vendredi 23 mai 2008

L’élixir des enchanteresses


Dans la musette des Enchanteresses
- 1,2 kg de miel,
- 2,5 litres d’eau,
- 2 cuillères à café de levure de bière,
- une demi cuillère de gingembre en poudre,
- une demi cuillère à café de piment,
- une demi cuillère à café de cardamome en poudre
- 4 clous de girofle broyé.

Préparation
Dans une casserole, faites fondre le miel jusqu’à ébullition.
Ajoutezl’eau chaude, délayez et faites bouillir suffisamment pour que le mélange réduise d’un quart.
Versez ensuite dans un grand bocal de verre.
Quand le mélange est tiède (<40°),>
Couvrez avec un bouchon de liège, ou une toile sans rendre hermétique.
Placez le bocal sur une assiette, car en fermentant, le mélange peut déborder.
Laissez fermenter pendant trois jours, puis filtrez et mettez en bouteille.

Lettre aux fées


Quel père autre enverrait une supplique aux fées
Qu’un poète attendri, dont l’enfant vagissant
Repose au creux d’un livre, éternel innocent
Avec ses douze pieds et ses mains enstrophées ?

De leur chapeau conique évidemment coiffées,
Baguette au bout du doigt, ainsi qu’il est décent,
Elles babillent, rient et s’échauffent le sang,
Autour du blanc berceau ballet de coryphées.

Lors, le poète heureux rêve, tout étonné
D’avoir pu concevoir si parfait nouveau-né,
Si bel adolescent demain, n’ayant de cesse,
Ouvert à tous les dons, promu prince charmant,
Qu’il n’éveille une à une, au sein du bois dormant,
En les baisant au front, d’innombrables princesses !

***
Gilbert Mangeret

***
Image : Delphine Gache


L'Enchanteresse et le chevalier

Certaines femmes ayant le secret de faire des choses surprenantes, le peuple croyait qu'elles tenaient cette vertu par quelque communication avec les divinités imaginaires. C'était en effet un nom honneste de sorcières ou enchanteresses. (Furetière).

Le chevalier entra par aventure au-dedans de la forêt. De longue errances le menèrent à la clairière du bois. C'était un noeud de plusieurs chemins. Le feuillage, après s'être serré au point que les ramures s'enlaçaient à lui, s'éclaircit, et le preux entra au-dedans d'un cercle de lande verdoyante. Là, il vit la vieille dame hideuse. Si laide et tavelée d'ulcères tenant à sa peau. Groin de porc et crocs au-dehors. Tachelée et naine, bosselée des membres, torte de toute sa nature. Un œil crevé, l'autre chassieux qui le regardait derrière des cheveux en paillasse tombant jusqu'à terre. Elle prit un air mielleux pour l'appeler beau seigneur, et à la voix qui semblait un chant d'oiseau il se sentit faillir. Elle dit : "Beau sire, me voulez-vous épouser ?" En d'autres lieux, hors de là, sans doute en aurait-il été autrement. Il aurait ri, ou se serait fâché et aurait poursuivi sa route plus loin, la délaissant. Mais il ne bougea pas davantage que si elle le lui eût commandé par un charme secret. Il tendit même la main pour l'aider à monter en selle, contre sa poitrine. Toute serrée contre lui au point qu'il sentait le scrêtes de sa bosse monstrueuse.

Cette fois il n'eut plus à lutter pour se frayer un passage au milieu des taillis, car ceux-ci s'écartaient avant qu'il n'en franchisse les murs et derrière eux se refermaient. Bientôt un château se montra à la fin d'une allée magnifiquement bordée de vergers.

De belles dames parées les aidèrent à descendre et à traverser maints jardins jusqu'à une salle immense où se dressait un autel apprêté pour la cérémonie. Auprès du chevalier, atrocement boitait la hideuse fiancée. Il ne put que passer l'anneau d'or au doigt malgracieux et crochu. Il y eut banquet et bal et moult autres festivités et, à minuit, les époux furent conviés à se rejoindre dans la chambre nuptiale.

