mardi 20 mai 2008

Prédictions du coucou

Suivant une croyance très répandue, le chant de certains oiseaux influe sur la santé, la chance ou la richesse de celui qui l'entend pour la première fois, on lui prédit tout au moins ce qui lui arrivera ; des circonstances accessoires font qu'il est tantôt funeste, tantôt favorable.
Le coucou est le plus connu de ces prophètes ailés ; mais d'autres oiseaux, qui d'ordinaire sont aussi passagers, ont généralement ce privilège.

L'influence fâcheuse s'exerce presque toujours sur les personnes à jeun : aussi vers 1839, les villageoises de la Charente-Inférieure ne laissaient pas sortir leurs maris avant de leur avoir fait "tuer le ver".
En Haute-Bretagne, en Lorraine, ceux qui n'ont pas pris cette précaution et qui entendent le coucou sont exposés à ne pouvoir, de toute l'année, satisfaire leur appétit.
En Poitou, dans le Nivernais, dans l'Yonne, ils seront mous et sans courage.
Dans le Loir-et-Cher, dans l'Albret, ils auront la fièvre.
En Limousin, ils seront mangés par les puces.
En Limousin, celui qui, étant au lit, entend cet oiseau sera fainéant toute l'année.
En Haute-Bretagne, s'il est à faire ses besoins, il aura pendant la même période un dérangement du corps.

D'autres oiseaux, entendus pour la première fois à jeun, annoncent aussi des disgrâces.
Dans la Charente-Inférieure, la tourterelle fait dormir.
Dans les Deux-Sèvres, la Vienne et en Saintonge, le moissonneur qui entend la caille, en Poitou celui qui entend le rossignol se coupera les doigts ; s'il entend une huppe, il ne peut s'empêcher de se donner en marchant des coups de pied dans les chevilles ; la tourterelle, dite tourtoule, fait tordre la goule, le rossignol amène le torticolis ; en Saintonge la huppe, dans les Deux-Sèvres le rossignol, dans la Vienne le loriot étaient cause que les femmes se coiffaient de travers, parfois toute l'année.

En France, en Wallonie, dans la vallée d'Aoste, à Guernesey les personnes qui, la première fois qu'elles entendent le coucou, ont de l'argent sur elles n'en manqueront pas de l'année ; dans le cas contraire, elles seront pauvres pendant le même espace de temps.
A Liège et dans la Gironde, il est bon, pour assurer la chance, de porter la main dessus, ou de tenir une pièce entre ses dents.
A Guernesey, on remue l'argent, et quelques personnes se mettent même à genoux.
Dans l'Yonne, on fait la culbute.

L'influence favorable de ce chant s'étend sur la chance et la santé, surtout si elle est accompagné de quelques gestes. Au XVIIe siècle, on croyait qu'il arriverait du bonheur à celui qui, entendant le coucou pour la première fois, prenait quelque chose de ce qui se rencontrerait par hasard sous ses pieds et le portait quelque temps sur lui.
A Guernesey, il faut faire quelques pas en avant pour être dispos toute l'année ; certains avant de courir se mettent une grosse pierre sur la tête.
Les pêcheurs de Saint-Jacut (Côtes-du-Nord) considéraient cet oiseau comme de bon augure ; ils l'appelaient le parent ; leurs voisins prétendaient que celui qui, étant en mer, entendait le premier son chant recevait cinquante francs de prime.
L'équipage du premier bateau qui le voyait lui jetait une raie comme offrande, se croyant assuré d'avoir de la chance pendant la campagne.
Ceux de Saint-Cast qui, en partant de bonne heure pour la pêche au maquereau, entendait chanter cet oiseau avant d'être embarqués, se réjouissaient, fumaient une pipe en l'honneur du "parent" ; mais s'ils l'entendaient à jeun, ils se croyaient ensorcelés et assurés de ne rien prendre.

Dans la Gironde, pour éviter d'avoir le lumbago dans le courant de l'année, il faut se laisser tomber sur le dos quand on l'entend pour la première fois.
Dans les Vosges, on peut se débarrasser du mal de dos en se roulant à terre.
Dans les Ardennes, on se préserve ainsi de toute colique.
Dans l'Yonne, il faut faire uen culbute et pour n'avoir pas mal aux reins pendant la moisson, se rouler sur le sol, ou se bousculer sur une taupinière fraîche.
En Basse-Bretagne, frotter sur la terre la partie malade.
Dasn l'Albret, quand on voit la première hirondelle, on doit se laisser tomber d'échine pour n'avoir ni la sciatique, ni le mal de dents.

Au XVIIe siècle, lorsqu'on entendait le coucou pour la première fois, on cernait la terre qui était sous le pied droit, et on la répandait dans la maison afin d'en chasser les puces.
Dans la Gironde, si dans la même occurence, l'on prend une poignée de terre et qu'on la jette sous son lit, on est certain de ne pas avoir de toute l'année la visite de ces insectes.
Les enfants wallons font un signe de croix, puis un cumulet, et se croient alors certains de faire une trouvaille agréable, ordinairement, un petit couteau ; ceux du Nivernais font la culbute, cul par dessus tête, pour trouver des nids.

Chaperon rouge a menti !


Le P'tit Chaperon rouge
par un loup fut trompé
qui mangea sa mère-grand
puis dévora l'enfant

(Du moins c'est ce qu'on dit...
mais écoutez le loup
clamer son innocence :)

"Je suis végétarien
et n'ai mangé personne
si ce n'est le pot de beurre
et aussi la galette...

"C'est le prix qu'on me fit
pour conter des sornettes
Car les loups ont bon dos
quand les Humains complotent...

"Mère-grand et son Chaperon
un jour s'en sont allées
sur une île lointaine
danser le tamouré...

"Dans leurs poches tintait l'or
la veille dérobé
à la malle-poste du Roi
qu'elles venaient de braquer !"

***
Tiré du Petit Bêtisier Féerique
Texte : Renaud Marhic avec Joëlle Rose
Illustration : David Roussel

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