mercredi 23 avril 2008

La rosée, la beauté, les maladies de l'amour

La rosée possède une grande vertu à des époques déterminées : celle de mai est surtout réputée.

En Poitou, les jeunes filles, pour avoir le teint frais, se lavent la figure le premier jour de ce mois, avec celle qui perle sur les herbes ; on disait même que quelques-unes afin d'être plus belles de tout leur corps, s'y roulaient toutes nues.
Pour avoir la peau fraîche, les jeunes Saintongeaises ne manquaient pas chaque matin de se débarbouiller avec la rosée.
Dans les Vosges, celle du matin de la Saint-Jean fait disparaître les taches de rousseur, efface les rides, et conserve la fraîcheur du visage.
En Normandie, on attribue à la rosée de mai une action analogue sur les choses ; elle enlève les rousseurs du linge qui y a été exposé.

Son efficacité n'est pas bornée aux taches épidermiques ; elle s'étend jusqu'aux maladies cutanées ; au commencement du XIXe siècle, elle passait dans le pays chartrain pour guérir la gale.
En Béarn, ceux qui sont atteints de quelque maladie de peau se roulent, le matin de la Saint-Jean, dans les champs d'avoine humectés d'une abondante rosée; actuellement, la personne qui a la gale se déshabille entièrement et commence aussitôt, à travers la pièce, et dans divers sens, une promenade pendant laquelle elle doit dire et répéter sans interruption, une oraison en vers patois, dont voici la traduction :
"Nettoie-moi bien, fraîche rosée
Sens comme je suis galeux
Vois combien se trouve entaché
Mon corps des pieds à la tête, etc.
Veuille m'en débarrasser
Dans cette avoine ; car si tu fais que bientôt je me guérisse
Nuit et jour, je veux te bénir"
En Normandie, le malade va, à l'aurore, se rouler dans l'herbe humide, et la rosée de la Saint-Jean le rend aussi net qu'une tasse d'argent.
En Périgord, celle des chenevrières est surtout efficace.
On croit dans les Vosges, qu'en se lavant les mains avec de la rosée de mai, on se préserve des dartres ou qu'on les fait disparaître.

D'après une pratique relevée en Saintonge, son pouvoir s'étendait jusque sur les choses du coeur ; les amants qui n'étaient pas payés de retour allaient se rouler tout nus dans l'herbe humide de rosée et croyaient ainsi calmer les rigueurs de leur inhumaine ; cela s'appelait prendre l'aigail de mai.

La gelée, les giboulées

En Haute-Bretagne, la Gelée a une mère, qui est en même temps celle des Vents et de la Pluie.
En Ille-et-Vilaine, quand le froid a couvert les toits d'une fine gelée blanche, "les Meuniers du bon Dieu ont travaillé pour lui".
En Wallonie, les giboulées s'appellent Vé d'mâs, veaux de mars. A Laroche, on dit des giboulées tardives d'avril : Ce ne sont pas des veaux de Mars, ce sont des biquets d'avril.

Les noms que portent divers météores moins importants que les Vents ou la Pluie, montrent qu'on les assimile aussi à des êtres vivants : toutefois, ils ne sont guère usités que dans le langage enfantin, et non plus, comme dans les pays du Nord, dans celui des adultes.
En France, on ne les personnifie que pour en faire des espèces de Croquemitaines.
En Haute-Bretagne, on dit aux enfants qu'on veut empêcher de s'exposer au froid : "Voici la bonne femme la Gelée qui va te prendre!".

En Picardie "Prends garde, Jean Gel va t'emporter !"
A Somme-Leuze, pour les détourner de sortir par le mauvais temps, on leur dit : "Viz a vo, vla Dj'an di bîh ! Vla l'mohon à rodj bètch ! " Gare à vous, voilà Jean de Bise ; voilà le moineau au bec rouge.
En Hainaut, quand ils veulent aller sous la pluie, on les menace ainsi : "El' gargotia (être fantastique) vos ara"

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