mardi 22 avril 2008

Origine des pâquerettes et du coquelicot

Voici pourquoi, dit-on dans la Côte-d'Or, les pâquerettes des champs ont un coeur doré et une pointe de rose au bord de leurs pétales : lorsque les mages et les bergers firent de beaux présents à l'Enfant Jésus, un pauvre petit pâtour qui ne possédait rien, cueillit une pâquerette toute blanche afin de ne pas arriver les mains vides, et il l'approcha des lèvres de l'enfant ; celui-ci baisa la fleurette, qui devint rose à l'endroit où ses lèvres s'étaient posées.

Aux environs de Dinan, c'est Dieu qui, pour punir le coquelicot, trop fier de sa beauté, a permis au diable de le toucher ; ses doigts ont produit les taches noires que l'on voit au fond de la corolle.

Satan a aussi laissé sa marque sur d'autres plantes : on dit en Basse-Normandie, où la scabieuse est souveraine pour un grand nombre de maux, que fâché que tant de vertus se rencontrassent dans un modeste végétal, il enfonça ses dents dans la racine ; sa morsure est encore visible sur cette plante, que par suite on a nommée le "mors" du diable.

Au XVIe siècle, la même croyance s'appliquait à :

... La morgeline
Dont le diable (dit-on) va mordant la racine

La lampe dans les ruines

Il restait terrible le souvenir du vieux castel, et certain paysan étant passé le voir au bord des fossés à demi comblés, avait entendu des bruits étranges, des plaintes.... Tel autre, au clair de lune, jurait avoir aperçu, errante, une jeune princesse d'une grande beauté, levant au ciel des bras éplorés ; ses cheveux brillant comme de l'or, s'envolaient au vent de la nuit. Mais ce que l'on affirmait plus formellement encore, c'était la présence d'immenses trésors, enfouis dans les profondeurs des souterrains du château.
Or, certain soir, après la veillée, un homme du Haut-Bourg, peu sensible sans doute aux superstitions, se promit de se procurer à bon compte une si belle fortune. Il laisserait la charrue pour vivre en "Monsieur" ; plus de blouses, plus de rudes travaux, alors qu'il aurait des écus plein ses "picotins". Qui donc l'empêcherait, la nuit prochaine, de ravir aux cachettes du manoir leurs merveilleux trésors ? En creusant près de la "Goulotte", il trouverait certainement le coffre rempli de monnaie d'or et d'argent. Il partit avec une solide bêche, sans crainte d'être le jouet de quelque lutin cruel, et creusa, creusa à la lumière clignotante de sa lanterne ; les astres luisaient au ciel obscur, autour de la lune ronde qui semblait verser une lumière tamisée sur toutes les choses.
Au chant du coq, "not'homme" n'était pas de retour ; sa femme tremblait dans sa maison vide ; timides, des voisines rôdaient aux alentours. Dans les pleurs on courut aux ruines. Hélas ! parmi les pierres écroulées on ne découvrit que la lanterne qui brûlait toujours auprès de la bêche rouge de sang. L'homme était disparu, emporté par les revenants...
Il y a quelque temps encore, celui qui était assez téméraire pour oser, la nuit, porter ses regards vers ce que fut le beau château, pouvait apercevoir la lumière d'une lampe errant parmi les décombres. C'est le spectre de l'homme du Haut Bourg, qui toujours cherche le trésor des ducs. Il le cherchera ainsi, m'assura la vieille qui me conta cette histoire, jusqu'au jugement dernier.


***
Le bourg de Châtenois, dans la Plaine des Vosges, est demeuré présent dans l'Histoire de Lorraine, par le château qu'y posséda, au XIe siècle, Gérard d'Alsace, premier duc héréditaire. C'est au XVIIe siècle, au cours de la Guerre de Trente Ans que ce château, comme tant d'autres, fut définitivement détruit et, avec lui, la vieille ville appelée encore aujourd'hui le "Haut Bourg" par rapport à l'agglomération principale actuelle étalée au pied de la côte.
La légende qui s'y rapporte témoigne une fois de plus de la pérennité de cette croyance en un univers souterrain renfermant de fabuleux trésors. Mais elle introduit des éléments nouveaux qui sont ceux de la malédiction qui s'y rattache, de la mort probable qu'elle implique (et non seulement disparition), et de la punition post-mortem qui s'ensuit. Car on ne peut s'approprier aussi aisément et sans danger les richesses enfouies, à moins, comme le prétend la tradition, d'être né à Noël ou un Vendredi Saint (et d'être exempt de tout péché) et de se trouver au bon endroit justement la nuit de la Nativité et à minuit, car c'est l'heure dit-on où la terre s'entr'ouvre et montre ses trésors cachés...
Le fantôme du haut-Bourg n'est pas le seul à errer ainsi dans la campagne lorraine. Au pays de Dabo (Moselle) ce sont des fées, devenues des religieuses que l'on voit, de nuit, parcourir les champs, à la recherche, non pas d'un trésor, mais d'un courageux mortel qui pourra entrer en possession des richesses qu'elles ont elles-même enfouies dans un verger du village de Haselbourg. Il y a bien longtemps, l'une d'elles parvint à offrir son trouseau de clés à un garçon qui passait. Malheureusement, pris de peur, celui-ci s'empressa de quitter les lieux. Alors la religieuse se mit à pleurer et disparut.


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