lundi 19 mai 2008

Banshie

Les banshies se rencontrent dans plusieurs pays anglo-saxons (Irlande, Écosse…) et parfois en France.

Fées ou ogresses ? Difficile de trancher. Beaucoup, par le passé, se sont montrées sanguinaires ; de nos jours, ce sont des prophétesses qui se contentent d'annoncer les mauvaises nouvelles par leurs apparitions et leurs cris déchirants à faire froid dans le dos.

Êtres excessifs, les banshies ont aussi la réputation d'inspirer musiciens et poètes.

En Irlande, jadis, chaque famille de sang illustre s'enorgueillissait de posséder sa propre banshie : annonçant les décès prochains, elle protégeait aussi les nouveaux-nés pour préserver ces aristocratiques lignées. Peu à peu, les banshies devinrent plus abordables.
Aujourd'hui, n'importe qui peut en croiser. Au vu de leur rôle funèbre, ce n'est d'ailleurs pas à souhaiter !

L’estuaire de larmes du géant de Corbie


La ville de Corbie s’est formée autour d’une abbaye royale filiale de Luxeuil, fondée vers 660. Maurice Lebègue reconstruit Corbie à partir d’un prototype kŏrb-idia, sur une racine r, hauteur. Les cavernes de la falaise de la Barette qui dominent les étangs de la Somme, abritaient un enchanteur, grand comme un sapin, vêtu d’écorce de tilleul. Sa barbe et sa chevelure étaient entremêlées d’ormeaux et de houx. A sa voix, les roches se fendaient et les roseaux bruissaient. A son cor, bêtes et fleurs s’animaient. S’il soufflait plus fort, les pierres roulaient de la montagne. II fit apparaître des enfants pour qu’ils profitent de cette nature vivante. Mais ils devinrent méchants en grandissant. Alors le géant pleura. Ses larmes inondèrent la plaine, au confluent de l’Hallue, de l’Ancre et de la Somme, formant un vaste estuaire où périrent ses créatures. Puis il s’endormit. Des survivants, voulant voler son cor calé sous sa tête, ne purent que le trouer. Un vent terrible en sortit. Le géant ne s’est pas réveillé depuis.

L’abbaye de Corbie souffrit longtemps de ne pas avoir de reliques. Son abbé en fit la demande à l’évêque d’Amiens au 9e siècle, qui lui confia celles de saint Gentien. Mais, pour ne pas se mettre les Amiénois à dos, il fit croire à un vol. Quand on se lança à la poursuite des Corbiois, ces derniers furent miraculeusement cachés par un brouillard (si l’on peut dire, car le fleuve n’est pas chiche en brouillards). La Croix de l’Indict matérialisa l’endroit du miracle.

La vallée de Corbie a aussi son puits tournant, la Fontaine Bleue, au fond de l’étang bordant la route de Vaux-sur-Somme. Les jeunes filles voulant savoir si elles se marieraient y jetaient des pièces de monnaie. Elles étaient assurées d’une réponse dans l’année. L’une d’elles retourna chaque année à la fontaine avec son mari en commémoration de sa première visite. Un jour, le carrosse s’emballa et s’engloutit dans la Fontaine Bleue. Une autre fontaine de Corbie considérée comme sacrée, disparue, rendait doux comme un agneau tout loup venant y boire. Une clarisse de Corbie, sainte Colette, est connue pour être ressortie plus grande de l’église de Notre-Dame de Brebières, et invoquée pour grandir et pour les maux de tête.


L'ondine de la Nied - légende Lorraine

Il est un esprit des eaux que je suis heureuse de vous présenter : c'est l'Ondine de la Nied.
Elle est la Loreleï de cette rivière, son esprit, sa personnification. Lointain souvenir d'un temps où nos ancêtres les Gaulois divinisaient certains fleuves, certaines rivières... D'un temps où Sequana personnifiait la Seine... D'un temps où l'on érigeait des autels dédiés aux déesses des eaux... D'un temps dont il ne faut pas rire : ce ne sont pas nos ancêtres qui auraient transformé leurs rivières en égouts à ciel ouvert.

Jadis, la Nied française avait pour souveraine une belle nymphe qui habitait un merveilleux château au fond de la rivière. L'ondine aimait la solitude et fuyait la société des humains. Elle ne se cachait cependant pas aux regards discrets des paisibles habitants du pays. On pouvait alors la voir se promener dans la claire nuit, assise dans une frêle nacelle faite de roseau et traînée par de dociles canards. Parfois, la nymphe venait s'asseoir au bord de la rivière, et son plaisir était de façonner, avec des coquilles d'oeufs de canard, de mignons esquifs qu'elle laissait ensuite flotter au gré de l'onde courante. Avait-elle à se plaindre de quelque indiscrétion ou de la curiosité excessive des campagnards, l'ondine troublait les eaux de la Nied, commandait à la rivière d'inonder les plaines. Toutefois, sa colère ne durait guère et, puisque les habitants du pays étaient généralement bienveillants avec elle, la nymphe préférait que son châtiment fût plutôt un bienfait et non une calamité. Pour cette raison, l'ondine ordonnait aux eaux de gagner leur lit et elle prouvait sa cordiale amitié en bénissant les prés boueux et en leur enjoignant de préparer sous peu une abondante fenaison.

Un jour, un méchant chasseur vint chasser dans cette région. Il aperçut la nymphe assise au milieu des roseaux. Elle était coiffée d'une blanche cornette garnie au milieu d'un beau ruban bleu pâle, et la robe était recouverte d'un gracieux tablier blanc à large bord bleu. La belle tenait dans les mains un canard qu'une martre venait de mordre, et pansait la plaie avec tant de soin et d'attention qu'elle ne remarqua point qu'un brusque coup de vent venait de pousser à la dérive la légère nacelle. Le chasseur crut le moment venu de surprendre la nymphe et de lui couper toute retraite. Mais, à peine l'ondine vit-elle approcher le vilain indiscret, qu'elle fit un signe, et aussitôt un énorme brochet surgit de la rivière, offrit son dos à la souveraine et disparut avec son précieux fardeau dans le fond des eaux. Le chasseur ne se tint pas pour battu. "Je la retrouverai", pensa-t-il.
Peu de jours après, il revint chasser le canard en suivant le bord du rivage. Il était de très mauvaise humeur, jurait à tout instant. Depuis des heures entières, il chassait sans même voir l'ombre d'un oiseau. Et il se mit à accuser la nymphe de lui gâter la chasse. Soudainement, au moment de contourner une sinuosité, il aperçoit l'ondine allongée dans l'herbe. "Ah ! C'est toi ! crie-t-il. Tu veux m'empêcher de chasser le canard ? Eh bien tu vas avoir affaire à moi !" La nymphe est saisie d'effroi et se précipite au plus vite dans la rivière. "Je t'aurai quand même !" clame le chasseur furieux. Il feint de quitter le rivage et de s'éloigner dans les champs, puis revenant doucement sur ses pas, il se cache derrière un saule. Sans souffler mot, le chasseur prend un fusil, épaule. Au même instant l'ondine lui lance un regard plein de colère. A-t-il tiré ? A-t-il blessé la nymphe ? On ne sait qu'une chose, c'est qu'à partir de cette heure tragique, la nymphe de la Nied ne s'est jamais plus montrée et qu'elle attire dans son château bien des personnes qu'elle voue à la noyade...

L'Orne, qui se jette dans la Moselle, à vingt et un kilomètres au nord de Metz, est appelée la mangeuse d'hommes.
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