jeudi 14 février 2008

Bonne Saint Valentin !


Mon rêve familier
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ?
Je l'ignore. Son nom ?
Je me souviens qu'il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
Paul Verlaine
***
Création tag : Mélusine

Consultations pour le mariage : les épingles

Les fontaines sont le théâtre d'une série de consultations, en général clandestines. Les plus nombreuses sont celles qui ont trait au mariage, et auxquelles se livrent les jeunes filles, rarement les garçons.

L'épingle est l'agent le plus employé actuellement. Elle semble avoir remplacé des objets moins lourds, épingles de buis et d'os, arêtes ou simples épines, qui étaient jadis, comme aux époques préhistoriques usités dans la toilette des paysannes et qui avaient moins de chance d'être submergés.

Une note de Cambry, à propos de la fontaine de Bodilis, dit qu'à la fin du XVIIIe siècle, les femmes de ce pays attachaient leurs vêtements avec des épines, comme le faisaient, il y a une trentaine d'années, les pauvresses de la Haute-Bretagne et beaucoup de femmes du Cap Sizun dans le sud du Finistère. Naguère encore (vers 1855), les garçons qui s'adressaient à la fontaine des Cinq-Plaies en Servel pour savoir s'ils étaient aimés, y jetaient une épine ; de même que les jeunes filles qui allaient demander à la fontaine Saint-Michel de certifier leur pureté, et aussi beaucoup de paysannes du Morbihan, que le Dr Fouquet prétend être avisées , alors qu'elles conservaient inconsciemment un rite traditionnel.

Un des plus anciens exemples de cette consultation nous a été conservé par hasard, dans les mémoires d'un homme qui, dans sa jeunesse, en avait été le témoin oculaire. Il se préparait à quitter Sens, lorsqu'il fut invité à assister à la fête de l'Epingle. Elle avait lieu à une fontaine qui était alors désignée sous le nom de la déesse des amours ; celle-ci avait probablement succédé depuis peu à un saint ou à une sainte, et l'on continuait à demander aux eaux de la source une consultation dont l'origine était sans doute ancienne. Voici au surplus la transcription du passage : des jeunes personnes vont jeter une épingle dans une fontaine dédiée à Vénus, pour savoir si elles seront mariées dans l'année. Si l'épingle se précipite au fond sans reparaître, elle enfouit avec elle le plus doux espoir ; mais si elle reste à la surface de l'eau, c'est le signe enchanteur d'un prochain hyménée, et les roses du plaisir s'épanouissent sur le front virginal de la jeune personne.

Cette fontaine est probablement celle d'Azon, commune de Saint-Clément, à deux kilomètres de Sens, à laquelle on se rendait autrefois en partie de plaisir le mercredi de Pâques. Pour savoir si elles se marieraient dans l'année, les jeunes filles posaient leurs épingles les plus légères ; si elles surnageaient, c'était un bon présage ; si elles allaient au fond, c'était partie remise pour l'année suivante.

La consultation par l'épingle a été souvent relevée à l'époque contemporaine. Au cap Sizun, des jeunes filles jettent des épingles dans la fontaine de Sainte-Eveth pour voir si elles se marieront dans l'année. Si l'épingle surnage, le oui sacramental sera bientôt prononcé ; si elle va au fond, elles ont encore un petit espoir. La source, qui est très forte, rejette quelquefois l'épingle hors de la cupule creusée dans la dalle. Il y a aussi des accomodements : souvent on enduit l'épingle de beurre ou on la pose dans les cheveux. L'épingle graissée surnage un peu de temps avant de s'enfoncer.
Dans le Morbihan, si l'épingle du mouchoir en face du coeur reste dans l'eau, la jeune fille se mariera ; s'il en est autrement, l'époux attendu tombe avec elle au fond.
La fontaine Saint-Goustan au Croisic (Loire-Inférieure) et plusieurs fontaines des Côtes-du-Nord étaient ou sont encore consultées de la même manière.

Cette pratique n'est pas spéciale à la Bretagne ; on l'a constatée, moins souvent il est vrai, et peut-être parce que les autres pays ont été moins bien explorés, en dehors de la péninsule armoricaine.
A la fontaine d'Azon, près de Sens, à celle de Sainte-Sabine dans les Vosges, les jeunes filles posaient sur l'eau leurs épingles les plus légères : si elles surnageaient, elles se marieraient dans l'année.
A Gespunsart (Ardennes), au lieu d'une épingle, elles se servaient d'une aiguille.

L'épreuve dans laquelle le présage dépend, non plus du flottement, mais des circonstances qui accompagnent la submersion de l'objet déposé sur les eaux, semble plus moderne : il n'est toutefois peut-être pas téméraire de supposer qu'elle existait en même temps que celle par le flottement, ou qu'elle a été imaginée lorsqu'on s'est aperçu que le cuivre ou l'acier avaient moins de chance de surnager que les matériaux plus légers d'autrefois.

