mardi 22 janvier 2008

La route des Trolls

La petite sirène

La plus connue des sirènes n'a pas de nom. Son histoire a été inventée, en 1835, par le conteur danois Hans-Christian Andersen qui l'a appelée La petite sirène, tout simplement.

Il était une fois une princesse sirène qui vivait au fond des mers, dans le merveilleux palais de son père, le roi des tritons. Elle avait de nombreuses soeurs et toutes ces jeunes créatures nageaient et se divertissaient avec les poissons, se déguisaient avec les coquillages et, de temps à autre, montaient vers la surface pour chanter de leur voix merveilleusement mélodieuse.
Comme elles n'ignoraient rien de la mer, les tempêtes ne leur faisaient pas peur. Or, il arriva justement qu'un navire fut pris par les flots déchaînés. Ballotté, bientôt éventré, il commençait à couler tandis que marins et passagers étaient jetés à la mer. La petite sirène aperçut parmi les naufragés inconscients un beau jeune homme qui était en train de se noyer. Aussitôt, elle nagea à toute force vers lui, plongea sous les vagues, le maintint entre ses bras et le ramena à la surface de l'eau où il put enfin respirer, malgré son évanouissement. Après quoi elle le soutint en nageant jusqu'à une côte, le laissa sur la plage puis s'éloigna vers la mer, le regardant toujours. Le naufragé reprit conscience, se rendit compte qu'il était le seul survivant de la catastrophe et chercha du regard qui avait bien pu le tirer de l'eau. Mais comme la petite sirène s'était aussitôt dissimulée, il ne sut rien de son aide et fut secouru par les villageois qui s'étaient approchés.
La petite sirène, elle, était tombée aussitôt amoureuse de ce bel humain. Dévorée de tristesse et d'amour, elle ne s'amusait plus à poursuivre ses soeurs dans les coraux. De temps à autre, elle allait vers la côte et s'approchait du palais qui dominait les flots ; elle apercevait le prince de loin, quand il était à son balcon. Ah, s'il pouvait l'aimer, elle ne vivrait pas trois cents ans pour se transformer un jour en écume, mais elle obtiendrait une âme éternelle.
Elle résolut de se rendre chez la sorcière des mers pour lui demander ce qu'il fallait faire afin de devenir humaine. Ainsi, se disait-elle, je pourrais au moins approcher de mon prince et peut-être finira-t-il par tomber amoureux de moi, lui aussi. Surtout si je chante pour lui....
- Comment dois-je faire pour avoir des jambes de femme ? demanda-t-elle à la sorcière.
- Oh, c'est tout à fait possible, lui répondit la vieille femme, mais il faut que tu sois prête à un très grand sacrifice. Tes nouvelles jambes te feront subir le martyre, comme si à chaque pas des couteaux s'y enfonçaient. De plus, tu vas m'offrir ce que tu as de plus précieux : ta merveilleuse voix cristalline. En échange de la potion pour avoir des jambes, je vais te couper la langue.
- Je suis prête à tout, lui dit la petite sirène.
Alors la sorcière lui coupa la langue, puis lui donna à boire le breuvage qui transforma sa queue de poisson en une splendide paire de jambes. La petite sirène se retrouva bientôt sur la plage où le prince avait échoué quelque temps plus tôt. Elle fut recueillie, réchauffée, soignée et amenée au palais.
Là, le prince s'approcha d'elle. La jeune fille lui sembla familière. Où avait-il bien pu la voir ? Ne ressemblait-elle pas à celle qui l'avait sauvé et dont il n'avait que de vagues souvenirs, dans les brefs moments où il était sorti de son évanouissement ? Mais la petite sirène, muette, ne pouvait répondre à ses questions. Elle ne pouvait que sourire. Le prince l'accueillit à la cour ; il en fit son amie et sa confidence et tous deux passaient de longs moments ensemble.
Un jour, le prince se confia à son amie muette :
- Grande nouvelle ! Je vais bientôt me marier avec la fille d'un roi voisin. Je fais équiper mon plus beau bateau pour aller la chercher, et tu viendras avec moi sur la mer.
Naviguer sur les flots qui avaient été son berceau... Rien n'aurait pu plaire davantage à la petite sirène, bien que son coeur fût brisé par la perspective d'un tel mariage.
De plus, lui avait dit la sorcière, elle se transformerait à jamais en écume, si ce n'était pas elle l'épousée. Elle devait donc mourir...
La petite sirène répondit par un sourire triste, en s'efforçant de cacher son désespoir. Le jour des noces, elle dansa courageusement à la fête malgré les couteaux qui lui entraient cruellement dans les jambes à chaque pas.
La nuit de noces avait lieu sur un bateau et la petite sirène, comme dame de la cour, fut invitée à y monter. Le prince prit sa jeune épousée par la main sans faire plus attention à la jeune fille qui avait l'air si triste.
Tandis qu'elle était accoudée au bastingage, la petite sirène entendit comme un doux clapotement et se pencha sur l'eau noire. C'étaient ses soeurs les sirènes, dont les longs cheveux étaient maintenant coupés courts.
- Voilà de bonnes nouvelles pour toi, petite soeur, dirent-elles. Nous avons négocié avec la sorcière et lui avons cédé nos cheveux pour te revoir. Laisse ce prince qui ne t'aime pas. Reviens avec nous !
La petite sirène soupira, elle était bien tentée, elle savait que ses soeurs avaient raison. Mais ce prince, elle l'aimait tant...
- Tu vas perdre ces jambes si malhabiles et douloureuses, chantonnèrent ses soeurs. Tu vas retrouver ton ancienne queue de poisson pour nager. Nous avons aussi racheté ta langue. Tu vas de nouveau chanter avec nous !
Bien sûr, elle ne pouvait répondre, mais l'envie était forte de demander encore des détails. D'ailleurs, ses soeurs continuaient :
- Tu oublieras celui qui ne t'aime pas, tu oublieras qu'il t'a déçue. reviens avec nous. C'est si facile. Prends ce couteau donné par la sorcière. Va dans la chambre du prince. Plonge la lame dans son coeur, touche son sang. Ainsi tu seras délivrée. Tu redeviendras sirène !
La petite sirène prit le couteau et entra dans la cabine où le prince dormait auprès de sa jeune épouse. Mais par amour, et même pour retrouver sa langue et sa queue de poisson, elle ne parvint pas à le tuer, elle l'aimait trop pour un tel geste.
Elle jeta le couteau dans les flots, puis plongea à son tour, résignée à n'être plus dans quelques instants qu'un peu d'écume.
Alors, les filles de l'air, voyant sa tristesse et sa bonté, l'arrachèrent aux vagues pour l'enlever au ciel. Tout comme elle avait été un esprit des eaux, elle devint digne d'être un esprit des airs, pur et éthéré, qui ne connaîtrait plus jamais la peine, mais pourrait acquérir une âme par ses bonnes actions. La petite sirène s'éleva dans le ciel et devint sylphide des airs.

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