Merlin conscient et consentant, parvenu aux ultimes lisières".

Viviane, Nivienne, Vivienne ou Vivlain est parfois fille de Dyonas, filleule d'une Sirène ou du roi Cadeu, roi des Redonnes. On la présente aussi comme une Diane chasseresse quelque peu masculine. Elle partage une vie mortelle au milieu des intrigues de Camelot et une existence plus conforme aux êtres de Féerie sous les eaux de l'étang de Diane à Brocéliande. Elle s'adonne à la haute magie, entourée de suivantes dont la fidèle Sayrade. Au coeur du Légendaire, elle est la Dame du Lac.

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