jeudi 7 février 2008

Les lutins et feux follets

Tout près du bourg d'Ars-en-Ré s'élèvent de dunes, hautes parfois d'une quinzaine de mètres ; c'est sur leurs sommets, appelés les Peux ou Puys (monticules) de la Combe à l'eau, que résidaient jadis les Fois, petits hommes minuscules comme les Fions des grottes de la Haute-Bretagne ; on croyait encore, il y a une trentaine d'années, à leur existence, et les restes d'habitations, les pierres calcinées que l'on rencontrait en remuant les sables passaient pour les débris de leurs demeures.

A Audierne, les Corriks, auxquels on attribue la construction des dolmens, habitaient les dunes, aussi bien que les landes.
Des lutins s'amusaient à étaler sur les mielles de la baie de Saint-Malo des objets qui brillaient comme de l'or et ressemblaient à des pièces frappées ; si on s'approchait pour les ramasser, on ne voyait plus que de simples coquilles.

Aux environs du cap Sizun, des lutins, différents des Corriks, se promenaient le soir sur les landes et sur les dunes en prenant l'apparence des feux errants. Si quelqu'un avait l'imprudence de les appeler, ils accouraient aussitôt pour se battre avec lui.

A Kelaourou, en face de l'île de Sein, les Begou-Noz sont des feux qui voltigent et parlent ; mais ils répètent toujours les paroles qu'ils entendent.


La mer provient d'un tonneau inépuisable

Lorsqu'on demande aux habitants du littoral à quelle époque remonte la mer, ils semblent d'abord surpris, puis ils répondent, d'ordinaire, qu'elle existait dès le commencement du monde, et que pendant longtemps elle recouvrit la terre. C'est au reste une conception que l'on retrouve dans la plupart des cosmologies, aussi bien dans celles des indigènes du Nouveau Monde et de la Polynésie que dans celles de l'Antiquité classique, de l'Inde, de la Perse, et que dans la version biblique.

On raconte à Binic (Côtes-du-Nord), qu'au temps jadis, les sources étaient si rares que ceux qui en possédaient une ne laissaient pas leurs voisins y puiser. Un jour, le Bon Dieu, qui visitait la terre en compagnie de saint Jean et de saint Pierre, ne put obtenir un verre d'eau dans les deux premières maisons où il se présenta. Les divins voyageurs reçurent un meilleur accueil chez une bonne femme qui les traita de son mieux, et même refusa l'argent qu'ils lui offraient. Pour la remercier, le Bon Dieu lui fit présent d'un petit tonneau que saint Pierre portait sous le bras, en lui disant que le premier souhait qu'elle formerait en tournant le robinet serait exaucé.
En rentrant chez elle, le mercredi soir, elle ne trouva pas une seule goutte d'eau, et elle était bien embarrassée : il fallait, pour en avoir, attendre la fin de la semaine, parce que le seigneur du pays défendait, sous peine de mort, de puiser aux fontaines depuis le jeudi jusqu'au samedi. Elle se souvint du tonneau et tourna le robinet en formulant son souhait : il en jaillit aussitôt une belle eau claire ; mais comme elle ne pouvait pas fermer le robinet, le liquide en sortait toujours, et avec une telle abondance que tout le voisinage ne tarda pas à être submergé ; les habitants inhospitaliers furent noyés et changés en poissons ; seule, la femme charitable qui s'était réfugiée sur une montagne, échappa au désastre.
Le tonneau coule toujours : de ses flancs sont sortis la mer et les fleuves, et tant qu'il ne sera pas épuisé, ils ne diminueront point.
***
On peut rapprocher de ce tonnelet merveilleux le panier qui, d'après les indigènes de Vancouver, contenait toute l'eau et qui, volé par un esclave au géant qui le possédait, laissa sortir l'eau, dont la plus grande partie, chauffée par sa sueur, forma la mer (Journal of Anthropological Institue, t.VIII, p. 207). Et aussi la courge indienne, qui en se brisant sur le sol, inonda la terre et donna naissance à l'Océan (Mello Moraes, Poèmes de l'esclavage et légendes des Indiens. Rio-Janeiro, 1884, in-18.p.87)
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