lundi 25 février 2008

La fée Margalide

Les légendes des Pyrénées développent un parfum de mythologie grecque qui élargit agréablement la façon de les goûter. Les Pyrénées elles-mêmes ne sont elles pas nées de l'union d'Hercule et de la belle Pyrène ?

Margalide était une fée belle, très belle, si belle que sa beauté rayonnante excita la jalousie des Dames Blanches de la montagne de Gez qui surveillaient l'entrée du Val d'Azun, au carrefour d'Ourout. Trop belle pour courir librement, trop belle pour être prise par les hommes qui n'auraient plus d'yeux que pour elle, trop belle à faire tourner les cœurs et la raison...

Les Dames Blanches de Gez condamnèrent la pauvre Margalide à vivre sous la terre, errant entre les fontaines de Capdivère et celle de Bardéroun. Seule une main pure pourrait lui faire recouvrer sa liberté, à condition que cette main déroulât jusqu'au bout le peloton de soie rouge dont la fée était nantie. Aussi Margalide laissait-elle flotter dans l'onde claire de la fontaine l'extrémité du fil de soie, espérant ardemment la venue de cette main salvatrice qui changerait enfin son destin.

Un jour, la fontaine reçut la visite d'une jeune fille d'Arcizan, venue puiser de l'eau avec sa cruche. Le ruban de soie rouge ondulant au gré du courant éveilla sa curiosité et son désir : sa main innocente plongea dans l'eau fraîche pour cueillir le fruit de sa convoitise. Elle saisit entre ses doigts menus le fil dansant et tira prestement ; le fil s'enroula tout seul dans sa main, sous ses yeux émerveillés. Chez elle, on ne tissait que du grossier fil de lin, qui donnait un tissu frais, certes, mais épais et terne. Jamais on ne touchait un fil de soie ; et les mains rudes de la petite paysanne s'extasiaient sur ce fil si beau, si brillant, si doux, fin et léger comme un fil de la vierge et qui semblait ne jamais devoir finir. Elle en ferait un mouchoir de soie qu'elle broderait au petit point, comme les demoiselles. Elle le ferait choir en l'église afin qu'un jeune homme le ramassât et le lui rapportât. Mais soudain une voix tranche le rêve de la jeune fille : c'est sa mère, là-bas, qui appelle. La petite entend bien mais fait la sourde oreille : ce fil si rare, elle ne peut le laisser. Elle le tire délicatement mais fermement, il est si ténu, si fragile, et semble naître de l'onde même; il s'étire sans fin et le peloton de soie grossit entre ses petites mains. S'il y en a assez, elle pourra faire un foulard pour les jours de fête, comme il sera beau sur ses cheveux noirs.... et pourquoi pas un tablier de soie ou un châle à franges...

Au loin, la mère redouble ses appels, la voix impatiente se fait orageuse et l'enfant hésite, partagée entre son devoir d'obéissance et sa découverte extraordinaire qu'elle ne veut pas laisser perdre. Elle continue d'enrouler le fil , vite, vite, le cœur battant, comme un voleur s'emparant d'un trésor et le fil court toujours. La colère éclate cette fois dans la voix maternelle, ce ne sont plus qu'imprécations et menaces ... et l'enfant s'effraie. Elle tire le fil une dernière fois, le cisaille entre deux pierres, se redresse vivement puis rentre chez elle enfin soumise, le peloton de soie rouge serré contre son cœur sous sa chemise, laissant son œuvre de délivrance inachevée. Elle n'a pas fait trois pas qu'un cri sorti de la fontaine la fait se retourner, un cri de désespoir et de colère. Le fil a été rompu trop tôt... alors même que la fée apparaissait à son extrémité, à demi sortie de sa gangue de pierre. Il s'en était fallu d'un instant.

Depuis ce temps, Margalide est restée ainsi, un pied dans la fontaine, l'autre dans le rocher, prisonnière pour l'éternité. A moins qu'un jour, une main pure en quête de merveilleux ne plonge dans l'eau fraîche de la fontaine et la délivre."

***
Image : Une des premières esquisses sur le personnage de la Fée Clochette dans "Peter Pan". Ce dessin date de 1939, le film verra le jour en 1953

La ville d'Ys enchantée comme le château de la belle au bois dormant

Il semble, d'après la plupart des légendes que la cité d'Ys soit en quelque sorte prisonnière sous les eaux, et que si certaines conditions s'accomplissaient, elle reviendrait à son état primitif, telle qu'elle se trouvait lorsqu'elle fut engloutie.
Elle subit un enchantement analogue à celui que la Belle au bois dormant a rendu célèbre. Dans son introduction à la Légende de la Mort en Basse-Bretagne, Léon Marillier avait émis sous une forme hypothétique l'idée que la ville d 'Ys pouvait bien être une demeure sous-marine des morts
Une légende, isolée il est vrai, publiée postérieurement, se rattache à cette opinion : d'après elle, les morts habitent sous les eux une grande ville engloutie, dont les palais et les clochers reparaissent une fois tous les sept ans, le matin de Pâques, au moment de l'élévation ; c'est la ville d'Ys, si vaste et si peuplée, qu'elle allait de l'île de Batz aux Epées de Tréguier. Trente évêques la desservent, et quand ils disent la messe, on entend distinctement le son des cloches sous la mer.

Dans ce récit, comme dans les deux versions rapportées ci-dessus, les évêques ou les prêtres d'Ys célèbrent sous les flots une messe qui présente des analogies avec celle que, sur terre, des prêtres fantômes sont condamnés à revenir dire dans des églises, parfois en présence d'une nombreuse assemblée de trépassés. Or aucun d'eux ne peut répondre à cette messe, et le prêtre n'est relevé de sa pénitence que lorsqu'un vivant, qui seul a qualité pour lui donner la réplique, a eu le courage de lui rendre ce charitable service.

Dans cette conception, qui n'est pas indiquée avec une grande netteté, la ville engloutie est une cité où les morts restent jusqu'à la fin des temps dans un état qui n'est pas tout à fait la mort réelle, mais une période de transition entre une vie en quelque sorte suspendue et la mort définitive.
Une autre idée, chère au patriotisme des Bretons, et qui est plus répandue, leur fait espérer une résurrection totale de la superbe cité d'Ys, égale au moins à Paris, qui gît sous les flots, dans une sorte de catalepsie enchantée.
On disait même au commencement du XIXe siècle que celui qui aurait le bonheur d'apercevoir le premier sa tour deviendrait souverain de la ville et de tout son territoire. D'après une note, sans indication de provenance locale, cette royauté est promise à celui qui verra alors la flèche ou qui entendra le son des cloches de la Keris ressuscitée.
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