En Poitou, dans les Vosges et dans plusieurs parties de la Haute-Bretagne, la jeune fille est assurée de se marier dans l'année si l'épingle descend sans faire de tourbillon.

A Barenton, au contraire, dans l'ancienne forêt de Brocéliande, les jeune sfilles disaient, en faisant le signe de la croix avec une épingle détachée de leur fichu : "Ris, ris, fontaine de Barenton, je vais te donner une belel épingle". Si en tombant, elles la faisaient bouillonner, elles étaient convaincues qu'elles auraient un mari à la Pâque.

Aux environs de Pont-l'Abbé, si l'épingle, tombant à plat, tourne sur elle-même avant de couler au fond, la jeune fille se mariera dans l'année ; si elle se dérobe en signe sinégaux, elle restera fille.

Lorsque l'épingle jetée dans la fontaine de Saint-Gobrien, dans le Morbihan français, descend la tête en bas, la jeune fille trouvera un époux avant l'an révolu.
A Plumaudan, commune de la partie française des Côtes-du-Nord, une fontaine donne la réponse à la personne qui l'interroge : autant de fois elle pourra compter jusqu'à trois avant que l'épingle ne soit submergée, autant d'années la séparent du mariage.

Dans plusieurs parties du sud-ouest de la France, le présage est tiré de la position qu'occupent sur le sol de la fontaine les épingles qui y ont été lancées. Vers 1844, les jeunes filles, après une prière à sainte Eustelle, dont la fontaine se voyait près des Arènes de Saintes, laissaient échapper deux épingles qu'elles pressaient entre le pouce et l'index ; si arrivées au fond de l'eau, elles se trouvaient placées en croix, la pèlerine se marierait dans l'année.
Cette consultation se fait dans plusieurs autres endroits, où le procédé est plus compliqué. Dans la Gironde, la jeune fille tourne le dos à la fontaine et jette les épingles dans l'eau par-dessus l'épaule gauche ; si elles tombent en croix, elle se mariera avant l'année révolue ; comme le sol de ces sources sacrées est parsemé de nombreuses épingles, il y a de grandes chances pour que celles qui y sont jetées forment la croix avec celles qui s'y trouvent déjà.



Plantes favorisant l'amour

Le nouement d'aiguillette (voir le blog : les grimoires d'Abigail), autrefois si redouté, était efficacement combattu par quelques plantes : Au XVIIe siècle, le rossolis, cueilli le 23 septembre, au soleil levant ; l'armoise ramassée à la même heure le 24 juin, portée autour du cou avec du gui de chêne, la dénouait ; on se préservait aussi de cet inconvénient en mangeant de la joubarbe.

A l'époque actuelle, on emploie surtout les graines, et en première ligne, à cause de leur petitesse, celles du millet.
Dans la Gironde, si deux époux veulent éviter d'être liés le jour de leur mariage par le curé, la mariée doit mettre du mil dans ses souliers.
En Périgord, elle ne manquait pas d'en remplir sa poche droite, pour n'éprouver aucun mauvais sort la nuit de ses noces, parce que l'embarreur qui voudrait lui nuire serait obligé de dire autant de paroles mystiques qu'elle a mis de graines et qu'il ne peut en connaître le nombre.
En Provence, les grains doivent être placés dans la poche de l'époux ; il est à l'abri des noueurs, parce que les sorciers ne pourraient exercer leur action qu'après les avoir tous comptés, sans se tromper.

A Guernesey, la jeune fille qui veut voir en songe celui qu'elle doit épouser place en croix sous son oreiller, le jour de Saint-Thomas, deux branches d'aigremoine, attachées avec deux épingles en croix ; chacune de ces branches doit avoir neuf folioles, et la jeune fille récite une oraison au saint.

On rencontre au XVe siècle une plante qui procure la richesse : Qui porroit finer d'un vrai mandegloire et le couchast en blans draps, et lui presentast à mengier et à boire deux fois le jour, combien qu'il ne mangea ne boive, cellui qui ce feroit deviendroit en pou d'espace moult riche, et ne sauroit comment.
Dans la Gironde, pour faire arriver chez soi du travail ou de l'argent, on remplit d'eau bénite un petit vase de couleur noire, on le place devant le feu, et pendant que l'eau bout, on y jette à trois reprises différentes, une branche de rue, en disant à chaque fois : "O rue ! belle rue ! toi, si belle, fais que tout homme en passant apporte ici or et argent". On s'empressera de répandre le contenu du vase, devant sa maison, dès qu'on verra passer un homme. Ce maléfice doit être pratiqué le matin de bonne heure.

Dans le Mentonnais, on désensorcellait un animal en lui faisant manger des légumes volés à la sorcière.
Dans les Landes, pour connaitre la secrète pensée d'une personne, on lui passe délicatement, à trois reprises, une paille sur les lèvres.


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