Comme le mari hésitait, elle dit de sa voix douce : "Ne voulez-vous pas vous coucher beau sire ?" Et ouvrant les yeux comme s'il en était de la première fois, il découvrit la plus belle femme qu'il ait jamais vu. "Je suis bien votre épouse, doux sire, dit-elle, en m'épousant vous m'avez à moitié délivrée de mon sort. Cependant au matin je devrais reprendre ma triste apparence, et ce la moitié de chaque jour, à moins que vous ne puissiez répondre à une question.
- Quelle est donc cette question ? demanda le chevalier, émerveillé.
- La voici : préférez-vous me voir belle le jour et hideuse la nuit, ou préférez-vous me voir la nuit aussi belle qu'à cette heure et me laisser dans la journée recouvrer cette monstrueuse figure dans laquelle vous me vîtes ?
- Mon dieu, que puis-je répondre à cela ? s'interrogea le chevalier, tourmenté par ce choix qu'il avait à faire ; mais il était si impatient de cueillir auprès d'elle les délices de la noce, qu'il l'attira contre lui. Viens à moi, cette nuit, belle comme tu l'es maintenant.
- Comme vous êtes égoïste, dit-elle en se dégageant de lui. Me condamnez-vous à être la risée du monde, à être forcée de chercher l'obscurité pour y cacher ma honte ? Ce n'est pas ce que j'attends d'un époux aimant. Et ne puis que souffrir de ce choix.
- Pardonne-moi, s'écria-t-il, entendant la justesse de ses reproches. Je n'avais en effet pensé qu'à moi seul. Montre ta beauté à la clarté du jour et dissimule ton horrible apparence dans le secret des nuits.
Et il lui prit la main qu'elle retira promptement.
- Me croyez-vous satisfaite de cette réponse ? Aimez-vous si peu votre épouse pour ne point songer à ce que seraient mes propres sentiments si je devais me présenter à vous chaque nuit et partager ce lit aussi monstrueuse et repoussante ?
A ces mots, le chevalier entendit la réponse au-delà de l'épreuve du jour et de la nuit.
- Je suis incapable, ma dame, de répondre à votre question. C'est à vous de choisir ce que vous préférez.
- Voilà la bonne réponse à ma question, s'écria-t-elle alors. Car vous m'avez offert ce que toutes les femmes désirent : la liberté de choisir sa propre vie. Désormais le sort est à jamais rompu. Jamais plus vous ne verrez la dame hideuse. A vous je serais pour toujours.
Et il en fut ainsi.


Les Enchanteresses

On les représente presque toujours merveilleusement belles, et d'autant plus grandes que souvent leur coiffe allonge encore leur silhouette élancée.

Elles n'hésitent pas à employer toutes sortes de magies - la "rouge", celle de l'amour, de préférence - pour arriver à leurs fins. Elles aiment peindre leurs paupières pour valoriser le regard mais aussi des endroits du corps qu'elles désirent souligner ou mincir. Elles se changent d'autre fois en hideuses sorcières et se plaisent à resurgir plus plaisantes l'instant d'après.

La garde-robe des Enchanteresses est illimitée. On se corsette la taille, se pigeonne le balconnet. Elles utilisent la guêpière, les bas, le faux-cul, les soies, mais aussi l'or, l'argent, les bijoux et la boite à couture des fées : les fils de lune, les filandres, les mousses, la poussière d'étoiles. Elles apprécient le noir, le rouge, le violet et bien sûr le vert, la couleur des Fées, à qui elles désirent éperdument qu'on les identifie. Leurs coiffes sont florales, végétales, animales, ailées, astrales...

Elles habitent de grands châteaux-mirages, des tours de verre, des donjons pointus accrochés aux cimes des montagnes. On les rencontre au fond des forêts, au détour d'un val périlleux, d'un miroir d'étang. En Brocéliande, en Ardennes, dans les forêts Briosque et d'Arnante.

Celles qui veulent conserver grands pouvoirs se doivent de respecter toute leur vie durant le strict régime des "Dames de forest" - boire eau claire et tisanes d'herbes fondamentales. Jamais ne consommer de viande de toutes les créatures vivantes en l'air, dans l'eau et sur terre.

Les Enchanteresses - quoiqu'elles y prétendent - ne sont pas des fées. Ce ne sont pas des êtres surnaturels mais des mortelles qui, par études, par initiation, ont acquis certains arts des Fées et puissances d'enchantement. Peu d'entre elles peuvent s'enorgueillir d'une lointaine parenté avec le monde des Fairies : une arrière-arrière-arrière-grand-mère, une marraine, par quelque mariage de mortels et fées, ou au hasard d'enfantements. D'autre fois, elles sont venues d'elles-mêmes solliciter leur protection. Ou bien, comme Viviane, elles ont obtenu d'un mage la science d'enchantement. Ainsi, fortes de pouvoir, elles peuvent à leur tout enchanter qui le leur demande.
On dit qu'elles ne sont pas toujours bonnes. Qu'elles sont jalouses, capricieuses. Que leur part mortelle les rend fort dangereuses.

Grâce à leurs pouvoirs, elles agissent pareillement aux fées et Parques sur le destin des hommes. Quelquefois, par amour, par profit ou perfidie.
Le cycle du roi Arthur, le roman de Merlin et bien d'autres romans de chevalerie rapportent tout leur long les bienfaits et malfaits de ces interventions.
On dit qu'à force de "féer" plusieurs sont devenues Fées.

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