jeudi 3 avril 2008

Maux quotidiens en Faëries et graines à cultiver

Grognite aiguë :
Vous gémissez du soir au matin, vos discours sont principalement composés de grognements ; vous souffrez probablement de grognite aiguë.
Demandez à un Boutenlit* de vous écraser sa lance de tournoi sur le crâne pendant un mois, (il est même probable qu'il vous frappera de sa propre initiative, car en matière de coups, le Boutenlit est serviable).
Après un mois de migraines, vous serez tellement heureux de l'arrêt du traitement que vous en oublierez de grogner !


*Boutenlit : ce lutin cuirassé doit être planté de préférence dans un carré de pisenlits. Chanter chaque matin devant le plant en grec ou en latin, peu importe, pourvu que le chant soit gaillard.

Chute de cheveux :
Bien qu'un Gnome dégarni soit des plus séduisant (celui qui m'a confié ces secrets ne compte plus les Nymphes qui le poursuivent de leurs assiduités !), il est possible de retrouver la chevelure de ses 150 ans, en appliquant chaque matin, une lotion à base de cheveux d'Oiselle* pilés à la pleine lune dans de la bave de Licorne.
Mon ami, quant à lui, préfère rester chauve.

* L'Oiselle : Elle apprend à voler aux petits oiseaux, dès le saut du nid. Les parents lui en sont tellement reconnaissants qu'ils lui dédient tous leurs chants matinaux.

Pousse-orteils :
Quand ils parviennent à l'âge adulte (plus ou moins 210 ans), la majorité des Lutins ont les orteils qui poussent de manière excessive.
Pour éviter ce petit désagrément, il suffit de s'empaqueter les pétons avec les ailes d'une Tisserande* (leurs ailes tombent et repoussent lors de chaque équinoxe).

*
Tisserande : cette graine, mise à couver sous le derrière d'un Gobelin pendant six lunes, donnera le jour à un être fabuleux : la Fée Tisserande, couseuse d'ailes de papillons, très respectée des chenilles, elle saura convaincre les troupeaux de Processionnaires d'épargner votre jardin.
"Chenille bien habillée
épargnera ton potager"
Eugène Millepertuis

La Gratouille
:
La Gratouille n'est pas une affection de la peau provoquant des démangeaisons ; mais plutôt une panne d'inspiration de l'artiste. Tous les écrivains de Féerie ont connu cette impression de l'idée qui trotte dans la tête sans parvenir à sortir, c'est aussi irritant qu'une crise d'urticaire.
Arthus l'Eloquent (célèbre poète du IIIe siècle) après s'être fracturé le crâne à dix-huit reprises (il se cognait la tête contre le sol pour en terminer avec ses crises de Gratouille) finit par découvrir que porter une guirlande de chèvrefeuille tressée par un Crochemousse*, favorisait l'inspiration et réduisait considérablement ses maux de tête.

* Crochemousse : Quand les Crochemousses fleurissent à l'automne, libérez-les délicatement avec votre Féecateur, puis invitez-les à s'installer dans votre jardin. Ils orneront vos bancs et statues de mousse, fleurs et lierre.

Pieds palmés :
Prélevez une touffe de poils de nez à un Barbegnon* (plutôt délicat comme entreprise), et faites infuser pendant six lunes dans du jus de betterave (prévoir un anti-vomitif).

* Barbegnon : Sa devise : "Quand le Barbegnon cogne, la patate chante"
Preux défenseur de vos plants de patates, le Barbegnon saura venir à bout des armées de Doryphores les plus féroces et les mieux entraînées. La graine de Barbegnon se trouve généralement sur les champs de bataille, sous le corps des Doryphores morts au combat.

Il existe aussi le Pucecogne, ce démembreur de pucerons protégera vos cultures des méfaits de ces perfides créatures.

Avertissement :
Si vous vous blessez grièvement et que vous croisez ce Lutin-là dans les bois, prenez vos jambes à votre cou et filez sans vous retourner, chez le Chaman le plus proche.
Le Lutin, représenté ci-contre, est le "Lutin chirurgien", sauf qu'il n'est pas chirurgien du tout ; c'est un charlatan doublé d'un fou dangereux. Il prélève chez ses victimes des fragments d'ongles (sans anesthésie) pour les revendre à prix d'or, dans des échoppes de sorcellerie.

La Belle et la Bête en ménage


"La Belle soyez louée !
une Fée me fit Bête
la force de votre amour
m'a délivré du sort"

(Ainsi parlait le Prince)

"Et ils vécurent heureux
et eurent beaucoup d'enfants...."
ainsi dit-on toujours
oubliant ce qui suit :

La Belle sa vie durant
eut à manier le balai
s'escrimer au plumeau
et battre les tapis !

Devant chaque miroir
son Prince faisait le beau
admirant tant et plus
sa forme retrouvée...

... pendant que dans les coins
la Belle à quatre pattes
traquait les cent mille poils
par la Bête perdus !
***
Tiré du Petit Bêtisier Féerique
Texte : Renaud Marhic avec Joëlle Rose
Illustration : David Roussel

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